30 avril 2008

Monsanto ou Mondiablo ?

La_vie_selon_monsanto

Vision hier, en DVD (édité par Arte Vidéo), de l'impressionnant documentaire “Le monde selon Monsanto“, de Marie-Monique Robin, récemment diffusé sur Arte.

Je ne saurais trop en recommander la vision, tant il est passionnant, à deux titres au moins.

Techniquement, il l'est sur les dangers nombreux que fait peser  une grande partie de l'activité de Monsanto sur la santé des hommes, sur l'économie de l'agriculture (surtout dans les pays émergeants) et sur l'environnement.

Techniquement, il l'est également sur les pratiques d'une société commerciale qui, pour préserver son activité et ses profits, utilise un arsenal impressionnant (analyses faussement scientifiques, mensonges, faux témoignages, discrédit, voire destruction des adversaires, corruption, etc) et sur celles de son autorité de tutelle, qui semble plutôt être son autorité “sous tutelle“, la FDA (Food and Drugs Administration).

Moralement, il l'est plus encore, par les questions qu'il suscite : quelle étrange perversion conduit une entreprise (actionnaires, dirigeants, cadres, chercheurs, techniciens) à exercer tant de talent, à fédérer tant de savoirs-faire et d'expertises, pour mener une activité in fine aussi contestable, détestable et néfaste ?

Et par quelle faiblesse de l'esprit public, aux Etats-Unis et ailleurs, trouve-t-elle des alliés puissants et n'est-elle pas mise en demeure de faire évoluer ses pratiques et ses objectifs ?

23 mars 2008

Les bio-carburants favorisent le retour des famines

Le recours accru aux matières premières alimentaires pour la production de biocarburants met en péril l'approvisionnement alimentaire de la population mondiale. Il pose en outre des problèmes considérables pour l'approvisionnement en eau.

Voici quelques jours, Josette Sheeran, en charge du Programme alimentaire mondial (PAM) des Nations-Unies a indiqué : "Le changement d'orientation de nombreuses exploitations en faveur des biocarburants a détourné des terres de la chaîne alimentaire. Les prix des produits de base atteignent un tel niveau que le litre d'huile de palme en Afrique vaut ainsi autant que le litre de carburant."

Dans une interview au journal dominical NZZ am Sonntag, ce dimanche, Peter Brabeck, patron de Nestlé, premier groupe alimentaire mondial, abonde dans ce sens : "Si l'on veut couvrir 20% du besoin croissant en produits pétroliers avec des biocarburants, comme cela est prévu, il n'y aura plus rien à manger."

"Accorder d'énormes subventions pour les produire est inacceptable moralement et irresponsable",
a ajouté le dirigeant du groupe suisse, estimant que les millions de tonnes de maïs consacrées aux biocarburants sont autant en moins pour le secteur alimentaire.

La croissance spectaculaire de l'exploitation des biocarburants tire vers le haut les prix du maïs, du soja et du blé, les terres cultivables deviennent rares et l'eau est elle-aussi menacée, a déclaré M. Brabeck, estimant que pour produire un litre de bioéthanol il faut 4.000 litres d'eau.

Ces prises de position vont à l'encontre des politiques conduites depuis plusieurs années par une cinquantaine de pays -parmi lesquels on compte les Etats-Unis, la Chine et le Brésil- et l'Union européenne. Celle-ci a notamment fixé un objectif contraignant de production de 10 % de l'ensemble du marché des carburants pour 2020, applicable à l'ensemble de l'UE.

Dans un contexte démographique qui rend nécessaire l'augmentation de 50% de la production alimentaire d'ici 2030, la compétition entre cultures alimentaires et énergétiques conduit pour l'heure à l'abandon des jachères en Europe, à la déforestation au Brésil (et à ses conséquences prévisibles sur les émissions de CO2), à une augmentation des dépenses en eau et à une pollution accrue des nappes phréatiques.

Sans doute ne faudrait-il pas tarder à réviser ces politiques inconsidérées.

20 mars 2008

Le Jour de l'eau est arrivé !

Signe des temps, dans mon enfance, les jours étaient rythmés par le calendrier des Saints, parfois complété par des célébrations locales, tel la célèbre Fet Nat, qui a inspiré quelques pittoresques “baptêmes“ républicains.

Aujourd'hui que beaucoup d'enfants portent des prénoms mécréants, souvent inspirés par les héros des feuilletons de TF1, l'année se rythme différemment. D'autres que les Eglises se sont emparés de jours et de semaines, en les liant souvent à une incitation à la consommation.

C'est ainsi qu'on a vu fleurir, après la Fête des Mères, instituée par Vichy, celle des grands-mères, qu'on a restauré des fêtes païennes comme Haloween et multiplié les célébrations d'anniversaires de distributeurs. 

Les institutions nationales et internationales s'y sont également mises et ornent désormais chaque jour d'une grande cause, qui permet d'allumer utilement les feux de l'actualité, une fois par an, sur tel ou tel autre sujet, puis de les éteindre aussitôt : pêle-mêle, la Journée des femmes, celle de la Croix-Rouge, du cancer, de l'abolition de l'esclavage...
Eauenfant
Tout ça pour dire que les 20 et 22 mars, on célèbre la Journée de l'eau. Il est loin, le temps ou le Président Mac-Mahon pouvait s'extasier naïvement : “Que d'eau, que d'eau, et encore, on n'en voit que la surface !“

L'eau sera, plus encore que le pétrole, l'un des enjeux majeurs du siècle : si 70 % de la surface de la Terre est recouverte d’eau, l'essentiel de ce pourcentage  (97%) est constitué d'eau salée et moins de 3 % d'eau douce.

On sait que cette rareté, aggravée par les changements climatiques et par la croissance démographique, sera génératrice de conflits et de guerres.

On sait moins que, d'ores et déjà :

• 1 être humain sur 5 (un milliard trois cents millions de personnes) n'a pas accès à l'eau potable,

• La consommation d'eau non potable est la première cause de mortalité dans le monde.

Dans le cadre de la Coalition eau, un regroupement d’ONG (WWF, les Amis de la Terre, le Secours Catholique, France Libertés) se mobilisent, à l'occasion de la Journée de l'eau, pour sensibiliser citoyens et élus sur ce thème.

