14 mai 2008

Rauschenberg : un pape pop casse sa pipe

13_overdrive_lgl“[ROCI (Rauschenberg Overseas Culture Interchange)] était un projet dédié au pacifisme : en ce sens, cela a surtout été un échec. J'ai toujours eu cette idée dans un coin de ma tête, mais ce qui m'a déterminé à le mener à bien a été de travailler en Chine. Il y avait là tant de haine et de suspicion ! Des gens qui avaient des parents, grands-parents ou enfants vivant dans un autre village avaient besoin d'un permis pour aller les voir ! Je me suis dit : mon Dieu, dans une même famille, tu ne peux même pas avoir confiance en l'autre ! Ce n'est pas étonnant que le monde soit dans cet état.

“Si tout le monde connaissait l'autre, ce qu'il mange, comment il danse, ou pense, les relations sur la planète seraient moins brutales. Pour moi, la connaissance était à la base de tout. Alors j'ai fait, seul et avec mes modestes moyens, tout ce que j'ai pu pour présenter une nation à une autre. Par exemple, j'ai travaillé avec des Tibétains, et j'ai présenté leur travail en Chine. Et vice versa. C'est un peu tard maintenant, mais si vous avez des idées de ce genre, je suis toujours preneur...“

Ainsi parlait Robert Rauschenberg, peintre compagnon du pop art et de l'art pauvre, détourneur d'objets et capteur talentueux des mythologies contemporaines, mort hier, à 82 ans, à Captive Island en Floride.

PS - Ce mercredi, Sotheby's propose à la vente trois de ses œuvres, dont Overdrive, de 1963 (ci-dessus), estimé entre 10 et 15 millions de dollars.

Rausch Rauschenberg1

14 avril 2008

Hé bé, pardon, eBay

Depuis quelques jours, le désintérêt pour une actualité déprimante, la lassitude du soliloque, le jardinage, les travaux, la préparation de la saison à Montagenet, me tiennent éloigné de ce blog.

Il y a autre chose : j'ai découvert (avec grand retard, j'en conviens) le jeu, les joies et les émotions des ventes aux enchères sur eBay, où je me suis mis en tête d'acquérir, à pas trop cher, quelques éléments de déco et des œuvres d'art. Enfin, s'il s'en trouve.

Je m'amuse donc beaucoup à écumer ce fatras immonde, cette poubelle géante où, pour l'essentiel, des vendeurs tentent de monnayer leur manque de goût, leurs dégoûts et leurs désamours, on trouve, selon l'humeur, en se bouchant le nez ou entre deux crises de rires, quelques perles de talent ou d'humour.

En voici une. Je laisse la parole à l'artiste :

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Nicolas_gimbert “Nicolas Gimbert est un jeune artiste plasticien parisien. Ses sujets de prédilection se rattachent à l'art conceptuel. Il utilise toute sortes de médiums, de la vidéo à la peinture.

Description de l'œuvre : 1 mètre carré de publicité. Processus mettant en relief une réappropriation de la consommation de masse et de sa communication.

Récolte de prospectus depuis plus d'un an reçus chez moi dans ma boîte aux lettres. Plus d'une centaine de publicités (grandes surfaces, ex : carrefour, auchan…).

Ensuite je les ai recyclés à l'aide d'un procédé traditionnel. Cela donne une sorte de monochrome fait dans un espèce de papier mâché un peu gris dû à l'encre.

On peut voir une certaine abstraction de ce qu'est la publicité aujourd'hui... Un appel à la consommation de masse.

Ensuite je l'accole à une toile de jute d'1m x 1m. L'épaisseur du châssis est de 50mm, plus renfort, où viennent s'ajouter quatre couches de papiers recyclés de 4cm chacune.

J'ai voulu jouer sur l'ambiguïté que peut apporter le support de la toile, le châssis par rapport au papier ; la notion de médium et d'ambivalence entre ces deux supports, permet donc d'interroger le spectateur face à sa propre conception de la peinture.

Le résultat final a été de mettre en vente cette toile sur Internet E-Bay, afin d'y réinjecter un pouvoir d'achat. Pour que la boucle soit bouclée.“

Le prix de départ des enchères de l'œuvre est de 100.000 €. J'hésite à enchérir :)

10 novembre 2007

Investir en dollars ?

