13 mai 2008

La Birmanie, la Chine et l'aide humanitaire

Tandis que la surréaliste junte birmane met des bâtons dans les roues de la solidarité internationale, la Chine, affectée par un séïsme de grande ampleur, “accepte l'aide internationale matérielle, mais pas l'envoi d'équipes“, titre Le Monde daté d'aujourd'hui.

Les attitudes des deux gouvernement ont leurs logiques propres : en repoussant ou en ralentissant l'aide internationale, la dictature du Myanmar, mélange de trafiquants et de bandits en uniforme, montre clairement qu'elle préfère sacrifier une partie de la population birmane plutôt que de perdre, même partiellement, son contrôle de fer sur le pays qu'elle taille et corvée à merci depuis des décennies ; en refusant l'accès aux équipes internationales, la Chine soulève un réel problème technique d'accès aux zones sinistrées, mais veut également affirmer sa puissance, son indépendance et sa fierté, en se montrant capable de faire face, de manière autonome, à toute situation et en privilégiant sa cohésion nationale plutôt que la survie de quelques dizaines de milliers d'individus.

Ces deux attitudes ont un point commun : l'intrusion massive d'étrangers, fût-elle bien intentionnée, s'apparente à une menace, voire à une invasion, comme celles que les deux pays ont connu à plusieurs reprises. Au-delà du secours immédiat, l'aide humanitaire est porteuse d'informations, d'idées, de méthodes, qu'à tort ou à raison, les gouvernements locaux considèrent comme hostiles à leur pouvoir ou nuisibles à terme pour leurs populations.

Tout cela met en évidence la paranoïa consubstantielle à certains régimes. Accessoirement, cela invalide les politiques ou les attitudes de boycott à leur endroit qui, au fond, confortent et renforcent leurs pouvoirs en coupant les flux d'information.

Mais considéré sous un autre angle, les attitudes des gouvernements birmans et chinois nous interrogent sur la vraie nature et les vrais effets de nos interventions humanitaires, sans doute pas toutes si désintéressées qu'il y parait.

La mémoire des peuples étant, comme d'autres, un plat qui se mange froid, nous payons sans doute avec retard, la facture de nos interventions très chrétiennes ou très coloniales des siècles passés. Et, une fois de plus, on nous rappelle avec fermeté que nos “valeurs universelles“ ne le sont pas tant que ça.

08 mai 2008

Une force de défense civile internationale ?

Les effets dévastateurs du cyclone Nargis dans le sud de la Birmanie (les chiffres avancés sont égaux ou supérieurs à 100.000 morts, 1 million de sinistrés, 24 millions de personnes affectées par les inondations, sur une population d'environ 57 millions), posent, une fois de plus, la question du fonctionnement des instances de régulation ou de gouvernance internationale.

L'ONU, en capacité de décider les interventions militaires que l'ont sait en Irak (1991) ou en Afghanistan (2002), avec les conséquences douteuses que chacun peut constater, reste impuissant face aux drames humanitaires de grande ampleur.

Dans le drame actuel, la dictature birmane préfère le maintien de son pouvoir au sauvetage de son peuple et rechigne à s'ouvrir à l'aide internationale. La Russie et la Chine ont stupidement barré l'heureuse initiative de la France, qui avait proposé de saisir le Conseil de sécurité des Nations unies pour obliger la junte à s'ouvrir.

Ne serait-il pas temps de créer une force d'intervention de défense civile internationale et, pourquoi pas, d'abord européenne, susceptible de se déplacer, sans négociation préalable, sur de courtes périodes (moins d'un an), pour porter assistance médicale, alimentaire, renfort de génie civil et de maintien de l'ordre, dans les cas de catastrophe naturelle qui semblent se multiplier avec la croissance des dérèglements climatiques ?

06 mai 2008

Cinq images de Birmanie

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26 avril 2008

Petite histoire d'un barrage mal barré

Le_fleuve_niger Prenez un pays africain francophone, riverain d'un grand fleuve. Il a un grand projet de barrage hydroélectrique. Il lui faut évidemment trouver des financements. Il s'adresse à l'Union européenne, qui s'intéresse au projet, délègue des techniciens, diligente une étude d'impact.

Les pays voisins ont vent du projet. Ils font valoir que la construction du barrage va bouleverser et affecter de manière catastrophique les éco-systèmes et les économies locales, en amont et en aval du fleuve. L'étude d'impact européenne leur donne raison et, en conséquence, l'Union européenne renonce à financer le projet.

Notre pays africain, moins soucieux de l'intérêt des populations et de l'environnement riverain que des siens propres et de la manne que constituerait la réalisation du projet pour quelques potentats locaux, commande alors une autre étude d'impact à une société canadienne réputée. Celle-ci, bonne fille ou grassement payée, rend des conclusions qui vont dans le sens souhaité par le pays commanditaire.

