02 avril 2008

A quoi pourrait ressembler un nouvel indicateur de progrès ?

Le 8 janvier dernier, Nicolas Sarkozy a demandé à Joseph Stiglitz et à Armatya Sen, tous deux Prix Nobel d’économie, de "réfléchir à changer les instruments de mesure de la croissance". A quoi pourrait ressembler ce nouvel indicateur ?

Un indicateur (le taux de croissance, le PIB ou tout autre), même s’il est quantitatif, n’est jamais seulement comptable. En admettant même qu'il soit sincère (ce dont on peut parfois douter), il est éminemment idéologique : il est la traduction chiffrée des connaissances, des préoccupations, des priorités, des objectifs, des besoins, des pratiques sociales, des silences d’une société ou de ceux qui la dirigent.

La question posée à la Commission Stiglitz mériterait donc d’abord d’être posée en d’autres termes, correspondant à nos objectifs actuels : nous avons moins besoin aujourd’hui de mesurer la croissance quantitative de nos économies que de nous doter d’instruments de mesure du progrès réel ou de l’évolution globale de nos sociétés.

A ce titre, un nouvel indicateur ne peut se contenter aujourd'hui de comptabiliser la somme des valeurs ajoutées, au sens où on l'entendait jusque là.

Un exemple ? L'utilisation d'une matière première non renouvelable contribue à créer de la valeur ajoutée, mais elle est responsable d'émissions de CO2 (du fait de son transport, de son utilisation, de ses déchets) et elle appauvrit le patrimoine disponible pour les générations futures. Ces deux impacts négatifs ont un coût : il est jusqu'ici ignoré dans le calcul des indices.

Un autre exemple ? On compte la valeur ajoutée comptable du travail d'un enseignant. Pas celle des effets positifs pour la société d'une élévation du niveau culturel d'une génération.

A l'inverse, on compte en positif le coût de l'activité des services de sécurité (systèmes de surveillance, police ou armée), mais pas leurs effets qui peuvent être négatifs (l'occupation US de l'Irak génère un accroissement important du PIB américain, mais il est moins sûr que les 200.000 à 1 million de morts civils irakien constituent un réel  facteur de progrès pour l'humanité).

Un troisième exemple ? Une société génératrice d'égalité (dans les salaires, les traitements, l'éducation, etc) vaut-elle plus ou moins qu'une société génératrice d'inégalités ? Une société génératrice de libertés vaut-elle plus ou moins qu'une société génératrice de contraintes ? Et comment quantifier cela ?

C'est sur ce type de principes et de réflexions que doivent réfléchir les experts de la commission Stiglitz. C'est le qualitatif qu'il s'agit de quantifier.

Vaste programme qui  implique la définition de nos objectifs collectifs. Elle ne peut être abandonnée aux seuls spécialistes. Elle concerne chacun de nous. On y reviendra donc.

PS - On lira avec profit sur ce sujet, ce post de Casabaldi et, pour mémoire, celui-ci.

19 mars 2008

L'effet Municipales : Sarko métamorphosé en croque-mort

Suite aux Municipales, pour le changement de politique, on repassera. Pour le changement de gouvernement, celui qui nous avait promis 15 ministres, pas un de plus, a presque tenu parole, puisque le gouvernement compte désormais 38 membres (15 ministres et 23 secrétaires d'Etat).

Le changement est donc ailleurs. Dans l'image, nous dit-on. C'est vrai qu'à voir le Président métamorphosé, en quinze jours, de croqueuse de diamants en croque-mort, on comprend que faute de savoir honorer les vivants, il a choisi, toutes dents dehors, de régner sur les morts : halte aux cons présents, vive le compassé.

Il n'est pas sûr que ses ouailles, malmenées par le quotidien et angoissées par l'avenir, se satisfassent de tant d'errements et de tant d'enterrements. Le thaumaturge aurait intérêt à trouver ses bonnes marques de pompe sans tarder, avant que la tomate urge.

