07 décembre 2007

La chanson du dimanche

Clément (31 ans, prof de math) et Alec (32 ans, patron de bar) deux amateurs plutôt très pros, ressuscitent avec humour et talent l'art des chansonniers. 

Chaque semaine, ils écrivent et livrent sur le net “La chanson du dimanche“, commentaire réjouissant, quasiment improvisé, sur l'actualité. Ça vaut souvent les meilleures analyses politiques. Et musicalement, c'est minimal, varié et amusant. Un régal.

super pouvoir d'achat (La Chanson du Dimanche / saison 2-11)

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10 novembre 2007

Vive le marketing “durable“ !

Visionnage d'un petit film institutionnel, montrant des employés d'une nouvelle marque hotelière au cours de sessions où ils se familiarisent avec les “valeurs“ (les caractéristiques ? les qualités ?) que prétend ou voudrait incarner leur marque.

Deux ou trois mots ressortent du film : accueil, connection et “urban village“. Accueil, c'est bien le moins pour un hôtel, un peu comme bonne viande, chez un boucher. Connection, ça veut dire qu'on se sentira tellement bien dans l'hôtel qu'on devra pouvoir s'en évader illico par internet. Urban village, signifie que l'hôtel, destiné aux voyageurs d'affaires, est un microcosme chaleureux dans un macrocosme pratique ou nécessaire, qu'il sera relié à la vie locale et que, par exemple, l'hôtel sera en liaison avec l'office du tourisme local ou que le restaurant de la chaîne proposera au moins un plat régional. Et hop, un p'tit coup de “développement durable“, ça ne peut pas faire de mal, coco. Bon...

Trois choses m'épatent dans ce film : la première, c'est tout ce tintouin coûteux (séminaire, formation, film) pour formuler des évidences ou des platitudes.

La seconde, c'est que tout ce discours vend un packaging, des clichés linguistiques, l'environnement d'un produit, ou celui supposé des clients, sans jamais entrer dans le cœur du sujet. Où sont les “plus produits“ ? Apparemment pas dans le produit : les lits sont-ils plus larges, plus confortables qu'ailleurs, le mobilier plus pratique ou plus élégant, les salles de bains mieux équipées, la décoration différente, les prix plus acceptables, l'ambiance meilleure, le service plus aimable, plus disponible, plus complet que chez les concurrents ? Pas un mot sur tout ça. On vend une image, un discours, pas un logement. Cela peut se concevoir.

Mais la troisième chose et la plus frappante, c'est le regard sans flamme des intervenants, qui ânonnent une leçon truffée de “créatif“, de “valeurs“, de “marque“, si loin de ce qu'expriment leur ton, leur attitude, leur gestuelle, leur manière de dire des mots qui leurs sont durablement étrangers.

Il n'y a qu'une chose qu'ils devraient exprimer et que ne leur apprennent pas leur coachs : aimer ce qu'ils font.

J'exagère : il y en a un ou deux qui ont l'air d'aimer être là. C'est les pires. Ceux-là auraient collaboré avec n'importe qui et renoncé de la même manière à être eux-mêmes, pour adopter la langue et les marottes de leurs maîtres. Ça ne donne pas confiance.

Autre chose. Ecoute d'une interview d'un directeur du marketing de Coca : “Coca-Cola a construit une relation très intense, très émotionnelle, avec ses consommateurs.“

Arrêtez-vous et réfléchissez deux secondes à ce que cette phrase signifie réellement. Réellement, vous dis-je... Et pétez un bon coup.

03 novembre 2007

Facebook ou l'art d'envoyer des poissons à vos “amis“

Donc, Facebook. Ce pourrait être également, My Space, My Small World et quelques autres. Il y a encore MSN, Skype, les forums, les mails, les SMS et, bien sûr, le téléphone. Quelle richesse de tuyaux, quelle variété, que ce monde est formidablement communiquant !

Sur Facebook, j'ai découvert des inconnus qui se disent mes amis, été contacté par des escrocs de ma connaissance, sûrement atteints de troubles de la mémoire, qui se prétendent également mes amis, retrouvé des connaissances de trente ans et d'autres, nettement plus vertes. J'ai eu la joie de revoir des visages, des histoires, des destins perdus de vue et quelques vrais complices, anciens ou récents.