Il ya en effet beaucoup à faire, dans chaque commune, pour assurer un accès à l'eau abordable et équitable pour tous, garantir sa qualité, lutter contre la pollution des nappes phréatiques,
l'économiser... Au bout l'eau !

06 mars 2008

L'OCDE rejoint le camp des “alarmistes“

Jusqu'ici inspirateur et ordonnateur des politiques libérales du laisser-faire et de la croissance à tout crin, l'Organisation de coopération et de développement économique (OCDE) change de ton et de registre à l'occasion de la publication d'un rapport de 500 pages sur les perspectives de la planète à l'horizon 2030...

"Je vous préviens, si nous ne faisons rien, le tableau de notre planète en 2030 ne sera pas agréable à regarder“
, a averti Angel Gurria, secrétaire général de l'OCDE, en présentant un nouveau rapport alarmant de son organisation.

En 2030, souligne le rapport, la population de la Terre atteindra 8,2 milliards de personnes contre 6,5 milliards aujourd'hui. Si l'économie mondiale continue de croître à un rythme comparable à celui de ces dernières années, sa taille aura doublé en trente ans.

La demande de matières premières (produits agricoles, minerais, énergie fossile, bois, eau) progressera de 60% dans les pays industrialisés mais de 160% chez les nouveaux grands acteurs de la scène internationale – Brésil, Russie, Inde, Chine.

Ces évolutions se feront au prix de déséquilibres inquiétants dans quatre domaines pointés par l'OCDE et sur lesquels il est urgent d'agir : le changement climatique, la perte de la biodiversité, le manque d'eau et l'impact sur la santé humaine de la pollution.

Les chiffres livrés par le rapport décrivent l'ampleur des enjeux : le nombre de personnes vivant dans des régions touchées par un fort stress hydrique devrait augmenter d'un milliard et concerner ainsi près de la moitié de l'humanité. La pollution de l'air aura des effets croissants sur la santé avec une explosion du nombre de décès prématurés liés à l'ozone troposphérique (dans la basse atmosphère) et aux particules.

Pour l'OCDE, ce constat accablant est cependant loin d'être insurmontable. Comme le rapport Stern, il y a un an, le rapport évalue à 1 % de la richesse mondiale en 2030 le montant qu'il faudrait consacrer pour relâcher sensiblement la pression sur la planète et trouver un mode de développement plus soutenable. "Je ne dis pas que cela est bon marché ou facile, mais c'est à notre portée, surtout si on compare cet effort aux conséquences et aux coûts de l'inaction", a affirmé Angel Gurria.

Afin de lutter contre le changement climatique, le secrétaire général de l'OCDE fait plusieurs propositions : création d'une taxe carbone et, plus généralement, une fiscalité moins incitative – récompenser les bons comportements – et plus punitive –taxation des activités qui polluent ou exploitent sans modération les réserves planétaires–; suppression des subventions aux énergies fossiles, prudence à l'égard des soutiens accordés aux agrocarburants, dont le bilan environnemental est de plus en plus mis en cause...

Reste à savoir qui paiera. Et quand.

15 février 2008

Nontron, capitale verte du Périgord Vert

Nontron_photo_boris_cavillac Ah ben, je suis bien content.

J'ai proposé, en novembre dernier, un projet de Pôle d'Excellence Ecologique au maire de Nontron (sous-Préfecture de la Dordogne et capitale du Périgord Vert).

Ce projet, qui se veut exemplaire d'une politique de développement durable à l'échelle d'une petite ville en zone rurale, a pour objet, en très court :

• l'information et la sensibilisation de la population locale aux questions environnementales liées à la vie quotidienne,

• la formation des entreprises et des ouvriers du BTP, de la région et d'ailleurs, aux nouvelles techniques HQE (Haute Qualité Environnementale) et BBC (Bâtiment à Basse Consommation),

• la réalisation d'une zone d'activités destinée à accueillir des entreprises de ces secteurs et à héberger 300 à 400 postes de travail, pour des TPE, des PME ou des grandes entreprises,

• la réalisation d'un éco-quartier d'habitations d'une centaine de logements (dont 20% de logements sociaux) HQE ou BBC, en 1ère tranche. Plus, si possible, une zone maraîchère.

Informer, former, travailler, habiter, se nourrir : le maire a aussitôt fait sien le projet. Nous y avons travaillé en petite équipe. Il fallait être prêts, au plus tôt, pour faire partie du premier train d'actions concrètes, faisant suite au Grenelle de l'Environnement et pour obtenir les appuis, les concours et les compétences nécessaires à la réalisation du projet.

Rendez-vous a donc été pris, par l'entremise heureuse d'un ancien Secrétaire d'Etat à l'Aménagement du Territoire, avec la Direction du Cabinet du Ministère de l'Ecologie, pour lui faire part du projet. L'entrevue a eu lieu aujourd'hui. Avec succès, semble-t-il. Y a plus qu'à... 

Vous ne connaissiez pas Nontron ? Vous allez l'adorer.

PS - Pourquoi je parle de ça ? Parce que ce blog et l'échange avec des correspondants divers, dont les Freemen, en ligne ou hors ligne, ont peu à peu suscité mon envie d'agir, là où je suis, pour un environnement meilleur. Sans chercher poste, fonction, mandat, rémunération ou avantages.

Vous pouvez faire pareil, là où vous êtes. Rapprochez-vous de vos concitoyens, de vos élus, qu'ils soient de gauche ou de droite, on s'en fout. Il y a des mecs bien partout. Des crétins aussi. Réfléchissez à ce que vous pouvez faire avec vos voisins, les gens de votre quartier, de votre village. Proposez des idées, faites les avancer. Just Do It !

19 décembre 2007

Ah la la, c'est ballot, le Grenelle, après Bali... Est-ce l'hallali ?

On l'indiquait ici, début novembre, sous le titre “Le Grenelle de l'embobinement ?“, les effets d'annonce du Grenelle de l'environnement risquaient de faire long feu. Six semaines plus tard, cette lecture semble malheureusement se confirmer.