17 mars 2008

Municipales rose pâle

Petit bilan de cette affaire locale et dominicale (quand même moins amusante que ce qui se passe dans les Bourses mondiales) :

- l'abstention massive : après les fortes participations de la Présidentielle et des Législatives 2007, le taux d'abstention  de 34,5% –le plus fort depuis 1959– pour des élections locales, supposées être les plus proches des gens, indique à la gauche comme à la droite, notamment dans les grandes villes, quelque chose de grave et de profond qui, loin de l'indifférence, va de l'incrédulité au dégoût, en passant par le désaveu. Aucun des deux camps ne peut s'en féliciter, sauf à être sourd et aveugle.

- la poussée de la gauche : c'est décidément moins une adhésion aux uns qu'un désaveu des autres.

Le PS et consorts seront-ils assez lucides pour le comprendre et en tirer les conséquences, c'est-à-dire travailler à comprendre le monde réel plutôt qu'à se tirer dans les pattes ?

Le Président, l'UMP et consorts sont-ils capables de prendre la mesure de l'erreur historique que constitue leur politique, calquée sur celle qui est en train de foirer aux Etats-Unis et ailleurs ?

- le MoDem devenu MiDem : pas de Pau ! La stratégie de François Bayrou consistait à tenter d'affaiblir l'UMP et/ou le PS pour s'en faire une seconde peau et s'y tailler un territoire. Cette stratégie personnelle ne fonctionne pas et ne peut pas fonctionner à partir du centre.

Une suggestion pour rire : à voir sa capacité à saper ses propres forces et à diviser ses propres troupes, s'il veut en finir avec le PS, le mieux est encore que ce rassembleur y prenne sa carte : il y foutrait une zizanie plaisante qui l'en débarrasserait promptement.

- les sondeurs et les médias : un sondage imbécile de plus ponctue et pollue la soirée électorale. Selon Ipsos-Dell, 39% des Français souhaitent que le rythme des réformes s’accélère ; 27%, qu’il ralentisse ; et 29% qu’il reste identique.

Ceux qui veulent une accélération des réformes souhaitent-ils la poursuite de la contre-Réforme, ou veulent-ils enfin voir quelque chose de neuf qui améliore leur sort alors qu'ils n'ont toujours rien vu venir ?
Qu'appelle-t-on “réformes“ dans ce sondage ? Le paquet fiscal ? La fin des régimes spéciaux ? La réforme des régimes de retraite ? La hausse du pouvoir d'achat ? La franchise médicale ? L'augmentation du pourcentage des CDD ? La croissance des emplois précaires ? Quoi encore ? Assez d'intox et de fausses infos...

11 mars 2008

MoDemarchandages, MoDemagouilles

Depuis deux jours, le spectacle politique est centré sur le centrisme. Soit les candidats du Mouvement Démocrate font alliance avec le PS qui les accueille avec joie, soit, à leur approche, se pense assez fort pour se passer d'eux ; soit ils se rallient à l'UMP, qui leur fait des oeillades gourmandes et ne demande pas mieux que de les manger ; soient ils ne rallient à personne, ce qui est courageux mais suicidaire.

Dan tous les cas de figure, le MoDem, qui s'est rêvé le centre magnétique de la vie politique française, faute d'une puissance de feu suffisante, n'en est décidément que la force d'appoint.

Les manœuvres des derniers jours risquent au demeurant d'accélérer sa déconfiture et, en tout cas, sa décrédibilisation. Que ressort-il en effet de tout cela pour son image et sa nature profonde ?

Non pas un légitime désir d'indépendance, non pas “l'invention de la politique du XXIe siècle“, non pas une meilleure prise en compte des problèmes réels du pays, non pas une approche originale de la politique, non pas une stratégie claire, mais de la tactique électorale de la pire espèce, illisible, incompréhensible et inacceptable pour les électeurs, dont les préoccupations sont décidément à mille lieues de tout cela.

PS - Au demeurant, après le débauchage de l'essentiel de l'UDF par l'UMP lors de sa création en 2003, après le  débauchage de la majorité des élus de l'UDF par Sarkozy et la création du Nouveau Centre en 2007, après les déchirements lyonnais et autres qui ont précédé les Municipales, qu'adviendra-t-il du dialogue des élus municipaux MoDem associés au PS avec ceux alliés à l'UMP ? Les uns et les autres pourront-ils faire preuve d'unité et de liberté ou seront-ils doublement entravés et conduits à se dissocier ? Décidément, cette stratégie de la peau de chagrin est bien curieuse et ce projet “rassembleur“, bien diviseur.