Et que croyez-vous qu'il arrive ? Au mieux, on s'envoie des poissons virtuels, des ours, des fleurs et on se convoque pour des grandes causes : “Je veux ma Mercédès de fonction“, “Pour l'interdiction d'applaudir à l'atterrissage“, “Je suis beau“, “Si ce groupe atteint 6 milliards de personnes, tout le monde sera dedans“, “Join this group, invite all of your friends and then leave“...

Pfffff. Et pendant ce temps-là, je suis sans nouvelles de toi. Et de toi. Et de toi. Parce que je le vaux bien, sans doute :)

30 septembre 2007

Le client est roi ? Mais roi de quoi ?

300_2 Hier soir, vision d'un DVD. Ironie du sort, en compagnie d'amis délicieux, par ailleurs distributeurs de cinéma.

Avant d'arriver au menu du film que j'ai évidemment acheté et pas téléchargé, j'ai d'abord droit à une leçon de morale agressive, sur le mode “pirater, c'est voler“. Si j'avais piraté, je n'aurais pas eu le plaisir d'être gratifié de cette stance.

Après cette agréable entrée en matière, on me propose trois ou quatre bandes-annonces de films dont je n'ai rien à foutre. Quand je dis “on me propose“, c'est parce que je suis poli : on me les impose sans me demander mon avis, puisque je ne peux toujours pas accéder au menu du DVD.

Pour couronner le tout, ces séquences, qui ont bien bouffé 10 minutes mon temps sans que j'en sois rémunéré ou remercié, sont suivies d'une pub qui m'apprend que le DVD que j'ai acheté est un format obsolète, puisqu'arrive bientôt le HD-DVD, le Blue-ray et je ne sais quoi encore, dont l'objectif est, contre la promesse d'une qualité technique ultime dont, en fin de compte, peu de gens pourront profiter, de me faire racheter un nouveau lecteur vidéo et de finir par remplacer l'ensemble de mes DVD, comme j'ai déjà, en moins de vingt ans, remplacé les VHS par des LaserDisc, puis par des DVD.

Tout ça pour dire qu'avant de pouvoir regarder le film que j'avais choisi de voir, mon fournisseur de vidéo m'a ouvertement traité de voleur, pris pour un con-sommateur passif, puis pour un gogo sans mémoire, prêt à se faire avoir à répétition par de fausses nouveautés technologiques.

A voir l'étendue du respect des consommateurs que révèlent ces pratiques de marketing à la hussarde, s'il est vrai que le client est roi, on peut se demander si, pour l'industrie du cinéma, il n'est pas juste le roi des cons :)

14 septembre 2007

Le 4e pouvoir, “embarqué“ par les pouvoirs politiques et économiques

524821641386 La lecture, l'écoute ou la vision des médias est devenue une épreuve redoutable. Choix éditoriaux, angles rédactionnels, absence de sens critique, d'esprit de synthèse ou, plus simplement, de mémoire de ceux qui “fabriquent“ l'information, dressent un paysage de l'information contemporaine univoque, partiel, partial et, pour tout dire, dévasté.

Regarder, écouter et, trop souvent, lire les informations, suppose chez le citoyen qui se refuserait à n'être qu'un consommateur passif du spectacle du monde, une concentration, une culture, une mémoire et une capacité de résistance peu communes, seules susceptibles d'interpréter les opinions présentées comme des faits avérés, les erreurs, les à peu près et, surtout, les béances et les silences de l'information.

Une indépendance mise à mal de toutes parts

La mission de l'information devrait être de faire une sélection parmi les innombrables faits avérés, de relater ceux qui ont été choisis, en leur donnant une forme, une structure, une signification, c'est-à-dire en les intégrant notamment dans la chaîne de leurs causes probables et de leurs conséquences possibles.

En écrivant cela, je me dis que c'est partiellement cela qui est fait par l'essentiel des médias qui, après tout, collent avec le sens d'origine du mot informer : en latin, informare signifie former, façonner.

Et pour être formés ou façonnés, ce n'est rien de dire que, jour après jour, nous le sommes. Comme des bêtes de somme, en somme.