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1bluebackgroundblacksign300dpi

1whitebackgroundgreensign300dpi Le dollar, menacé dans sa valeur de monnaie-refuge ?

Oui. Mais non, si l'on regarde ces œuvres moqueuses de Warhol, qui ne cessent de prendre de la valeur depuis qu'il les a peintes et multipliées, en 1982 :)

30 octobre 2007

Visite de nuit au Musée d'art contemporain de Los Angeles

Souvent, la nuit, je pars en maraude dans un musée du bout du monde, à la recherche d'histoires, de sens, d'émotions, de beauté.

Cette nuit, en deux clics, je suis retourné au MOCA (Museum Of Contemporary Art de Los Angelès), visité “en vrai“ il y a plus de vingt ans. Inauguré en 1979, il faisait alors piètre figure comparé au MOMA. Je crains que ça n'aie pas changé.
Damian_ortega_cosmic_thing

Rita_mcbride_machines Enrique_martinez_celaya Ron_terada Thomas_hirschhorn_nonlieux

Je me suis plongé dans les acquisitions récentes. Pas un regard, une inspiration, une vision, un savoir-faire qui étonne ou émeuve.

La beauté n'est décidément pas le propos, l'émotion non plus, le sens est minimal, sinon benêt, le portrait du monde que tout cela dessine est navrant pour l'intelligence.

Regardez de Décembre 2003, de Enrique Martinez Celaya, qui ferait passer un peintre Montmartrois pour un génie, ces machines de Rita McBride, réalisées en acier et porcelaine, le non-lieu de Thomas Hirschhorn, cet écorché de Volkswagen de Damian Ortega ou ce panneau routier de Ron Terada.

Au mieux, si l'on est de bonne humeur, cela tire un sourire ou un bon rire et on peut en conclure qu'un portrait ressemblant du monde d'aujourd'hui est d'abord celui de ses objets ou ses poubelles.

Mais on ne peut s'empêcher de penser que les acquéreurs achètent tout et n'importe quoi, dans la seule terreur de ne pas rater “l'artiste“ qui marquera son temps.

Ne le dites surtout pas : la présence d'une “œuvre“ au MOCA permet en tout cas de faire grimper les cours de l'“artiste“ et d'organiser la spéculation.

26 octobre 2007

Fragonard, entre expressionnisme et impressionnisme

Fragonard_le_verrou

Fragonardinspiration Fragonard

La peinture de Jean-Honoré Fragonard (1832-1806) est tout à la fois emblématique d'un XVIIIe siècle délicat et léger, et l'une des annonciatrices de deux grands mouvements artistiques du XIXe et du XXe siècle, l'impressionnisme et l'expressionnisme.

Regardez La lectrice (peint vers 1770-1772, ci-dessus, à droite), ce pourrait presque être un Renoir. Ou L'inspiration (vers 1769, ci-dessus, à gauche), portrait d'un écrivain brossé à grands traits, presque inachevé.  Au costume près, tout comme son célèbre portrait de Diderot, il pourrait être d'un impressionniste.

Quelle étrange beauté, d'ailleurs, dans cette attitude de l'homme qui, pour trouver l'inspiration, tourne le dos à sa plume, comme à la recherche de sa part d'ombre.

Et regardez, ci-dessus, cette scène amoureuse, quasiment dramatique, ce couple au bord d'un lit, éclairé comme par un spot, dans une attitude qu'on croit d'abord passionnée.

Composition, lumière, attitude et expression des personnages, tout annonce l'expressionnisme en peinture et au cinéma.

Mais Fragonard est joueur et bien de son siècle : les deux amants sont moins théâtraux et beaucoup plus pratiques qu'il n'y parait (au moins l'homme, car certains ont interprété la scène comme celle d'une lutte ou d'un viol). Ils n'ont qu'une hâte, fermer Le verrou.

Fragonard_00

La scène champêtre ci-contre semble plus de son époque. Et tellement plus mièvre. Un artiste vaut souvent par sa capacité à s'évader de son temps.

A voir, en ce moment : une belle exposition Fragonard, au Musée Jacquemard-André, à Paris, boulevard Haussmann.
 