Sous le titre “Des participants au Grenelle de l'environnement redoutent une réduction de l'ambition écologique“, Le Monde publie aujourd'hui un article inquiétant. En voici un extrait :

“... aujourd'hui, un constat est largement partagé parmi les participants au Grenelle de l'environnement : "Ça ne va pas bien." Ils s'étaient quittés très satisfaits, le 25 octobre, après les annonces du président de la République, qui couronnaient trois mois de travail. Mais, depuis, un malaise s'est installé.

“Le seul collège à ne pas exprimer de mécontentement est le patronat. Les autres multiplient les réserves. Sur la méthode, d'abord. "On découvre les décisions dans la presse, on n'est associés à rien, on ne sait plus où on en est", résume Bernard Saincy, de la CGT. Voilà qui tranche avec la concertation permanente du Grenelle. Mais surtout, la teneur des décisions annoncées inquiète. "L'esprit n'est pas respecté, la lettre non plus, affirme Yannick Jadot, de l'Alliance pour la planète. Il y a une vraie réduction des ambitions."“

17 décembre 2007

Non-assistance à humanité en danger

Je reproduis ici une tribune (ce matin, sur France Culture) de Corinne Lepage, sur la réunion du GIEC à Bali. Elle y dit exactement, mieux que je ne l'aurais fait, ce que je pense du résultat décevant de cette rencontre.

Les peuples de la Terre peuvent aujourd'hui accuser les gouvernants participants à la conférence de Bali , en fait, plus précisément ceux qui ont délibérément torpillé tout accord permettant de prendre date, sur des bases chiffrées, en vue d'un accord à Copenhague en 2009 prenant la suite de l'accord de Kyoto.

Ce qui vient de se passer apparaîtra très certainement, dans les années qui viennent, comme une preuve supplémentaire de l'égoïsme et de la cécité de ceux qui ont décidé de l'avenir du monde en fonction de leurs intérêts propres et immédiats.

En effet, les dernières conclusions du GIEC, qui, pour la première fois, parlent d'irréversibilité, les constatations d'ordre scientifique sur l'évolution du Groenland ou de l'Arctique, l'accumulation des preuves du changement climatique et du risque qu'il fait courir à l'humanité, permettant aujourd'hui de parler, en ce qui concerne cette question d'application du principe de prévention et même plus, du principe de précaution, les messages de détresse lancés par les populations de Papouasie et d'autres iles qui constituent les premiers réfugiés climatiques et qui ne peuvent déjà plus se nourrir normalement, n'auraient pas dû laisser le moindre choix aux responsables réunis à Bali.

Or, malgré les efforts du secrétaire général de l'ONU, malgré la position unitaire et ferme de l'Europe, cette réunion a accouché d'une demie souris.

La seule avancée réelle concerne l'avancée du projet Reed, dont l'objectif est  de financer les pays du Sud pour qu'ils conservent leurs forêts ou reboisent. Il faut rappeler que la déforestation représente 27 % du total des émissions de CO2, soit plus que le transport et que la valeur de la forêt n'est pas seulement d'ordre écologique, entame de séquestration de carbone mais également le lieu majeur de la biodiversité est un lieu de vie essentielle. La banque mondiale a consacré 208 millions d'euros à des projets pilote de surveillance, ce qui est loin des 5 milliards de dollars auquel Nicolas Stern évaluait les moyens nécessaires à mettre en place.

Une seconde avancée , plus modeste, consiste en la mise en place d'un fonds d'adaptation, sous la tutelle du fonds mondial pour l'environnement, destiné à financer des transferts de technologie. Pour le reste, l'obstruction américaine a plombé tout accord ce qui conduit à s'interroger sur le point de savoir qui gouverne vraiment le monde et quelles solutions on pourrait proposer pour mettre un terme au crime de non-assistance à humanité en danger.

Le blocage de George Bush sur le sujet du climat, contraire à la position de la Cour Suprême, mais qui trouve bien évidemment sa source dans la volonté de certaines sociétés pétrolières, est un point central. Rappelons qu'Exxon a financé depuis des années le lobby de “la machine à nier ", instrumentalisant des centaines de centres de recherche et d'association plus ou moins bidons, dont l'objectif était identique : faire du changement climatique une hypothèse et non un fait.

La proposition d'Al Gore de conclure un accord en laissant de côté les États-Unis avec comme objectif probable de stigmatiser cette attitude inadmissible mais ne permettait pas de faire réellement avancer la position internationale. En effet, les États-Unis ne sont pas seuls, malheureusement. Le Canada et l'Australie soutiennent une position très proche, pour des raisons d'intérêt économique immédiat cependant que les pays pétroliers et leurs alliés traditionnels ont toujours pris la position la plus favorable à l'or noir.

Or, si l'on se place au niveau des résultats concrets, un accord a certes été trouvé, mais sur la base de la position la plus faible c'est-à-dire celle qui ne contient aucun engagement précis. Lorsqu'on en est en effet à refuser de faire figurer les conclusions du GIEC autrement qu'en note de bas de page, pour être certain  qu'aucun engagement concernant une réduction de 30 % des émissions de gaz à effet de serre en 2020 pour les pays industrialisés et de 50 % pour le monde entier en 2050 ne soient pris, il est clair que l'on est en présence d'un déni de réalité, voire d'un cynisme poussé à l'extrême, qui conduit à accepter de mettre en péril ses propres enfants pour être certain de pouvoir soi-même accroître encore son propre confort.

Ce comportement est la négation même du politique dont la fonction, si elle existe, consiste précisément à organiser la vie de la cité pour lui permettre la pérennité. Cela signifie que la politique, au niveau international n'a strictement plus aucun sens, en ce qui concerne au moins un des périls majeurs qui menacent l'humanité. Cela signifie que les représentants des terriens, élus ou autoproclamés pour certains, font des choix qui s'inscrivent délibérément à l'encontre des intérêts premiers des populations qu'ils sont censés représenter.

Cela signifie, par conséquent, que la représentation actuelle de la société internationale ne peut plus prétendre représenter les intérêts des femmes et des hommes présents et à venir, mais s'est soumise à d'autres maîtres du monde dont on se pose parfois la question de savoir s'ils ont encore conscience d'être des humains.

Dès lors, c'est bien la question de la gouvernance mondiale, lorsqu'il s'agit de questions planétaires qui intéressent tous les humains comme la question climatique, qui est en cause.

