Hier matin, réunion au Pôle Expérimental des Métiers d'Art de Nontron et du Périgord Vert. Une vingtaine de professionnels, venus de Sarlat (à 2 heures d'ici), de Ribérac (à 1 heure) et d'un peu tous les coins éloignés de la Dordogne, s'étaient déplacés pour qu'un membre éminent de la Chambre des Métiers leur présente le Nouveau Plan régional en faveur des métiers d'art.
Pour faciliter la présentation, un Powerpoint avait été concocté par quelque con-sultant. Voila un métier en expansion exponentielle dont, à une lettre et quelques rares exceptions près, le nom détaille les capacités et la modestie requises pour son exercice.
Pour ceux qui l'ignorent, un Powerpoint est une suite d'écrans informatiques projetés sur un mur, destinée à résumer ou marteler par l'écrit les points forts d'une présentation orale. Mais le plus souvent, elle s'y substitue et réduit l'intervenant au rôle ingrat de victime de l'informatique, de technicien projectionniste ou de lecteur ânonnant de slogans lapidaires.
Le résultat, rarement passionnant est, plus généralement, un tissu soporifique de lieux communs et de langue de bois, destiné à bourrer le mou des récipiendaires. Là, c'était plus généralement. Le tout est plus ou moins bien rédigé et mis en page. Là, c'était plutôt moins bien.
Mais venons-en au fait. Le fait, c'est qu'il n'y avait rien dans ce Powerpoint qui ressemblât à une esquisse de politique régionale des métiers d'art. Rien. Néant. Nada. Res. Niente. Nothing.
Il y avait bien un fatras de chiffres faux ou tronqués, de langage technoïde, de bonnes intentions, de généralités (“développer la formation“, “avoir une approche personnalisée“ et autres fadaises du même acabit, qui n'engagent que ceux qui les reçoivent si elles ne sont pas détaillées), une ou deux propositions irréalistes ou inadaptées, mais rien qui traduise une réflexion approfondie sur le sujet, une force de proposition originale ou concrète, une réelle volonté politique.
Au bout de deux heures de bla-bla, on en est arrivé au clou de la présentation : un projet de site sur les métiers d'art en Aquitaine, qui recensera notamment tous les professionnels de la région.
Bon. Il y a quelque temps que le développement des médias sociaux a réglé son compte aux dispositifs institutionnels lourdingues du type site portail. Les artisans ne sont pas les derniers à s'être rendu compte qu'un blog ou une page Facebook gratuite peut faire la blague.
Mais admettons... Le meilleur arrive : pour figurer sur le futur site, chaque artisan devra s'acquitter d'une participation à hauteur de 50 €. Et hop, on va t'aider... avec un nouvel impôt.
Le plan régional de développement des métiers d'art (ou était-ce le plan de financement des cabinets de consultants et des web agencies, seuls bénéficiaires de l'exercice) a été accueilli par les artisans présents avec la gratitude qui convient. Aide-toi, le ciel t'aidera. Ou pas.
PS : Coût de l'opération : 20 matinées perdues.
PS 2 : A force, je finis par me demander si c'est moi qui ait un problème avec les institutions ou si c'est elles qui ont un problème avec le réel :)

encore un manieur de symboles intéressé
Rédigé par : triton | 11 novembre 2010 à 12:11