20 avril 2008

Vol au-dessus d'un nid de consultants

H_3_ill_1036227_unenyt Le Monde fait état d'une enquête, approfondie et remarquable, parue aujourd'hui dans le New York Times, sur les liens coupables entre les experts militaires employés par de nombreux médias américains et le Pentagone, depuis environ 2002.

Parmi les 8.000 pages de documents consultés par les enquêteurs du New York Times (dont certains ont été obtenus par voie de justice), on trouve des notes du Pentagone [qualifiant] ces consultants d'"auxiliaires" chargés de "multiplier la force du message" et de diffuser les "thèmes et messages" de l'administration, en les faisant passer pour "leurs propres opinions"...

On ne peut évidemment imaginer que des pratiques pareilles soient possibles en France, ni dans le domaine militaire, ni dans le domaine économique et financier, ni autre.

Free Tibet ? Free Corsica !

ChinejdaJeanne d'Arc, prostitute ; Napoléon = pervert ; France = nazi ; Free Corsica !
le tout en anglais, comme notre chanteur à l'Eurovision, est élégamment assorti de croix gammées...

Evidemment, ces inscriptions sur le drapeau français  ne sont pas d'une subtilité absolue, d'une cohérence historique ou politique évidente.

Elles sont faites pour énerver, faire mal et se veulent insultantes.

Toute la différence entre les drapeaux “Free Tibet“ des derniers jours et celui-ci tient en ceci : les fans du Tibet, que je pense depuis le début un brin manipulés, croient naïvement manifester au nom de “valeurs universelles“ ; les manifestants chinois, sans doute encore moins spontanés, répliquent en plaçant leur orgueil national plus haut que ces valeurs et en piétinant, pour bien se faire comprendre, l'orgueil national français.

Au t'es moche des uns, répond le t'es rien des autres.

Les éléments d'une cohabitation mondiale sans nuages se mettent en place. Ça promet.

14 avril 2008

Hé bé, on est armés pour faire face à la crise !

106239251_resize_crop320par220 Dans sa grande sagesse, le peuple italien a voté.

Le Nabulione transalpin va donc revenir aux affaires et monter un sacré duo de music-hall avec notre Napoléon local.

Grouchy, à la niche ! Wellington, Blücher, faites quelque chose :)

09 avril 2008

Les “émeutes de la faim“

Un des arguments forts des ultra-libéraux était jusqu'ici que l'abaissement des barrières douanières, la dérégulation, la "rationalisation“ de l'agriculture dans les pays en développement, incluant la culture des OGM, garantissait, entre autres, la disparition des famines.

Les “émeutes de la faim“, en Afrique (et, dernièrement, en Egypte), en Amérique latine et en Asie, prouvent malheureusement que les choses ne sont pas si simples.

Techniquement, six phénomènes se conjuguent et s'additionnent pour aboutir à une situation dont on commence seulement à percevoir les conséquences :

1- augmentation de la population globale (6 milliards en octobre 1999, 6,6 milliards mi-2007),

2- émigration massive des populations rurales en Afrique, en Amérique latine et en Asie. Pour deux raisons :
les ventes massives de surplus occidentaux à des coûts inférieurs à ceux de la production des pays en développement, conjuguées aux coûts en augmentation de l'agriculture “rationnalisée“ (semis, engrais, chimie, machines agricoles) découragent les paysans, jusque là auto-suffisants, et les contraignent à quitter les campagnes pour s'échouer dans des zones urbaines,

3- diminution des surfaces dédiées aux cultures vivrières au profit des cultures d'agro-carburants,

4- évolution des habitudes alimentaires dans les pays en développement (plus de viande consommée = plus de nourriture vivrière pour les animaux, donc moins de surfaces agricoles consacrées au riz, au blé) ,

5- dérèglements climatiques,

6- conséquence de ce qui précède : augmentation spectaculaire des coûts des matières premières agricoles (riz, blé, etc) et des produits alimentaires, qui pèse sur la survie des uns et le pouvoir d'achat des autres.

Voila bien un sujet qui mériterait l'intérêt prioritaire et la flamme des tenants “des droits de l'homme“.