10 mars 2008

Municipales : quelques brèves remarques en vrac

Quelques brèves remarques sur les municipales :

- dans les petites communes (mettons, moins de 10.000 habitants), on a d'abord voté pour la qualité des hommes, leur proximité, leurs réalisations passées, leurs projets.

- dans les grandes communes (éloignement des hommes, prééminence des structures), le vote a été, sauf exception,  moins personnalisé, moins local, plus politique.

Il n'y a guère de conclusions politiques claires à tirer du vote des petites communes. On peut en revanche tirer un premier bilan du vote dans les grandes communes :

- reflux ou abstention des partisans du gouvernement actuel,
- poussée sans enthousiasme du PS,
- poussée de l'extrème-gauche dans les villes moyennes et du PC dans des villes plus importantes,
- faiblesse persistante du MoDem, considéré, au coup par coup, comme une force d'appoint ou un pouvoir de nuisance par les deux formations principales,
- poursuite de la marginalisation du FN.

Pour le reste, une étude IPSOS-DELL soulignait hier qu'à la question : Parmi les enjeux suivants pour votre commune, quels sont les trois qui vont le plus compter au moment de déterminer votre vote ? les français répondaient  ainsi, marquant notamment leur intérêt pour leur environnement :

09 mars 2008

Réformer l'Etat (4) : une organisation territoriale obsolète et absurde

Le post qui suit est un peu long et un peu technique. Veuillez m'en excuser. Mais il décrit succintement quelques-unes des structures de proximité qui gèrent votre vie quotidienne. A ce titre, et en ce jour d'élections municipales et cantonales, il mérite une lecture attentive.

Regardez les huit cartes ci-dessous. Elles représentent, dans un Département métropolitain témoin (ce pourrait aussi bien être un autre, tous sont à la même enseigne) et, plus précisément, dans un tiers de ce département, quelques-unes des strates administratives, politiques ou contractuelles existantes. 

Cette construction, ce maillage d'une rare complexité, s'est constitué par empilement de nouvelles strates, au fil des siècles et des années, dans un rythme emballé depuis une trentaine d'années, sans qu'on ne songe jamais à réformer, supprimer ou simplifier les dispositifs pré-existants.

Cartedelacommune Partons de deux structures territoriales anciennes : la Commune et le Département. La carte du Département figure en grisé sur chacune des huit cartes, celle de la Commune est de couleur rose.

Pour mémoire, il existe en Allemagne 13.000 communes, environ 8.000 en Italie ou en Espagne et 36.785 en France.

Toute réforme sérieuse devrait partir de là. La commune, structure de proximité, devrait être une unité territoriale d'un minimum de 5.000 à 10.000 habitants et leur nombre devrait être ramené de 36.785 à quelque 10.000.

A cette taille, chacune pourrait mobiliser et organiser les ressources humaines et financières nécessaires à l'accueil et à l'entretien de services de base (administration, transports, enseignement, médecine, commerces...), élaborer, arbitrer et conduire de vraies politiques territoriales. Ce n'est évidemment pas le cas dans des communes dont la population moyenne est aujourd'hui de 1.700 habitants.

A cette taille, elles pourraient reprendre une partie des attributions et des obligations du Département, dont le rapport Attali estime, non sans raisons, qu'il faudrait carrément le supprimer (ce qu'a récusé le Président de la République), pour privilégier communes et régions. Mais avant même d'en arriver là, il conviendrait de faire un sort à d'autres structures intermédiaires.

Subdivision du département, les arrondissements départementaux (créés par la loi du 28 pluviôse an VIII -17 février 1800) sont eux-mêmes subdivisés en cantons et en communes.

Cartedarrondissement

A la différence des régions, des départements et des communes, les arrondissements départementaux ne possèdent pas le statut de personne morale de droit public ; ils ne sont pas gérés par des personnes élues, mais désignées par la présidence de la République : l'administration d'un arrondissement est confiée à un sous-préfet qui assiste le préfet du département.