La faiblesse du conseil de sécurité de l'ONU est difficilement supportable lorsqu'il s'agit de guerre et de massacres impliquant des milliers, voire des centaines de milliers de personnes. Mais, elle ne l'est plus du tout lorsqu'il s'agit de la survie de l'humanité dans son ensemble.

Cela signifie donc que c'est à la société civile de  prendre son destin en main puisque ses responsables politiques ne sont pas capables de le faire pour elle... Ce sont aux milliers d'associations de défense de l'environnement, de développement, de consommateurs, voire aux syndicats professionnels et  au monde économique et financier dans la partie qui est demanderesse à une véritable révolution pour permettre la réorientation de l'économie, de s'organiser pour imposer le changement qui nous est refusé. Nous avons l'ardente obligation de refuser l'attitude suicidaire que quelques dirigeants ont décidé d'adopter.

A la non-assistance à humanité en danger, nous devons répondre par la mobilisation  de toutes les consciences et les volontés humaines

29 novembre 2007

Les générations futures ? C'est vous !

Vu ça chez Isabelle, qui l'a vu chez Grégoire... Lisez le texte d'Isabelle qui va avec, et regardez également ceci.

25 novembre 2007

Nicolas Sarkozy et la pollution en Chine

Pollution_en_chine Nicolas Sarkozy est en Chine : parmi les sujets annoncés de ses conversations avec les dirigeants chinois, celui de la pollution. Nicolas Sarkozy, a entendre les médias, va donc faire la leçon aux vilains chinois.

Effectivement, cette année (ou l'an passé, selon notre-planète info, ou en 2009, selon le New York Times), la Chine devrait dépasser les États-Unis en termes de rejets de CO2 et devenir le premier pays pollueur du monde : les émissions de dioxyde de carbone devraient passer de 5,6 milliards de tonnes en 2006 à 6,02 cette année, ce qui représente environ 22 % du total mondial  . En 2006, la Chine est le premier pays du monde pour les émissions de dioxyde de soufre, qui ont progressé de 27 % entre 2000 et 2005.

Ce n'est pas négligeable, à deux nuances près.

D'une part, la Chine est devenue l'atelier du monde, avec une production orientée vers l'exportation plutôt que vers la consommation intérieure. En d'autres termes, la Chine pollue pour répondre à nos besoins plus qu'à ceux de son marché intérieur. Elle pollue pour produire les merdes que nous, occidentaux, américains ou européens, consommons et, notamment l'infinité de jouets imbéciles que certains de mes lecteurs ont commencé à acheter pour le Noël de leurs enfants :)

D'autre part, si la Chine dépasse cette année en volume la pollution américaine, cela signifie une chose simple : les 1,3 milliards de chinois polluent autant que les 300 millions d'américains, c'est-à-dire qu'un chinois pollue 4 fois moins qu'un américain et deux à trois fois moins qu'un européen, tout en fabricant une grande quantité de ce que les américains ou les européens consomment.
Ges_graph4

Emissions de gaz à effet de serre par habitant et par an, selon les pays, en kg d'équivalent carbone (Chine : émissions de CO2 seul), pour 1990 et 1998 (classées par ordre d'importance en 1998). Source Manicore.

Tout cela ne signifie pas, bien évidemment, que la Chine peut s'exempter de tout effort en matière de pollution. Les conséquences de la pollution sur la santé publique en Chine sont d'ailleurs d'ores et déjà effroyables. Selon la Banque Mondiale, 16 des 20 villes les plus polluées du monde se trouvent en Chine et les victimes directes de la pollution se compteraient en centaines de milliers.

Ces conséquences néfastes ne feront d'ailleurs que s'aggraver si, par évolution naturelle, pour maintenir la paix sociale ou en cas de crise en Occident, la production chinoise doit rapidement chercher des débouchés de substitution dans la consommation intérieure : on imagine les conséquences, en termes d'émissions de CO2, de 400 ou 500 millions de voitures en Chine.

La question n'est donc pas de faire la leçon aux chinois, mais de chercher, avec eux, un modèle de développement, pour eux comme pour nous, qui soit compatible avec les questions de pollution et de changements climatiques. Vaste programme !

18 novembre 2007

Changements climatiques et pétrole : irréversibilité, stagnation et déclin

Raffineriepetrole Il y a quelques mois encore, de bons esprits contestaient, d'une part, la réalité du réchauffement climatique ou son importance et, d'autre part, l'hypothèse selon laquelle les réserves de matières premières ne sont pas inépuisables. Dans les deux cas, ceux-là croyaient et croient encore à une croissance infinie sur le modèle actuel, dans un monde fini.

Et puis il y a eu, pêle-mêle, le succès du film d'Al Gore, le rapport Stern, l'irruption de Nicolas Hulot dans la campagne présidentielle, les premiers résultats du dernier rapport du GIEC et la poursuite de la hausse du pétrole. Puis le prix Nobel attribué conjointement à Al Gore et au GIEC. Puis le Grenelle de l'Environnement. Autant de battements de tam-tam qui font bouger les lignes, fût-ce lentement.

Les bons esprits finisent par admettre que les choses ne vont pas être simples, qu'il faudra bouger, remettre en cause cette paresse ou ce confort intellectuel qui fait oublier que les arbres ne montent jamais jusqu'au ciel. Mais la plupart se disent encore qu'il n'y a pas urgence, que la science peut tout, et privilégient le taux de croissance de l'année plutôt qu'un terme encore incertain.

Pendant que ceux-là tergiversent encore, trois mots prononcés ce week-end devraient accélérer la prise de conscience et la prise de décision : irréversibilité, stagnation et déclin.

Le premier, irréversibilité, est contenu dans le communiqué du GIEC réuni à Valence. la synthèse du rapport fait état d'un changement climatique dont les conséquences pourront être "soudaines et irréversibles" (voir détails chez Isabelle).

Le second et le troisième, stagnation et déclin, ont été prononcés par Sadad Al-Husseini, docteur en géologie, vice-président en charge de l'exploration et de la production de l'Aramco (la compagnie pérolière saoudienne), de 1992 à 2004.