01 avril 2008

Sus à Kaboul, les mabouls !

Je viens d'entendre le Ministre de la Défense défendre à l'Assemblée, sans grand talent ni conviction apparente, l'envoi de troupes françaises supplémentaires en Afghanistan.

Cette aventure idiote est un mauvais combat. Pour deux raisons.

D'abord parce que cette politique de la canonnière, digne du XIXe siècle, n'a ni sens, ni légitimité.

Ensuite, parce que malgré quelques pauvres renforts,  nous sommes enlisés et nous avons déjà perdu ce combat inextricable, faute de pouvoir y consacrer les moyens militaires, politiques et financiers suffisants.

“Renforcer les points forts, affaiblir les points faibles“, disait SunTzu. Nous faisons exactement l'inverse. On peut déjà passer cette tartarinade par pertes (lourdes) et profits (nuls).

31 mars 2008

Quelle confiance peut-on accorder à la parole “officielle“ ?

Le propre d'un “philosophe“ est de s'interroger et d'interroger, plutôt que d'affirmer, de jeter l'anathème et d'insulter.

A cette aune, Robert Redeker est donc bien peu “philosophe“. Il s'était illustré voici deux ans par une tribune dans Le Figaro, très polémique contre l'islamisme, qui lui avait valu des menaces de mort et provoqué en France un débat sur la censure et la liberté de parole.

Robert Redeker a publié samedi, dans Le Monde, une nouvelle tribune destinée à faire polémique, à l'occasion des doutes émis par Marion Cotillard sur la responsabilité des attentats du 11 septembre : celle-ci, se fondant sur des étrangetés révélées par des enquêtes “indépendantes“, reprend des thèses selon lesquelles la responsabilité de ces événements serait, à tout le moins, partagée par les autorités américaines, qui auraient laissé faire, provoqué ou participé à l'opération, bref, que celle-ci serait le résultat d'un complot, destiné à mobiliser le monde contre les islamistes et à préparer les interventions militaires en Afghanistan et en Irak.

L'argumentation de Robert Redeker a l'avantage d'être rustique : ceux qui émettent des doutes ou nient la version officielle des événements du 11 septembre sont “d'une insondable sottise“, témoignent d'une “vision délirante selon laquelle la réalité, jusque dans ses détails, fait l'objet d'une manipulation occulte dont la vérité est masquée à l'humanité. Ce conspirationnisme se développe à partir d'un usage dément du principe du doute.“ Sottise donc, démence et, pour faire bon poids, au bout de tout cela, “négationnisme“.

Une chose est absolument sûre : je ne connais pas l'entière “vérité“ sur les événements du 11 septembre, y compris ses arrières-boutiques, mais Redeker non plus.

A partir de là, le sujet est plutôt le suivant : que peut-on, que doit-on “croire“ de tout ce qu'on voit et entend, qu'il s'agisse de thèses officielles ou de thèses “complotistes“, sur ce sujet et sur d'autres ? N'en déplaise à ce Monsieur “philosophe“, la réponse n'a rien d'évident.

Devait-on croire Colin Powell lorsqu'il brandissait à la Tribune de l'ONU les “preuves“ photographiques de la réalité des armes de destruction massive mises au point par Saddam Hussein ? Devait-on croire les autorités françaises quand elles nous rassuraient en affirmant que le nuage de Tchernobyl avait le bon goût de s'arrêter pile aux frontières de notre pays ?

Doit-on croire ceux qui, dans la même phrase, disent leur foi en la démocratie et piétinent le suffrage universel lorsque son expression ne leur convient pas, comme l'a montré l'aventure du Traité européen ? Doit-on croire les publications de résultats maquillés des banques internationales lorsqu'elles tentent de minimiser ou de délayer leurs pertes liées aux subprimes ? Doit-on croire tel ou tel officiel lorsqu'il annonce des chiffres (sur l'insécurité, la croissance, le chômage, l'inflation) que la réalité dément quelques semaines ou quelques mois plus tard ? Doit-on croire tel média lorsque, volontairement ou par paresse intellectuelle, il simplifie, travestit ou masque le réel, dans son intérêt popre, celui de ses actionnaires ou celui de ses alliés politiques ? Etc, etc.