Un temps (sous la IIIe République), l'arrondissement a correspondu avec une circonscription législative, mais ce n'est plus le cas (il y a aujourd'hui 342 arrondissements et 577 députés). Dans l'exemple donné ici, la commune regroupe environ 3.800 habitants et l'arrondissement 40.664.

CartedescantonsLes cantons (créés en 1790, en même temps que les départements) forment une circonscription judiciaire en tant que siège du tribunal de première instance.

Par ailleurs, ils fournissent principalement un maillage électoral ; aux élections cantonales, chaque canton élit la personne amenée à le représenter au conseil général du département (sauf à Paris).

En zone rurale, le chef-lieu de canton héberge fréquemment les principaux services administratifs (brigade de gendarmerie, etc.) communs à plusieurs communes.

Cartecommunautdecommune

Les communautés de communes, comme leur nom l'indique, regroupent des communes qui peuvent mettre en commun et mutualiser des projets d'équipements collectifs dépassant l'intérêt ou les moyens financiers de chacune. Elles devraient à terme constituer l'unité de base d'une future réorganisation territoriale.

Sur le territoire donné en exemple donné ici, la population des 9 communautés de communes reste peu importante : elle varie de 985 à 7650 habitants (en moyenne : 4518 ; une taille efficiente serait plutôt de l'ordre de 10 à 15.000 habitants). Cartedupays

Les Pays (petite région, Pays peut désigner un territoire de projet caractérisé par une cohésion géographique, économique, culturelle ou sociale ; le découpage et l'échelle des territoires de projet sont proches et parfois inspirés des pays traditionnels ou régions naturelles de France) ont été créés par la Loi Voynet de 1999 sur l'aménagement du territoire, qui réactualise la notion de pays traditionnel avec l'identification de pays comme territoire de projet.

Gérés par des associations Loi de 1901 dont les membres sont les communes et les représentants leurs élus, les pays ont pour objet l'accompagnement du développement économique, la structuration des activités touristiques, la labellisation des produits agricoles, la valorisation des ressources forestières, l'amélioration de l'offre de logement, la promotion de politiques culturelles de qualité, le développement des nouvelles technologies de l'information et de communication.

Cartesyndicatsdepays

Les Syndicats Mixtes de Pays, créés dans les années 90, visent à une meilleure organisation du territoire. A ce titre, ils ont vocation à élaborer un projet de territoire prospectif, ayant une approche transversale et interdisciplinaire (plus de détails ici).

Par exemple : définition d'une politique globale de l'habitat, embellissement et animation des centres bourgs, développement de l'activité touristique, amélioration de l'environnement et du cadre de travail, etc.

Dans l'exemple donné ici, le Pays regroupe 171 communes, 15 cantons et quelques 82.000 habitants. Chaque Syndicat de Pays concerne entre 15.000 et 20.000 habitants. Carteparcnaturelrgional

En plus de ces multiples structures, il faut ajouter celle des Parcs Naturels Régionaux, qui réunissent, dans notre exemple 9 cantons et 79 communes, à cheval sur deux départements et deux régions.

Il est géré par un syndicat mixte de gestion, composé d'élus des communes adhérentes, des 2 conseils généraux et des 2 conseils régionaux.

Sa vocation, qui recoupe celle des Pays et celle des syndicats mixtes de pays est de mettre en valeur le massif forestier, de mettre en place une politique de la gestion de l'eau et des rivières, d'encourager l'action et l'animation culturelle, de favoriser un tourisme de qualité, de valoriser le patrimoine pour créer de nouvelles ressources et de nouveaux emplois.

Cartefrontiresinvisibles

La huitième et dernière carte résume l'aberration de l'ensemble du système : par la superposition des limites des découpages des sept premières cartes, elle trace les frontières invisibles que la République et les générations ont tissées, les unes après les autres, comme une toile d'araignée qui finit par paralyser ou, au mieux, ralentir et entraver toute action d'intérêt public.

A superposer ou à mettre bout à bout toutes ces structures -et l'on est loin d'être ici exhaustif-, parfois complémentaires, souvent concurrentes, on voit aisément que leur nombre, leurs vocations ou leurs compétences se recoupent, se recouvrent et, finalement, souvent, tendent à s'annuler, du fait de l'incohérence de leurs périmètres géographiques, de la dispersion des moyens et des ressources, sans compter les oppositions partisanes ou intra-partisanes et les compétitions de personnes.