Pour s'en tenir à l'information en France, trois phénomènes l'altèrent qui peuvent se ramener au seul mot d'indépendance.  Le monde des médias n'est  pas indépendant du pouvoir politique, ni des lobbies ou des pouvoirs économiques et, par ailleurs, il est orphelin d'un pouvoir intellectuel qui semble s'être auto-dissous ou a été disqualifié et ne joue donc plus son rôle d'exigence et d'équilibre.

Une forme de censure est ainsi revenue, beaucoup plus subtile, mais tout aussi brutale que celle des années 60, quand il arrivait qu'Alain Peyrefitte, ministre de l'information, se fasse communiquer par avance le contenu des journaux télévisés. Aujourd'hui, plus besoin de ministère de l'information, un bon rédacteur en chef fait l'affaire, de manière moins voyante.

L'émergence de la soft censure

Comment fonctionne cette censure ? Elle tient, d'abord, à la familiarité entretenue par le pouvoir avec les actionnaires des grands médias. Un mix d'amitiés réelles ou de fréquentation, de vision partagée et d'intérêts communs, représentés notamment par marchés publics, lie un homme comme Nicolas Sarkozy avec des industriels portant la double casquette de patrons de presse, comme Jean-Luc Lagardère, Serge Dassault, Martin Bouygues, Vincent Bolloré, Bernard Arnault ou François Pinault.

Dressez la liste des organes de presse écrite ou audiovisuelle dont sont actionnaires majoritaires ou minoritaires ces hommes et vous aurez compris que les choses sont liés et bien liées.

Cette “consanguinité“ au plus haut niveau est confirmée et verrouillée, à des niveaux plus modestes, par les relations nouées entre journalistes, hommes politiques, entrepreneurs, décideurs et vedettes de tout poil.

Comme tout cela ne saurait suffire, ce système de relations personnelles et de réseaux informels s'est enrichi d'évolutions structurelles, liées au financement des médias. La plus sensible est l'interpénétration de la gestion et des rédactions au sein de chaque entreprise. Elle prend plusieurs formes.

Du côté des dépenses, il s'agit depuis trente ans, non de travailler plus pour gagner plus, mais de faire plus avec moins. Les rédactions ont été drastiquement réduites. Il serait, par exemple, instructif de connaître le nombre des correspondants à l'étranger ou en province des organes de presse français et de les comparer avec qu'il était voici 20 ou 30 ans : dans un monde plus interdépendant que jamais, s'il n'a pas diminué de moitié, c'est qu'il a fondu des deux tiers ou des trois quarts.

Ajoutez les “progrès de la productivité“ : grâce à l'informatique et à la miniaturisation, le métier de journaliste a, le plus souvent, intégré celui de photographe, de cadreur, d'ingénieur du son, de maquettiste, d'infographiste et de secrétaire. Cette métamorphose a fait émerger de nouvelles caractéristiques dans le métier de journalistes. Qualités nouvelles. Nouveaux défauts, également.

Journalisme ou relations de presse ?

Ajoutez encore qu'ayant intégré le besoin d'économies des rédactions, les lobbies les plus divers (entreprises, ministères, services de presse des armées, etc) se sont dévoués pour “faciliter“ le travail des journalistes.

C'est ainsi qu'avec la bénédiction des rédactions en chefs, ils les “embarquent“ (comme on dit dans l'armée américaine), en assumant tout ou partie de leurs frais, pour des reportages, allant de la présentation d'un nouveau produit à la correspondance de guerre, qui ont plus une vocation plus promotionnelle qu'informationnelle.

Si cela suffit à transformer nombre de journalistes en enfants gâtés voire en goujats, cela ne contribue pas à les rendre indépendants, réellement curieux ou même à leur donner le temps de prendre du recul, d'analyser ce qu'ils voient. Les journalistes “embarqués“ de l'Elysée en savent quelque chose, ballottés d'un déplacement, d'un sujet l'autre, au rythme effréné et changeant de l'agenda présidentiel.

Ajoutez enfin que les abonnements aux agences de presse permettent l'intégration facile et non-enrichie d'articles et de sujets prêts à l'emploi, réalisés dans les mêmes conditions de “productivité“ que les autres.