A Londres, rapporte Le Monde, à la veille du sommet de l'OPEP, et dans un contexte où, au rythme actuel, la demande d'énergie s'accroitra de 50% sur les 25 prochaines années “devant un parterre de grands patrons du pétrole, réunis à l'occasion de la Oil & Money Conference, rendez-vous majeur de l'industrie pétrolière mondiale, Sadad Al-Husseini a lancé trois affirmations, lourdes de conséquences : la production mondiale de pétrole et de gaz liquéfié va stagner jusqu'aux alentours de 2020, avant de décliner inexorablement ; les chiffres officiels "exagèrent"  les réserves planétaires de 300 millards de barils, soit un quart du total encore exploitable ; la stagnation de la production implique une augmentation minimale du prix du baril de 12 dollars chaque année, à mesure que se creusera l'écart entre une offre stagnante et une demande toujours plus forte...“

Sadad Al-Husseini conclut : "Plus vite nous réaliserons que les extractions de pétrole ne peuvent augmenter indéfiniment, plus vite nous rechercherons des options énergétiques alternatives et soutenables, et nous éviterons ainsi des folies tragiques telles que l'occupation de l'Irak, et d'autres mésaventures similaires."

On le dit ici depuis longtemps : changements climatiques, déplétion pétrolière, raréfaction des matières premières sont des phénomènes liés dans le temps, comme le sont la financiarisation de l'économie, la mondialisation des échanges.

Ils requièrent des changements de “paradigmes“, comme disent ceux qui préfèrent ce mot compliqué au mot “modèles“. Ces changements deviennent urgents : ils affecteront nos attitudes individuelles, nos modes de consommation.

Nous n'échapperons pas à ce qu'ils affectent également nos modes de production et nos attitudes collectives. Voila pourquoi, notamment, au-delà des discours et des effets d'annonce, nous devons veiller à ce que le Grenelle de l'environnement n'accouche pas d'une souris et que les décisions drastiques qui s'imposent dès aujourd'hui ne soient pas ramenées à de la cosmétique ou remises aux calendes grecques.

12 novembre 2007

Pollutions en tous genres

Mernoirecinqnaviressombrentdansunet Ces gens-là n'ont le respect de rien. Alors que le pétrole bat des records de prix (les 100 $, c'est pour aujourd'hui, pour demain ou pour la Saint Glin-glin ?), il se trouve des transporteurs pour le gâcher en grandes quantités.

Dans la mer Noire, neuf navires ont été victimes de la tempête ce week-end. Un tanker russe s'est brisé en deux, laissant s'échapper au moins 1.300 tonnes de mazout (sur les 4.700 qui se trouvaient à bord du “Volgoneft 139“), et quatre cargos dont trois chargés de soufre (plus de 5.000 tonnes) ont coulé lors d'une tempête dimanche en mer Noire, laissant craindre une catastrophe écologique dans la région.

De son côté, le gouverneur de Californie, Arnold Schwarzenegger, a décrété vendredi l'état d'urgence (il n'arrête pas de décréter l'état d'urgence, celui-là. C'est la prostate ou de la pédagogie ?) dans la région de San Francisco en raison d'une pollution maritime au fioul.

Une fuite de 220.000 litres de fioul s'est en effet produite mercredi matin après qu'un porte-conteneurs sud-coréen, le Cosco Busan, aie heurté une pile du Bay Bridge, qui relie San Francisco à la rive Est de la baie.

Ce type d'accident et les récents incendies catastrophiques en Californie, au-delà des victimes regrettables et des destructions, ou à cause d'elles, semblent avoir une réelle vertu pédagogique et accélérer une prise de conscience dans l'Etat de Schwarzenegger et dans le reste des Etats-Unis.

Il faut dire qu'ils reviennent de loin : en Californie, chaque foyer possède 3,1 voitures en moyenne. 

09 novembre 2007

Le Grenelle de l'embobinement ?

Le Grenelle de l'environnement aura-t-il été un coup pour rien ?

Il est encore trop tôt pour l'affirmer (les décisions issues du Grenelle feront l'objet d'un grand projet de loi avant la fin de l'année), mais une chose est sûre : entre belles intentions claironnés et restrictions murmurées, entre effets d'annonce tambourinés et absence de moyens dégagés, les choses ne s'annoncent pas bien.

Résumons-nous : la culture des OGM est gelée (jusqu'aux prochains semis) ; on ne construira plus d'autoroutes (sauf nécessité locale) ; on ne construira pas de nouveaux sites nucléaires (les sites actuels sont amplement suffisants) ; on ne limitera pas la vitesse sur route (faut pas exagérer) ; on va privilégier le ferroutage (d'ailleurs la SNCF en profite pour annoncer, qu'à compter du 30 novembre 2007, 262 gares n’assureront plus le chargement et le déchargement de wagons de marchandises isolés). Pour le reste, tout sera fait pour réduire les émissions de CO2, surtout si l'Europe prend ses responsabilités, si les ONG bossent gratos et si les collectivités locales en assument la charge financière. Etc, etc.

CQFD : aujourd'hui, les députés ont adopté le budget 2008 de la mission Ecologie.

Selon l'AFP, le ministre de l'Ecologie, Jean-Louis Borloo, a défendu un "budget de transition positive" expliquant que "les grandes décisions de l'après-Grenelle ne sont pas encore impactées". Il a souligné que son budget (10,149 milliards d'euros) "progresse de 2,5%" et qu'il "prépare l'avenir en privilégiant les dépenses d'investissement par rapport au fonctionnement".

+2,5% : en clair, ça signifie qu'aucune réserve budgétaire n'avait été dégagée dans le Budget 2008 (élaboré et arbitré cet été) et que l'Etat n'aura pas un sou à dépenser l'an prochain pour mettre en œuvre les décisions “historiques“ du Grenelle de l'environnement.

A l'Assemblée, le PS a fustigé l'absence de "ligne budgétaire en prévision du financement des premières actions susceptibles d'être mises en oeuvre dès l'exercice budgétaire 2008". Catherine Coutelle (PS) a cité la commission des Finances du Sénat qui, dans un communiqué, s'est dite "préoccupée par l'absence de traduction financière et budgétaire du Grenelle de l'environnement".