22 octobre 2007

L'économie et l'intérêt général

Julien_prvieuxEconomics and the public purpose, de Julien Prévieux.

Une œuvre exposée à la FIAC 2007. Minimal, mais explicite.

20 octobre 2007

Fiac : l'art de salle de marché

Olaf_nicolai Sans doute par manque de subtilité, je n'ai jamais “cru“ à la complexité. Ou du moins à sa généralisation. A tort ou à raison, je crois que la plupart des grandes choses sont simples et que si elles ne le sont pas, le travail de l'intelligence est de les rendre simples.

Reste que toutes sortes de gens, et de plus en plus en fait depuis un bon siècle, font commerce de la complexité. Ou, plutôt, de la fausse complexité. Parfois par conviction, souvent pour se délimiter un territoire et se faire une place au soleil.

Il leur suffit de rendre obscur ou compliqué ce qui pourrait être clair, d'ajouter des couches de vraie ou de fausse connaissance et de s'auto-proclamer experts, spécialistes, connaisseurs, médiateurs ou que sais-je.

Kcho_bote_con_remos

De la chose politique à l'exercice de la médecine, du droit à l'administration, de la finance à l'art contemporain, on nous vend de la complexité. Si l'on ne comprend pas, c'est qu'on est idiot, qu'on ne respecte pas le savoir, les règles, la culture supposée commune.

Les produits financiers sont un exemple de cette étrange “complexification“ du monde. Dans les salles de marchés, on n'achète plus depuis longtemps des pièces d'or, sonnantes et trébuchantes, mais des produits dématérialisés, des options d'options, dont plus grand monde ne sait à quoi elles correspondent.

Tant que la confiance règne et que tout le monde en fait son beurre, on fait semblant de croire à leur valeur. De toutes manières, les choses sont si “complexes“ que personne n'est plus responsable. De temps à autre, un accès de lucidité traverse les esprits et cela donne la crise des sub-primes ou un bon krach. Et aussitôt, on repart.

L'art contemporain, aussi spéculatif que la finance, est un des lieux où se déploie aujourd'hui la complexité. Pour n'évoquer que l'art occidental, en sept siècles, il a connu six strates de clients : successivement l'église, les princes, les bourgeois, les musées d'Etat, les entreprises, les musées territoriaux.

On ne racontait pas d'histoires à l'Eglise. La mission de l'artiste était simple : illustrer au mieux l'idéologie et les légendes de son client. On ne racontait pas d'histoires aux princes, on flattait leur gloire.

Avec le temps, on a pris plus de liberté avec les bourgeois. S'il s'agissait d'abord pour l'artiste de les mettre en valeur, ce sont ensuite leurs valeurs qui ont été mises en avant. Puis leur idéologie. Puis l'art s'est pris pour son propre objet. L'artiste a cessé d'être un artisan et, peu à peu, a mis en avant son propre univers, sa vision propre.

Il s'en est suivi cette période féconde de la peinture qui débute avec Goya, Turner, puis les impressionnistes et culmine avec ce qu'on appelle l'art moderne, interrogation collective et individuelle sur la forme et le fond de ce qu'est l'art.

John_armleder

Il y a quelque 40 ans, au moment même où la spéculation sur l'art se développait et où se multipliaient mondialement les musées publics et privés dédiés aux collections contemporaines, cette interrogation a semblé parvenir à un terme ou à une impasse avec Klein, Fontana et quelques autres. 

Et tandis que certains, comme les tenants du pop art, s'orientaient, souvent avec talent et humour, vers le commentaire et la critique sociale, que d'autres “réinventaient“ la peinture, il a semblé nécessaire à d'autres encore que l'art sorte de son cadre.

Il ne s'agissait plus de décorer des salons et des salles à manger bourgeoises mais, pour certains, d'habiller la rue de grafittis, de créer un art véritablement populaire et, pour d'autres, de créer un art “culturel“, “intellectuel“, “complexe“, destiné à peupler d'installations les musées publics ou privés, les galeries ou les halls d'entreprises.

Cet art “culturel“, exclu du décor privé, mais destiné à la décoration publique est très rapidement devenu institutionnel et a été très vite miné par la spéculation.