Du côté des recettes, le poids des annonceurs est évidemment très sensible. La palette est large de leurs interventions directes ou indirectes sur les rédactions, de la promotion de sujets ou d'angles à la communication d'informations, voire d'articles pré-machés et évidemment orientés, de la flatterie à la menace, de l'invitation à déjeuner d'un journaliste auquel on explique la vie, en passant par une impressionnante gamme de cadeaux ou d'avantages, jusqu'au retrait des budgets publicitaires aux organes les plus récalcitrants.

Dans ces conditions où le journalisme est conduit à un flirt dangereux avec la promotion ou les relations de presse, on comprendra aisément que l'exercice de la curiosité et de l'indépendance des journalistes et des rédactions relève de la quadrature du cercle, de la sainteté ou d'un goût pervers du sacrifice. L'autocensure gagne ainsi chaque jour, insidieuse, inconsciente ou subie par les journalistes comme par leur public.

On en finit ainsi par être rendus témoins d'un monde d'autant plus complexe qu'on se garde bien de l'expliquer, réduit à une suite pointilliste et surréaliste de faits divers et de mensonges “officiels“, plus curieux des exploits du XV de France, de ceux d'un pédophile ou d'un quelconque people, que du nombre de victimes de l'armée française en Afghanistan, du sens réel de la suppression des jachères en Europe, de la crise économique qui se prépare ou de l'importance des migrations mondiales en cours...

Il y a sans doute mieux à faire, et d'aucuns, notamment sur le net, s'y essaient, mais ça n'est pas simple :)

10 septembre 2007

C'est sûr, Actuel n'est pas près de renaître une troisième fois

Actuel1Jean-François Bizot est mort hier. Avec Michel-Antoine Burnier, Patrick Rambaud, Jean-Pierre Lentin, Léon Mercadet, Bernard Kouchner, Jean Rouzeau, Jean Karakos et quelques autres, il avait fondé Actuel, en 1970.

Actuel, c'était un organe de presse unique. Il ne rapportait pas l'information, il était l'information.

A l'image de son fondateur, c'était un mensuel curieux de tout, exigeant, enthousiaste, positif, joyeux, ouvert sur le monde, la vie.

La route, les communautés, la drogue, le plaisir, l'écologie, le féminisme, le rock... rien ne lui échappait de ce qu'on appelait alors la contre-culture et qui était, en fait, la culture vivante, faite de ces micros-mouvements qui “bubble under", existent bien avant que les médias ou la “culture officielle“, universitaire ou commerciale, ne s'en emparent et ne les “vulgarisent“.

Actuel était une tête chercheuse des mouvements, des inventions, des idées, des hommes qui allaient changer le monde. C'était un miroir intelligent et mobile, une fenêtre qui découvrait aux lecteurs des perspectives nouvelles, des possibles innombrables. Cela en faisait sorte de guide pour les adolescents ou les jeunes adultes d'une époque où l'avenir était enviable, où régnait la confiance. J'étais de ceux-là. Actuel a inspiré bien des parcours...

Mais cette curiosité généreuse, cette responsabilité, étaient harassantes. En octobre 75, épuisée par six années d'expériences, de voyages, d'enquêtes, l'équipe saborde le magazine, l'année même où il commençait à équilibrer ses comptes.

En 1979, la nostalgie des lecteurs, celle des rédacteurs et la puissance d'un grand éditeur offrent une seconde vie à Actuel.

Si les tirages de la première série plafonnaient à 60.000 exemplaires, ceux du second montent rapidement à plus de 300.000 exemplaires. Dans une formule plus confortable, Actuel parcourt le monde, déniche des informations inédites, défriche les nouvelles tendances. Puis, de nouveau, en 1994, le magazine se saborde et l'équipe s'égaye s'égaille.

Après cela, toujours curieux, Jean-François Bizot avait créé le city magazine Nova Mag, puis Radio Nova. Puis il avait longuement lutté contre un cancer.

Cette fois, c'est fini. Bizot a bien vécu, Actuel n'est pas près de renaître une troisième fois.

PS - Merci d'avoir été là, Jean-François :)

22 août 2007

Nicolas Sarkozy, l'hyper-Présent

Nicolassarkozy Dans les années 60, j'adorais les infos de la télévision espagnole.