Celui-ci, fort d'une étude qui lui donne sa bénédiction, n'a plus qu'à aller frapper chez les américains, les chinois ou les pays pétroliers, trop contents d'échanger contre le financement du barrage, une diminution supplémentaire de l'influence française et européenne dans un pays africain.

Ainsi va le monde...

20 avril 2008

Vol au-dessus d'un nid de consultants

H_3_ill_1036227_unenyt Le Monde fait état d'une enquête, approfondie et remarquable, parue aujourd'hui dans le New York Times, sur les liens coupables entre les experts militaires employés par de nombreux médias américains et le Pentagone, depuis environ 2002.

Parmi les 8.000 pages de documents consultés par les enquêteurs du New York Times (dont certains ont été obtenus par voie de justice), on trouve des notes du Pentagone [qualifiant] ces consultants d'"auxiliaires" chargés de "multiplier la force du message" et de diffuser les "thèmes et messages" de l'administration, en les faisant passer pour "leurs propres opinions"...

On ne peut évidemment imaginer que des pratiques pareilles soient possibles en France, ni dans le domaine militaire, ni dans le domaine économique et financier, ni autre.

Free Tibet ? Free Corsica !

ChinejdaJeanne d'Arc, prostitute ; Napoléon = pervert ; France = nazi ; Free Corsica !
le tout en anglais, comme notre chanteur à l'Eurovision, est élégamment assorti de croix gammées...

Evidemment, ces inscriptions sur le drapeau français  ne sont pas d'une subtilité absolue, d'une cohérence historique ou politique évidente.

Elles sont faites pour énerver, faire mal et se veulent insultantes.

Toute la différence entre les drapeaux “Free Tibet“ des derniers jours et celui-ci tient en ceci : les fans du Tibet, que je pense depuis le début un brin manipulés, croient naïvement manifester au nom de “valeurs universelles“ ; les manifestants chinois, sans doute encore moins spontanés, répliquent en plaçant leur orgueil national plus haut que ces valeurs et en piétinant, pour bien se faire comprendre, l'orgueil national français.

Au t'es moche des uns, répond le t'es rien des autres.

Les éléments d'une cohabitation mondiale sans nuages se mettent en place. Ça promet.

14 avril 2008

Hé bé, on est armés pour faire face à la crise !

106239251_resize_crop320par220 Dans sa grande sagesse, le peuple italien a voté.

Le Nabulione transalpin va donc revenir aux affaires et monter un sacré duo de music-hall avec notre Napoléon local.

Grouchy, à la niche ! Wellington, Blücher, faites quelque chose :)

09 avril 2008

Les “émeutes de la faim“

Un des arguments forts des ultra-libéraux était jusqu'ici que l'abaissement des barrières douanières, la dérégulation, la "rationalisation“ de l'agriculture dans les pays en développement, incluant la culture des OGM, garantissait, entre autres, la disparition des famines.

Les “émeutes de la faim“, en Afrique (et, dernièrement, en Egypte), en Amérique latine et en Asie, prouvent malheureusement que les choses ne sont pas si simples.

Techniquement, six phénomènes se conjuguent et s'additionnent pour aboutir à une situation dont on commence seulement à percevoir les conséquences :

1- augmentation de la population globale (6 milliards en octobre 1999, 6,6 milliards mi-2007),

2- émigration massive des populations rurales en Afrique, en Amérique latine et en Asie. Pour deux raisons :
les ventes massives de surplus occidentaux à des coûts inférieurs à ceux de la production des pays en développement, conjuguées aux coûts en augmentation de l'agriculture “rationnalisée“ (semis, engrais, chimie, machines agricoles) découragent les paysans, jusque là auto-suffisants, et les contraignent à quitter les campagnes pour s'échouer dans des zones urbaines,

3- diminution des surfaces dédiées aux cultures vivrières au profit des cultures d'agro-carburants,

4- évolution des habitudes alimentaires dans les pays en développement (plus de viande consommée = plus de nourriture vivrière pour les animaux, donc moins de surfaces agricoles consacrées au riz, au blé) ,

5- dérèglements climatiques,

6- conséquence de ce qui précède : augmentation spectaculaire des coûts des matières premières agricoles (riz, blé, etc) et des produits alimentaires, qui pèse sur la survie des uns et le pouvoir d'achat des autres.

Voila bien un sujet qui mériterait l'intérêt prioritaire et la flamme des tenants “des droits de l'homme“.

01 avril 2008

Sus à Kaboul, les mabouls !