Bertrand Plancher (UMP), qui doit ignorer que gouverner, c'est prévoir, a répondu que le budget avait été "élaboré en juin" et ne pouvait donc "tenir compte de propositions émises en octobre".
 
Mais pour Maxime Bono (PS), "ce budget aurait pu être l'ébauche d'une inflexion. Il aurait pu intégrer le début de consensus né, dès juin, des groupes de travail sur le Grenelle". Il a ajouté : "On nous annonce un budget de transition mais c'est l'immobilisme qui vient à l'esprit, avec un grand absent : le transport urbain".

Yves Cochet (Verts), d'une bonne humeur inhabituelle, a "compris que tout ne soit pas budgété tout de suite" tandis que François de Rugy (Verts) a estimé que "les discours étaient en progrès mais les actes se faisaient attendre... Il est dommage que ce budget ne constitue pas la première étape concrète de la révolution écologique".

Jean-Jacques Guillet (UMP) a, pour sa part, lancé l'idée d'une conférence internationale sur l'efficacité énergétique au second semestre 2008, lorsque la France assurera la présidence de l'Union européenne.

Des conférences, des commissions ! Et vas-y, ça fera su spectacle et ça remplira bien quelques journaux télé de plus ! Mais ces gens sont-ils plus menteurs qu'idiots, ou l'inverse ?

30 octobre 2007

Le coup de chaud de la banquise

220En vermillon, les zones de fonte de la banquise du Pôle Nord en été, en 1992 et en 2002.

Depuis 2002, ça chauffe de plus en plus fort.

En septembre 2005, la superficie de la banquise arctique était de 25 % inférieure à celle qu’elle avait en moyenne dans les années 1980.

En hiver, la banquise s’étend sur près de 15 millions de km². En septembre 2007, il n'y avait plus que 4,13 millions de km2 de glace dans l'Arctique.

Certains experts prédisent la fin de la glaciation estivale de l'Arctique pour 2.025, d'autres pour 2.100. En tout état de cause, cela ne sera pas sans conséquence sur la température des fonds marins, donc sur le Gulf Stream, donc sur le climat de nos régions. Brrr.

Source : rapport GEO-4 du PNUE (Programme des Nations-Unies pour l'environnement)

29 octobre 2007

Selon GEO-4, le rapport de l'ONU sur l'environnement, le libéralisme nous conduit dans le mur

Les_4_scnarios_du_pnue_2 Geo_4 GEO 4, le dernier d'une série de rapports-phares du PNUE (Programme des Nations-Unies pour l'Environnement), évalue l'état actuel de l'atmosphère, de la terre, de l'eau et de la biodiversité, décrit les changements intervenus depuis 1987 et identifie les actions prioritaires à conduire.

Diffusé depuis le 25 octobre, GEO-4 est une étude riche et consistante qui a été menée par quelques 390 experts et révisée par plus de 1.000 autres partout dans le monde.

Ce rapport indique que les menaces les plus graves pour la planète, notamment le changement climatique, le taux d'extinction des espèces et le défi consistant à alimenter une population croissante figurent parmi les nombreux problèmes qui n'ont pas été résolus et qui mettent l'humanité en danger.

Le rapport insiste sur les effets de seuil qui pourraient s'avérer catastrophiques "... il y a un risque croissant de voir le changement dépasser les seuils du système terrestre, entraînant des changements abrupts ou accélérés, qui pourraient être irréversibles.“

Il salue les progrès du monde dans le traitement de certains problèmes relativement simples, l'environnement étant aujourd'hui beaucoup plus présent dans les politiques partout dans le monde. Mais malgré ces avancées, les questions les plus difficiles à traiter, les problèmes "persistants" demeurent. Selon GEO-4 : "Aucun des problèmes majeurs soulevés dans Notre futur commun ne connaît de prévisions d'évolution favorables". Et le rapport ajoute : "L'objectif n'est pas de présenter un scénario catastrophe, mais un appel urgent à l'action."

Dans cette optique, GEO-4 affirme clairement que l'avenir environnemental de la planète à l'horizon 2050 est dépendant des choix politiques qui seront faits dans les toutes prochaines années.

Dans sa section prospective, The Future Today, les auteurs élaborent 4 scénarios, 4 modèles de développement, correspondant à 4 types de politiques possibles :

- Markets First/Priorité aux Marchés,
- Government First
/Priorité au Gouvernement,
- Security First
/Priorité à la Sécurité,
- Sustainability First
/Priorité au Développement Durable)

Le Monde les résume ainsi : “Dans le premier [scénario], l'Etat s'efface au profit du secteur privé, le commerce se développe sans limite, les biens naturels sont privatisés. Le deuxième scénario se base sur une intervention centralisée visant à équilibrer une forte croissance économique par un effort pour en limiter les impacts environnementaux et sociaux.

Une troisième voie serait de privilégier la sécurité pour répondre aux désordres civils et aux menaces extérieures : un effort important y serait alors consacré. Enfin, la quatrième option est celle d'une société faisant le choix de la durabilité par l'environnement et l'équité, dans laquelle les citoyens jouent un rôle actif.“

Aucun des modèles n'apparait comme idéal, aucun ne garantit un avenir radieux. 

Reste qu'à lire les 4 scénarios, il apparait qu'un mode de gouvernance fondé sur le libéralisme (Markets First), sur la liberté d'auto-régulation accordée aux marchés et sur la privatisation généralisée des ressources et des services, serait le plus mauvais modèle du point de vue de l'environnement.

S'il assure la croissance la plus forte, rapporte encore Le Monde, il se traduit aussi par un impact environnemental jugé insupportable, tout en générant les plus grandes inégalités. Dans ce cas, "l'environnement et la société se rapprochent rapidement du point de basculement, voire le dépassent".

Au total, le 2e (Priorité au Gouvernement) et le 4e scénario (Priorité au Développement Durable) semblent les plus équilibrants : “Une dépendance exclusive sur les marchés a de faibles possibilités d’atteindre les objectifs concernant l’environnement et le bien-être humain, alors qu’investir dans la durabilité environnementale et sociale ne nuit pas au développement économique.“

Pleins et déliés en urbanisme

206Ces trois photos figurent dans le rapport du PNUE (Programme des Nations-Unies pour l'environnement), Global Environment Outlook (GEO4).