En une demi-heure, on était gratifié, chaque soir, des aventures complètes et édifiantes du Chef de l'Etat, qui remplissaient, selon l'actualité, entre un tiers et les trois quarts du journal  : le vieux caudillo avait inauguré un hopital, puis une usine, puis une autoroute, puis remis des médailles, puis présidé le Conseil des sinistres, puis reçu un Chef d'Etat, un ambassadeur ou une délégation provinciale.

Après quoi, cerise sur le gateau, on pouvait suivre la journée passionnante de son épouse, Carmen Polo de Franco, qui avait visité une maternité, un parador ou un foyer du troisième âge. Comme si elle avait gagné une étape du Tour d'Espagne, elle avait souvent une jolie gerbe de fleurs dans les bras.

C'était un spectacle très varié, très entraînant, au cours duquel le Généralissime serrait des mains, et des mains et des mains, prononçant des mots qu'on n'entendait pas, car sa parole était rare et les micros peu performants. Heureusement, on pouvait se délecter des commentaires du présentateur, en général très... descriptifs.

Plus tard, j'ai retrouvé avec joie, au cours de mes voyages d'agrément, des journaux aussi riches et diversifiés dans nombre de pays, dont le Maroc d'Hassan II ou l'Indonésie de Suharto.

Ce n'est donc pas sans émotion que je regarde, depuis quelques semaines, les journaux télévisés français.

Un viol d'enfant par un malade rassis, fraichement sorti de prison et fort opportunément pourvu de Viagra ? Hop, le Chef de l'Etat apparait filmé sur les marches de l'Elysée, pond une loi dans l'heure et crée un hôpital.  Un désaveu du Conseil Constitutionnel sur les intérêts immobiliers ? Hop, le président le renvoie à ses lourdes responsabilités et annonce de nouvelles dispositions dans la minute. Un marin-pêcheur meurt accidentellement ? Hop, le super-président court à l'entrainement, pardon, à l'enterrement.

L'homme est partout. Et il est filmé partout, généralement flanqué de gardes du corps qu'on appelait autrefois ministres. La description détaillée de son agenda fournit une partie significative du temps d'antenne des chaines d'information continue et de leurs consœurs discontinues. A croire que la France est plongée toute entière dans la lecture ou la vision d'une geste nouvelle, dont le héros serait doué d'ubiquité.

Ce n'est plus de la real-TV, c'est de la Presidential-TV. Ce n'est plus l'hyper-Président, c'est l'hyper-Présent. :)

19 août 2007

L'Empire du silence

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Discussion sur les “secrets de famille“, ces choses tues, ces non-dits, lourds, honteux -ou vécus comme tels-, qui forgent, forment, déforment les personnalités de tous, sur deux, trois, quatre générations : grand-père collabo, oncle violeur, aïeule mère-fille ou, plus simplement, ancêtres peu présentables au regard des mœurs ou du statut social actuel de la famille.

Le “misérable petit tas de secrets“ que porte chacun, le plus souvent à son insu, est généralement le fruit de l'oubli sélectif ou du mutisme volontaire des ainés.

Tel trait de caractère, tel mode de conduite, telle attitude étrange d'un individu, est souvent héritière d'un trauma familial ancien dont il ignore tout, héritière d'un silence pesant sur plusieurs générations.

Cet empire du silence ne touche pas seulement le cadre familial et ne concerne pas que le passé.

A regarder, à écouter, à lire le bavardage incessant des médias, on se dit que nos “sociétés de la communication“ font collectivement un curieux usage de la parole et du silence.

Si nous savons tout des faits et gestes de telle starlette promise à un oubli prochain, si nous n'ignorons rien du détail des vacances du président ou de son épouse, si nous sommes suspendus à la variation saisonnière d'un taux de croissance ou de chômage d'ailleurs faux ou manipulé, presque tous s'accordent à taire les enjeux de notre avenir proche ou lointain.

Un exemple, un seul, parmi tous les sujets de réflexion notés ici : quel sort doit-on collectivement s'accorder à réserver à une population vieillissante dont nous ne saurons financer ni les retraites, ni les soins dans vingt ou trente ans ? L'allongement de l'espérance de vie, dans ces conditions, est-il souhaitable ? Ou pas ? Silence...

12 août 2007

Sondages : pose-moi la bonne question, je te donnerai la bonne réponse

“Pour chacune des mesures ou actions suivantes réalisées depuis l'élection de Nicolas Sarkozy, dites-moi si vous en êtes plutôt satisfait ou plutôt pas satisfait?“ demande le JDD dans un sondage réalisé par l'IFOP.