Je viens d'entendre le Ministre de la Défense défendre à l'Assemblée, sans grand talent ni conviction apparente, l'envoi de troupes françaises supplémentaires en Afghanistan.

Cette aventure idiote est un mauvais combat. Pour deux raisons.

D'abord parce que cette politique de la canonnière, digne du XIXe siècle, n'a ni sens, ni légitimité.

Ensuite, parce que malgré quelques pauvres renforts,  nous sommes enlisés et nous avons déjà perdu ce combat inextricable, faute de pouvoir y consacrer les moyens militaires, politiques et financiers suffisants.

“Renforcer les points forts, affaiblir les points faibles“, disait SunTzu. Nous faisons exactement l'inverse. On peut déjà passer cette tartarinade par pertes (lourdes) et profits (nuls).

31 mars 2008

Quelle confiance peut-on accorder à la parole “officielle“ ?

Le propre d'un “philosophe“ est de s'interroger et d'interroger, plutôt que d'affirmer, de jeter l'anathème et d'insulter.

A cette aune, Robert Redeker est donc bien peu “philosophe“. Il s'était illustré voici deux ans par une tribune dans Le Figaro, très polémique contre l'islamisme, qui lui avait valu des menaces de mort et provoqué en France un débat sur la censure et la liberté de parole.

Robert Redeker a publié samedi, dans Le Monde, une nouvelle tribune destinée à faire polémique, à l'occasion des doutes émis par Marion Cotillard sur la responsabilité des attentats du 11 septembre : celle-ci, se fondant sur des étrangetés révélées par des enquêtes “indépendantes“, reprend des thèses selon lesquelles la responsabilité de ces événements serait, à tout le moins, partagée par les autorités américaines, qui auraient laissé faire, provoqué ou participé à l'opération, bref, que celle-ci serait le résultat d'un complot, destiné à mobiliser le monde contre les islamistes et à préparer les interventions militaires en Afghanistan et en Irak.

L'argumentation de Robert Redeker a l'avantage d'être rustique : ceux qui émettent des doutes ou nient la version officielle des événements du 11 septembre sont “d'une insondable sottise“, témoignent d'une “vision délirante selon laquelle la réalité, jusque dans ses détails, fait l'objet d'une manipulation occulte dont la vérité est masquée à l'humanité. Ce conspirationnisme se développe à partir d'un usage dément du principe du doute.“ Sottise donc, démence et, pour faire bon poids, au bout de tout cela, “négationnisme“.

Une chose est absolument sûre : je ne connais pas l'entière “vérité“ sur les événements du 11 septembre, y compris ses arrières-boutiques, mais Redeker non plus.

A partir de là, le sujet est plutôt le suivant : que peut-on, que doit-on “croire“ de tout ce qu'on voit et entend, qu'il s'agisse de thèses officielles ou de thèses “complotistes“, sur ce sujet et sur d'autres ? N'en déplaise à ce Monsieur “philosophe“, la réponse n'a rien d'évident.

Devait-on croire Colin Powell lorsqu'il brandissait à la Tribune de l'ONU les “preuves“ photographiques de la réalité des armes de destruction massive mises au point par Saddam Hussein ? Devait-on croire les autorités françaises quand elles nous rassuraient en affirmant que le nuage de Tchernobyl avait le bon goût de s'arrêter pile aux frontières de notre pays ?

Doit-on croire ceux qui, dans la même phrase, disent leur foi en la démocratie et piétinent le suffrage universel lorsque son expression ne leur convient pas, comme l'a montré l'aventure du Traité européen ? Doit-on croire les publications de résultats maquillés des banques internationales lorsqu'elles tentent de minimiser ou de délayer leurs pertes liées aux subprimes ? Doit-on croire tel ou tel officiel lorsqu'il annonce des chiffres (sur l'insécurité, la croissance, le chômage, l'inflation) que la réalité dément quelques semaines ou quelques mois plus tard ? Doit-on croire tel média lorsque, volontairement ou par paresse intellectuelle, il simplifie, travestit ou masque le réel, dans son intérêt popre, celui de ses actionnaires ou celui de ses alliés politiques ? Etc, etc.

La réalité est que nous vivons dans un monde, soit-disant transparent, où la parole, officielle ou pas, vaut ce qu'elle vaut, mais guère plus.

Avec une nouveauté notable, fille de multipolarité et du multimedia : le pouvoir, ses secrets, ses mensonges, ses manipulations, ses informations ou sa parole, s'ils restent majoritairement aux mains des puissances de l'argent et de la politique, sont, de moins de moins, l'apanage exclusif des seuls “officiels“.

A partir de là, on peut concevoir que la confiance en la parole, officielle ou pas, fasse défaut et que le doute s'installe. C'est peut-être regrettable, sot et délirant, mais c'est comme ça.

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