Puisqu'il fallait avoir un goût étrange pour acheter une œuvre cubiste en 1910 qui valait maintenant des millions de dollars, la bizarrerie est devenue la règle. L'“irresponsabilité“ des acquéreurs publics de collections a fait le reste.

En parcourant la FIAC (où sont exposées les trois œuvres ci-dessus -et de haut en bas- de Olaf Nicolai, Kcho et John Armleder), on voit de bien belles choses, mais aussi une infinité de “produits“ spéculatifs, souvent incompréhensibles, inappréciables et injustifiables au plan de l'esthétique ou du discours.

Mais qu'importe, ils décrivent un monde “complexe“ : c'est ce qui fait la valeur  de cet art de salle de marché :)

16 octobre 2007

Arte povera

Rochechouart

Vue au Musée départemental d'art contemporain de Rochechouart cette galerie du château où, dans une  architecture que je ne sais plus dater (XIVe ou XVIe siècle), d'une belle sobriété faite de pierre, de bois et de lumière naturelle, un artiste a déposé sur le plancher un alignement de pierres blanches amassées.

Le choc visuel résultant de la rencontre de l'architecture passée et de l'“intervention“ contemporaine me laisse pantois. Je trouve cela étonnant et beau, sans comprendre pourquoi.

Musée départemental d'art contemporain, place du château,  87600 Rochechouart - tel : 05 55 03 77 77

10 octobre 2007

Monet vandalisé : un grand poing pour l'homme, un petit moins pour l'humanité

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Le pont d'Argenteuil, un tableau de Claude Monet, peint en 1874, année de la première exposition impressionniste, a été gravement endommagé, au musée d'Orsay, à Paris, dans la nuit de samedi à dimanche.

«Une bande de quatre garçons et une fille», apparemment en état d'ébriété, se sont introduits dans le musée. Ils ont pris la fuite après le déclenchement d'une alarme.

Avant de s'enfuir, l'un des visiteurs a assené un coup de poing au tableau, causant une déchirure d'environ 10 centimètres (dont on voit l'impact sur la photo ci-dessus à gauche, sous la deuxième pile du pont). Les dégâts sont importants, mais le tableau pourra être restauré.

Qu'est-ce qui peut se passer dans la tête d'un type qui fait cela ? Accorde-t-il de la valeur au tableau qu'il vandalise ? Ou pas ? A-t-il le sentiment d'exister mieux en brisant un tabou ? Veut-il faire le matamore devant ses amis ? Dit-il simplement sa rage, sa haine de valeurs qu'il ne partage pas ou dont il se sent exclu ? Tout cela s'adresse-t-il à lui-même, à Monet ou aux “autres“ ?

06 septembre 2007

Musée imaginaire (71)

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Spencer_tunick_zocalo_2

Spencer Tunick est un “metteur en scène“, un “installateur“, un créateur d'événements : depuis 1992, il convoque des gens, souvent par milliers, dans un décor (le plus souvent une ville), les fait se deshabiller, les ordonne comme les pixels d'une trame immense, comme des pions sur un échiquier géant et photographie l'ensemble ainsi obtenu.

Chaque fois, ces nudités réduites à l'anonymat des points d'un tapis de peau, de chair ou de viande, comme on veut, forment un spectacle étrange, à la fois transgressif et totalement désérotisé. 

Au-delà de l'événement, la démarche de Tunick a quelque chose de contradictoire et d'ambigu, entre exaltation de l'intime et anihilation de l'individu, entre dévoilement et dissimulation -par banalisation, massification- de la nature,  entre représentation de la vie et d'une forme de mort, entre libération et totalitarisme.

Les photos, généralement moyennes techniquement -en raison de la météo, de la difficulté ou de l'impossibilité d'éclairer certains lieux-, ne sont que les traces, la représentation de ces œuvres éphémères.

Après avoir posé son œil à Londres, Melbourne, Bruges, Sao Paolo, Lyon, Barcelone ou sur le glacier d'Aletsch,  Spencer Tunick a convoqué, le 6 mai dernier, 18.000 personnes (un record) sur le Zocalo, la place principale de Mexico City (ci-dessus).

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