Elles illustrent l'espace urbain requis par un même nombre de passagers, selon qu'ils se transportent en automobile, en bus ou en vélo. Pas besoin de commentaire.

25 octobre 2007

Grenelle de l'environnement : Sarko affiche de grandes ambitions. Doit-on le croire ?

H_9_ill_971330_sarkozy Le discours solennel de Nicolas Sarkozy en clôture du Grenelle de l'environnement était, pour reprendre un de ses mots favoris, “remarquable“ : cet homme, qui n'était pas particulièrement sensible aux questions environnementales il y a un an encore, a produit là, en résumant les conclusions du Grenelle, un discours d'une grande intensité, riche d'ambition, de bonnes intentions et de propositions d'action.

Il est trop tôt pour les décrypter et les analyser toutes. Trop tôt, bien sûr, pour savoir dans quelles proportions  elles seront suivies d'effets.

Une chose pourtant m'a frappé. Si par sa voix, l'Etat s'est réellement engagé, il a, d'une part, plutôt épargné les citoyens consommateurs (pas de limitation de la vitesse automobile, par exemple) et, d'autre part, fortement responsabilisé quatre types de partenaires, qui présentent l'avantage d'exempter  l'Etat  de nombreux efforts : l'Europe, les acteurs économiques, les ONG et les collectivités locales.

La première, l'Europe, sur nombre de sujets, n'est pas en retard dans ses intentions et ses règlementations : c'est plutôt la France qui l'est aujourd'hui dans leur application. Mais la communauté se voit demander de contribuer plus, notamment en autorisant une diminution de TVA sur les produits propres.

Les seconds, les acteurs économiques (producteurs industriels et agricoles, transporteurs, importateurs), se voient promettre une redéfinition des charges (taxer plus les pollueurs que le travail), demander des efforts importants, ce qui était souhaitable.

Mais sans qu'en soient toujours précisés l'ampleur, le coût, les modalités ou le calendrier (pas de décision prise sur la taxe carbone, pas de moratoire, mais gel des OGM, cet hiver, c'est-à-dire pendant les gelées -période précédant les plantations-, extension du principe de responsabilité aux maisons-mères des entreprises pollueuses, étiquetage des produits, taxe sur les produits étrangers en provenance de pays non respectueux de Kyoto, réduction de 50% de l'usage des pesticides sur 10 ans -sous condition-, multiplication des surfaces agricoles dédiées au bio, etc).

Les troisièmes, les ONG, se voient reconnaître “une place dans les institutions“, ce qui est effectivement révolutionnaire, et présente l'avantage d'être gratuit pour l'Etat qui s'engage, par ailleurs, à simplifier l'administration environnementale en regroupant, par exemple, les 45 instances d'expertise existantes.

Les quatrièmes, les collectivités territoriales (régions, départements, communes), se voient reconnaître de vraies responsabilités (dans le transport, le logement, etc), dont on peut craindre qu'elles ne se traduisent par une hausse sévère des impôts locaux.

Les députés ont en effet entériné vendredi dernier une diminution de la dotation de l'Etat aux collectivités territoriales, inscrite dans le projet de loi de Finances 2008 : l'effort demandé aux collectivités territoriales est chiffré à 400 millions d'euros par le rapporteur du budget, Gilles Carrez (UMP). Les concours de l'Etat se montent au total à 65 milliards d'euros, selon lui.

Il faut être juste : l'Etat s'est également engagé, en annonçant, par exemple des efforts d'investissement sensibles sur les équipements collectifs (2.000 km de lignes de TGV, reconversion de lignes classiques en voies de ferroutage, développement du merroutage), un effort de recherche de 2,3  milliards d'Euros sur l'énergie (pour chaque euro investi dans l'énergie nucléaire, 1 euro sera investi dans les énergies renouvelables),  de 4,6 milliards d'Euros sur les transports (en s'engageant d'ailleurs à rebours de la politique menée sous Chirac).

Au total, si ces dispositions ne restent pas lettre morte (rognées par les lobbies et les députés, ou sans mesures d'accompagnement ou de financement), elles constituent un tournant et l'amorce d'un véritable changement dont on ne peut que se féliciter. Mais il s'agira de rester particulièrement vigilants sur les modalités.

Le Grenelle sera-t-il une mascarade ? ou pas ?

Logofreemen Isabelle Delannoy intervient souvent ici par des commentaires judicieux. Elle a accordé un entretien vidéo à Marianne dont je vous recommande  fortement la vision.  Le titre de l'article est explicite :  “Le Grenelle, une mascarade au bénéfice des riches ?“

La réponse ne tardera pas. Nicolas Sarkozy doit annoncer un premier train de mesures à 16 heures, devant un aréopage de personnalités. Il se prononcera notamment sur le projet de taxe carbone.

14 octobre 2007

Grenelle de l'environnement : les lobbies finassent

“Les associations écologistes frémissent. A deux semaines de la phase terminale du désormais fameux Grenelle de la "révolution écologique", le monde de l'écologie feint l'émoi général.

“La FNSEA, le lobby des lobbys, l'Etat dans l'Etat, la forteresse de l'agriculture intensive et des mentalités conservatrices, s'est dite prête à accepter "le principe d'un gel des OGM jusqu'au vote d'une loi permettant de clarifier leur statut et les conditions de leur exploitation en France", selon les mots de Jean-Michel Lemétayer, président du syndicat...“

Lire la suite de ce post de Hugo Bréant, OGM, le bal des dupes, sur Isegoria. S'il ne se trompe pas, il y a des replis tactiques qui préludent à une stratégie tristement offensive.

13 octobre 2007

Les Ecopolis de la Commission Attali

On ne se prononcera pas ici sur l'ensemble des premières conclusions de la commission pour la libération de la croissance française, présidée par Jacques Attali qui ne seront connues que lundi.

On ne dira rien notamment sur la proposition de suppression du “principe de précaution“, qui fait déjà débat au sein même du gouvernement, sans qu'on sache réellement ce qu'il recouvre.