La réalité est que nous vivons dans un monde, soit-disant transparent, où la parole, officielle ou pas, vaut ce qu'elle vaut, mais guère plus.

Avec une nouveauté notable, fille de multipolarité et du multimedia : le pouvoir, ses secrets, ses mensonges, ses manipulations, ses informations ou sa parole, s'ils restent majoritairement aux mains des puissances de l'argent et de la politique, sont, de moins de moins, l'apanage exclusif des seuls “officiels“.

A partir de là, on peut concevoir que la confiance en la parole, officielle ou pas, fasse défaut et que le doute s'installe. C'est peut-être regrettable, sot et délirant, mais c'est comme ça.

30 mars 2008

Les droits de l'homme, un bien bel instrument idéologique

A partir de 1492, les européens ont exporté leurs savoir-faire, leurs valeurs, leurs religions, vers les territoires qu'ils colonisaient, en Amérique, en Afrique, en Asie. Ils imposaient leur idéologie, que leurs armes savaient rendre convaincante. On pourrait dire aussi : ils avaient des armes convaincantes, que leur idéologie ornait joliment.

Au nom de la civilisation, de valeurs devenues “universelles“ par l'opération du Saint-Esprit et de la puissance technologique et militaire, en toute bonne foi, en toute charité chrétienne, des millions d'hommes ont ainsi été massacrés sur plusieurs continents, et les survivants souvent réduits, pour plusieurs siècles parfois, à l'esclavage, au servage, aux tâches mineures et souvent à la misère... Mais dans le respect de la vraie foi.

Puis l'Occident s'est lassé de la religion ou plutôt s'en est donné d'autres : les droits de l'homme, la démocratie...

Comme le message du Christ, cette idéologie donne régulièrement lieu à quelques exercices d'assouplissement.

Derniers exemples en date : quand les américains veulent sécuriser leurs approvisionnements en pétrole, voire couper ceux des chinois, ils inventent une bonne histoire, à base “d'armes de destruction massive“, d'“instauration de la démocratie dans la région“, de “lutte du bien contre le mal“,  et hop, ils partent avec armes et bagages s'embourber à dix mille kilomètres de chez eux ; quand les français votent contre la Contitution européenne, on en change le nom, on la “simplifie“ en la rendant plus illisible encore et hop, on la fait adopter en catimini par les parlementaires. Nous en sommes là.

Une chose n'a pas changé : nos valeurs d'aujourd'hui sont toujours “universelles“. Elles doivent donc naturellement s'imposer à tous. De gré ou... De force.

Une petite chose a changé : les indigènes, les naturels, les sauvages quoi, ui se croient aussi (ou aussi peu) civilisés que nous, sont devenus rétifs à notre sens du bien et du mal, de la démocratie, à notre idéologie des droits de l'homme et du citoyen. Ils ne comprennent rien à leur beauté et les prennent même parfois pour des instruments de domination.

Incroyable, non ?...



28 mars 2008

Good god, la first lady britannique s'exhibe à poil !

Ces deux derniers jours, Sa Majesté Très Chrétienne a été reçue avec faste par Sa Majesté Très Britannique (Lili, don't forget to recount the silver-gilt spoons after Nicky's gone !).

Elle a saisi cette occasion pour souligner avec force son goût king-king des châteaux (“Nous pourrons dire : nous y étions“).

Par ailleurs, Elle a réaffirmé ses convictions atlantistes, esquissé un renversement d'alliances (c'est Angela qui doit être contente d'en être débarrassée), annoncé l'envoi de troupes françaises destinées à renforcer l'enlisement occidental en Afghanistan, réitéré son admiration des réformes conduites depuis bientôt 30 ans en Grande-Bretagne, et dont la crise financière actuelle pourrait d'ailleurs montrer les limites.

Elle a, en outre, entre la poire et le fromage, fustigé les excès du capitalisme financier, surnommé pour l'occasion “capitalisme de la frivolité“ (en anglais : “UB40, Me be for Chablis“), ce qui ne mange pas de brioche et ce dont on se félicite évidemment ici.