Un tel système aboutit à :

• complexifier ce qui devrait rester simple,
• dévorer le temps (et donc l'argent) des élus et des fonctionnaires, saisis de réunionnite exécutive ou légale (conseils d'administration, d'orientation et autres assemblées générales), croulant sous des projets innombrables, éventuellement concentrés, pour certains -ce qui est humain- sur la survivance de leur pré-carré, fût-ce au détriment de l'intérêt général,
• démultiplier la charge administrative, particulièrement sensible et ingérable dans les petites collectivités,
• dévorer les budgets de fonctionnement (chacune des structures a sa propre “administration“, mobilise des fonctionnaires salariés ou des élus dédommagés, occupe des lieux, génère des frais de fonctionnement : au total, même si les hommes sont  honnêtes et assez modestement ou raisonnablement rémunérés, la complexité du système est dispendieuse et encourage au gâchis),
• diviser les budgets d'investissement,
• empêcher toute vision globale (chaque organe voit midi à sa fenêtre et, assez souvent, collabore peu, mal ou pas du tout avec les autres),
• augmenter l'opacité du système (plusieurs de ces structures ont pour vocation le développement touristique, ce qui me concerne puisque je développe un petit complexe touristique, significatif pour le territoire : depuis 4 ans, contrairement au fisc qui m'adore, aucune des structures concernées n'a pris contact avec moi, soit pour s'informer, soit pour me conseiller, soit pour me faire participer à un projet quelconque :),
• et, finalement, paralyser l'action.

Tout cela mériterait d'être revu, corrigé, dynamisé et simplifié, non ? :)

03 mars 2008

Confusion des genres

Dîner dans un restaurant parisien. Les trois tables autour de nous parlent du même sujet. Une phrase surprise au hasard : “Mais comment y faisaient quand le roi était fou ?“ Un bout de réponse : “Mais on savait pas tout, y avait pas la télé ni internet !“

Voila bien ce qui ne colle pas : quand l'exemple vient d'en-haut, le mélange des genres se répand partout et n'importe quel imbécile devient psy et n'importe quel autre sociologue.

Autre chose, mais qui est bien la même chose : ce Chanoine, qui parle tant de religion sans jamais parler de Dieu, semble n'avoir pas compris qu'il a été porté à une charge qui dépasse son ça, son moi, son surmoi, bref sa personne, et en fait une sorte de grand prêtre laïc.

Un grand prêtre, quelle que soit sa religion, est le serviteur de son dogme et de ses rites, pas leur maître. L'un et les autres, par définition, lui sont transcendentaux.

Il n'y a que dans les bandes dessinées, les dictatures éphémères et les religions en déclin qu'il arrive au grand prêtre de se croire maître du dogme et des rites, de songer à s'en servir avant de les servir.

PS - Je dis ça, mais qu'il soit clair que je ne partage que la troisième proposition de ce délicieux voisin qui m'a dit sans rire il y a quelques jours : “je suis catholique, je suis pratiquant, mais je ne suis pas croyant“.

PS2 - Vie chère : dans le restaurant de ce soir, une vieille bonne brasserie de mon quartier, la sole, meunière ou grillée, coûtait 37€. Avant hier, au marché de Nontron, j'ai acheté 5 belles soles et 600g de grosses crevettes roses pour 40€.

26 février 2008

Le Conseil Constitutionnel ? “Casse-toi, pauv' con !“

Membres_du_conseil_constitutionnel La loi sur la rétention de sûreté, qui crée des centres d'enfermement à vie pour les criminels dangereux, a été publiée, mardi 26 février, au Journal officiel, après avoir été signée lundi par le président de la République et censurée partiellement jeudi par le Conseil constitutionnel.

Elle prévoit notamment que des criminels dangereux pourront y être détenus, au-delà du temps de la peine d'emprisonnement  infligée par la justice. Elle prévoit également, à l'encontre de toutes les règles du droit français, que son application sera rétroactive (c'est-à-dire que la “règle du jeu“ peut changer en cours de partie pour un homme condamné avant la promulgation de la loi).