Sondagesarkozy100jours

A voir les réponses ci-dessus, tout le monde ou, du moins, une large majorité, exprime sa satisfaction sur l'action du nouveau gouvernement. La vie est belle, c'est l'été, youpi.

S'agissant de sondages comme du reste, les réponses sont rarement plus sottes que les questions. Qu'auraient répondu les français si on leur avait demandé, par exemple :

• Etes-vous satisfait des 13 milliards d'Euros de cadeaux fiscaux faits aux ménages les plus aisés ?
• Etes-vous d'accord pour continuer de remplir des prisons-taudis déjà surpeuplées et devenues, par-là même, des écoles de la délinquance ?
• Etes-vous staisfait que la libération des infirmières bulgares aie permis de débloquer un contrat d'armement qui dote la Lybie d'un nombre de missiles Milan théoriquement suffisants pour détruire l'ensemble des chars français ?
• Etes-vous d'accord avec la suppression du drapeau de l'Union Européenne, prévu par le mini-traité ?

ou, à l'inverse :

• Pensez-vous inutile la diminution du nombre des fonctionnaires en France ?

07 août 2007

L'info se cache entre deux infos

Focus_1_fr Chaque jour, les dépêches tombent, métronomiques, sèches comme des coups de trique : “45 victimes dans un attentat à Bagdad... 6 soldats américains tués à Tikrit...“

Les dépêches des agences de presse ont réduit “les événements d'Irak“ (oui, je sais, “les événements“) à l'égrenage quotidien, répétitif, obsessionnel, du nombre des morts. Chaque jour, il y en a 20, 40, 70 de plus.

Personne, ou pas grand monde, ne cherche à synthétiser cette coulée permanente, en tentant un bilan global, qui, de toutes manières, varie du simple (60.000) au décuple (600.000) et, dans les deux cas, est sans rapport avec le nombre de morts annoncés par les dépêches (20 par jour pendant 4 ans, ça “ne“ ferait jamais que 30.000).

Personne ne s'inquiète qu'on annonce, à 90%, que des morts civils au cours d'attentats, alors que, y compris d'après le dernier rapport de l'ONU, la grande majorité des civils meurent par balles, ce qui va à l'encontre de l'image données par la somme des depeches "attentats par-ci, attentat par-là".

Personne, ou moins de monde encore, ne cherche à comprendre ou à expliquer les raisons de ces imprécisions ou, bien sûr, les raisons de tant de morts, de tant de blessures.

La presse reproduit, tels quels, les communiqués de l'armée américaine et nomme successivement les “fauteurs de troubles“, “terroristes“, “chiites“, “sunnites“, “rebelles“, "islamistes“, “insurgeants“, “insurgés“, “Al Qaïda“. Rarement ou jamais : “résistants“.

La guerre d'Irak a détruit toutes les infrastructures militaires et politiques du pays. Que des groupes religieux ou politiques, que des familles cherchent à tirer leur épingle d'un jeu cruel en menaçant, en dénonçant, en détruisant d'autres familles ou d'autres groupes, c'est à peu près “naturel“ au milieu du chaos.

Mais l'essentiel n'est pas là : la guerre d'Irak a une apparence, celle de la guerre civile ; elle a une réalité, celle d'une guerre d'occupation, contrée par des mouvements de résistances qui n'ont pas plus et pas moins en commun que n'avaient entre eux gaullistes et communistes en 1943.

Une fois de plus, l'information n'est pas dans ce qui est dit, mais dans ce qui est tu.

Carnets de nuit

  • Carnets de nuit, qu'est-ce c'est ? C'est le blog politique d'une voix libre, souvent moqueuse, parfois sérieuse, d’un amoureux et d'un citoyen du monde.

    Au fil des nuits, des jours, des humeurs et des urgences, vous y trouverez des coups de gueule sans pitié et des coups de chapeau sans frontières.

    Vous y trouverez également des informations peu répandues ou non mises en perspective sur les médias traditionnels, des éléments d’analyse politique, sous-tendus par une conviction simple : ce monde est trop beau pour qu’on accepte, sans sourciller, qu’il se fasse tant de mal.

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