En marge de cette visite d'Etat “formidable“ (en anglais : “For me, double !“), la presse de la perfide Albion s'est autorisée à publier une photo de la très gracieuse Première Dame Gauloise (la PéDéGère, en quelque sorte), sans filtre et dans le plus simple appareil.

Face à cette provocation insupportable, nous nous permettons de publier ici deux clichés inédits de la First Lady britannique, Philip Mountbatten, duc d'Edimbourg, dont on distingue clairement ici qu'il s'exhibe à poil en public, sans tambour ni trompette, mais au son du fifre et du biniou, au grand dam d'une dame qu'on ne reconnait pas bien et qui semble apprécier diversement ce spectacle choquant.

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27 mars 2008

Le Tibet, plus proche de Wall Street qu'on ne croit ?

Lhassa Ecoute de l'interview d'un officiel chinois. Affuté comme un couteau, l'apparatchik n'y va pas avec le dos de la cueiller : En gros, pourquoi l'emmerde-t-on avec Lhassa quand on est si près de Villiers-le Bel ? Interprétation moderne d'un vieil adage chinois, créé pour la circonstance : regarde dans quoi tu marches avant de te pincer le nez à ma vue.

La manipulation et la mauvaise foi du dignitaire sont patentes. Les tibétains sont petits, pacifiques et religieux, mais sans doute plus folkloriques que progressistes, avouons-le ; les chinois sont immenses, belliqueux et fort peu démocrates, convenons-en. Allez, la cause est entendue : les tibétains sont plutôt gentils et les chinois plutôt méchants.

C'est peut-être vrai. Et pourtant ?

Pourtant, nulle part je n'ai vu d'étonnement sur l'opportune concomitance entre les troubles au Tibet et les J.O. de Pékin. Nulle part, je n'ai vu de rapprochement, même lointain, entre les difficultés financières et économiques occidentales et l'ouverture d'un front de déstabilisation aux marches de la Chine.

C'est sans doute qu'il n'y a pas de rapport. Non ?

Je ne veux pas suggérer par là que la répression chinoise au Tibet est justifiée ou justifiable, ni que les manifestants, notamment religieux, n'y font pas preuve d'un courage admirable.

Mais j'aurais tendance à penser que d'autres ne sont pas totalement inertes au Tibet, qu'il y a quelques travaux de couverture en cours sur le Toit du monde et que la partie qui se joue n'est pas exactement celle que l'on voit.

19 mars 2008

Les morts civils irakiens depuis 2003 : entre 100.000 et 1,2 million

Iraq10cTandis que George W. Bush fait état d'une “victoire stratégique majeure en Irak“, lu dans The Guardian  aujourd'hui : “Le Lieutenant Général Tommy Franks, qui a dirigé les incasions de l'Irak et de l'Afghanistan comme Chef de l'US Central Command, a dit un jour : ‘Nous ne voulons pas de comptage des morts“

Il a été entendu. Cinq ans après le début de l'opération "Iraqi Freedom" ("Liberté de l'Irak"), personne ne connaît le nombre de civils irakiens morts de mort violente depuis le début des opérations.

On sait que sur une population estimée à 24 millions de personnes en 2002, plus de 2 millions d'Irakiens se sont exilés et que plus d'un million et demi se sont réfugiés dans des provinces moins exposées.

Mais aucune donnée fiable sur les victimes militaires et civiles de la guerre, aucun chiffre incontestable sur les morts civils depuis la fin officielle des opérations début mai 2003.

Si l'on sait que le nombre des morts américains approche les 4.000, diverses études (l'Iraq Body Count -IBC-, l'Organisation mondiale de la santé en Irak -OMS-, la célèbre revue médicale britannique The Lancet, l'institut de sondage britannique Opinion Research Business -ORB-) font état de bilans très variables : entre 100.000 et 1,2 million d'Irakiens auraient péri de mort violente depuis cette date.

Trois enquêtes sur quatre suggèrent par ailleurs que les Américains ont tué quatre fois plus de civils durant les deux premières années de la guerre que les insurgés, et ce alors que les médias se sont exclusivement intéressés aux attentats-suicides.

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