Cette loi pose deux questions graves : celle de la fonction réelle de la prison, celle de la légitimité des institutions françaises.

S'agissant de la première question, le scandale n'est pas qu'on libère un homme à l'issue de sa peine, mais qu'on ne le soigne pas ou qu'on ne le “rééduque“ pas, si besoin est, pendant qu'il est emprisonné. La prison n'est pas qu'un lieu de mise à l'écart, ou de mise au rencart, elle doit être un lieu de réhabilitation, de rédemption et de réinsertion.

Prolonger la peine de quelqu'un par une simple mesure administrative, c'est certes le condamner, mais c'est d'abord condamner un système pénitentiaire qui n'a pas fait son travail, faute de volonté politique ou de moyens.

Appliquée à un homme réputé “dangereux“, condamné il y a dix ou quinze ans, la nouvelle loi sur la rétention de sûreté dispose que sa condamnation sera éventuellement “déjugée“ et reconsidérée en fin de peine par une commission ad hoc et, éventuellement, prolongée à vie.

La commission ad hoc devrait se réunir en début de peine et prendre toutes les mesures nécessaires (médicales, psychiatriques, éducatives ou autres) nécessaires à la “reconstitution“ du condamné. Ce n'est apparemment pas ce qui est fait : on ne s'en soucie qu'en fin de peine.

S'agissant de la deuxième question, la loi a été retoquée par le Conseil Constitutionnel sur sa rétroactivité.

Ce principe de rétroactivité est fondamental : vous avez une pratique légale pendant vingt ans, on change la loi et hop, votre pratique devient illégale. Jusqu'ici, la loi n'étant pas rétroactive, vous êtes astreint à changer votre pratique à partir de la promulgation de la nouvelle loi, sans autres conséquences.

Si la loi est rétroactive, vous devenez condamnable pour les vingt années passées. Autant dire que vous n'êtes plus sûr de rien, vous ne connaissez plus les limites réelles apportées à votre action, la loi actuelle ne vous protégeant plus en rien des dispositions inconnues d'une loi future.

Ce principe doit rester intangible, faute de quoi il n'y a plus de consensus sociétal possible. C'est ce qu'a signifié le Conseil Constitutionnel.

C'est ce que n'accepte pas le Président de la République qui entend passer outre, au nom de la protection des victimes potentielles, en faisant notamment appel à la sagesse du Président de la Cour de Cassation, incompétent en la matière.

Or le Président de la République est le gardien de la Constitution. En tant que tel, il est tenu d'appliquer les textes constitutionnels en vigueur, de respecter et d'exécuter les décisions du Conseil Constitutionnel. Faute de quoi, il se place dans l'illégalité.

La seule issue légale à cette affaire est donc une modification de la Constitution, qui aurait dû, sans préjuger de sa pertinence, précéder cette loi sur la rétention.

Mais évidemment, ç'aurait été prendre le problème à l'endroit. On n'en est plus là, ici comme ailleurs, dans la République sans queue ni tête du “casse-toi, pauv' con“.

24 février 2008

La République du res-pet

On comprend que le Président de la République soit heurté par l'apostrophe aggressive d'un passant.

Mais Primus inter pares n'est pas Vulgus inter pares. On ne peut pas comprendre que l'élu des français, leur “représentant“, les représente, en public, aussi cavalièrement, aussi vulgairement (pas grossièrement, hein, j'ai bien écrit vulgairement).

On ne peut pas comprendre qu'il soit, publiquement, aussi irrespectueux de sa fonction et de ceux qu'il représente.

Ce Monsieur semble décidément oublier à répétition que, pour être homme, il n'en est pas moins Président de la République, c'est-à-dire “autre“ que lui-même.

18 février 2008

Le bonheur n'est pas dans le PIB

BonheuretpibCe petit schéma (de source OCDE) appelle peu de commentaires : il parle de lui-même.

70% d'augmentation du PIB en 35 ans n'ont pas modifié positivement le sentiment de satisfaction des français à l'égard de leur existence.

C'est assez dire que nos indicateurs économiques quantitatifs ne mesurent pas, voire n'ont aucun rapport avec les évolutions qualitatives et le progrès réel.

Du travail en perspective pour la commission Stiglitz...

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