On se contentera de noter avec satisfaction cette proposition qui fait écho au post précédent (lui-même été réédité, complété et amendé ici, sous l'intitulé “Construire des villes à la campagne“ trois fois depuis deux ans) et à une intervention de Dominique Strauss-Kahn sur le sujet au cours de la pré-campagne pour les présidentielles : la création avant 2012 de dix "Ecopolis", qui seront autant d'"espaces urbains durables".

Ecopolis_urban_vs_rural_popn_1 En matière de logement, la Commission commence par relever la situation "toujours très insatisfaisante" en France de ce "facteur majeur" de croissance. Elle rappelle l'existence de 3,5 millions de mal logés et de 900 000 personnes "sans domicile personnel", note la proportion plus faible en France de propriétaires de leurs logements (57 % contre 66 % aux Etats-Unis) et souligne l'insuffisance de l'offre, les difficultés d'accès au logement et la trop faible mobilité résidentielle, qui pénalisent aussi le logement social.

“Malgré le relatif échec des villes nouvelles sorties de terre dans les années 1970, “ indique Le Monde, “la commission propose "de construire des villes d'un genre nouveau, véritables laboratoires de la modernité urbaine". Ces Ecopolis, d'au moins 50 000 habitants, intégreraient une haute qualité environnementale et les toutes nouvelles technologies de communication. Elles devront aussi "encourager la mixité sociale", indique la commission, sans donner de plus amples précisions sur les moyens d'atteindre cet objectif.“ Dont acte.


PS - Il m'est arrivé de noter avec un peu de désarroi la faiblesse numérique des réactions de lecteurs sur ce blog. L'expérience commence à prouver que les lecteurs ne manquent pas (plus de 600 par jour, en moyenne, ces dernières semaines) et les réactions off non plus (par mail ou autre).

Tout  ce qui est dit ici (comme, sans doute sur d'autres blogs) ne tombe donc pas systématiquement dans des oreilles de sourds et fait son chemin, directement ou indirectement. C'est plutôt encourageant et j'en suis ravi.

12 octobre 2007

Si vous avez le choix, préférez-vous vivre dans un gratte-ciel géant ou dans une ville à taille humaine ?

Estimer que la planète, dans sa diversité, est confrontée à des problèmes de survie communs, vouloir un monde plus respectueux de l’environnement, offrant des perspectives de vie mieux équilibrées à tous, refusant de vouer un culte à la seule croissance quantitative, implique des changements de modèle et des actions fortes.

Img_3170_1 Chaque année, on construit en France près de 500.000 logements. Ils sont bâtis, pour l'essentiel,  à la périphérie des grands centres urbains, contribuant, entre autres, à leur engorgement, au développement de la spéculation foncière et immobilière, à celui de la pollution par l’allongement des trajets de transports, à celui du mal-vivre.

Aujourd’hui, 80% de la population française s’entasse sur 20% du territoire. Ce modèle s'étend au monde entier et des études des Nations Unies indiquent que, d'ici 2035, près de trois milliards de personnes quitteront les campagnes pour s'installer dans les villes ou à leur périphérie. Pourquoi ? Pour fuir la misère, pour trouver du travail.

Urbanistes, architectes et responsables politiques sont tous actuellement sur une même ligne : il s'agit de densifier les grandes métropoles, de construire verticalement pour utiliser au mieux l'espace, ce qui est pertinent économiquement, mais également sous des prétextes environnementaux beaucoup plus hasardeux : il s'agit d'éviter le mittage du paysage, de réduire les distances, donc les transports, donc les émissions de CO2.

Cette option généralisée des gigapoles verticales, à laquelle on échappera difficilement, fait litière d'autres options qui mériteraient d'être tentées, au moins à titre expériemental et qui privilègiraient des ensembles plus petits, plus dispersés, mais moins coûteux à la construction et, surtout,  plus favorables à un mode de vie équilibré.

Construire à la périphérie des grandes villes, c'est construire cher. Très cher. C'est construire mal. Très mal.

Pourquoi, à l'échelle du monde, ne pas inverser ce modèle et rapprocher le travail des lieux où vivent les gens, plutôt que de les conduire à abandonner familles, maisons, modes de vie, coutumes, pour les parquer dans ces déserts urbains, où l'on suppose qu'est le travail ?

A l'échelle d'un pays comme la France, il faut penser un changement radical du modèle d’aménagement du territoire et d'urbanisation existant : cesser de faire croître les zones déjà saturées et repeupler une partie du territoire désertifié, en créant des villes nouvelles, de 15.000 à 50.000 habitants, compatibles avec les enjeux du futur.

Ces villes seront situées à moins de 50 km d’un grand axe routier ou/et ferrovière existant. Des indrastructures d'approche (ferroutage, routes d'accès, transports en commun) devront être conçues selon un plan régional et national.

Chateau_landon Ces villes seront édifiées autour d’un cœur, constitué de bourgs existants, aujourd’hui peuplés de 3.000 à 10.000 habitants.

De taille humaine, elles auront néanmoins la taille critique pour être pourvues de centres médicaux, scolaires, d'équipements de loisirs, de systèmes de transports en commun, etc.

A la différence des villes nouvelles des années 60 et 70, elles n’auront pas vocation à être des cités-dortoir, mais seront largement autonomes dans leur activité.

Leur construction sera accompagnée de la création de quartiers d’activités commerciales, industrielles, artisanales, administratives et de services, rendues viables par les technologies de communication actuelles, dont l'implantation et le développement seront fortement encouragés par des mesures fiscales et para-fiscales.

L'habitat devra tenir compte des besoins sociaux de la population sur la durée : développement du télé-travail à domicile, équipements spécifiques pour le maintien à domicile des personnes âgées, etc.

Habitat0503tipi Ces villes seront conçues dans le respect de normes environnementales strictes (utilisation de matériaux de construction éco-compatibles, isolation des bâtiments, récupération des eaux pluviales, flottes de voitures publiques ou para-publiques et transports électriques, économes en énergie et peu ou pas polluantes, etc), et adaptées aux conditions locales (on ne construit pas de la même manière -conditions climatiques, traditions architecturales, etc- à Dunkerque et à Collioure).

S'inspirant des expériences déjà menées ici ou là, elles seront économes et, autant que possible, autonomes en énergie, notamment alimentées par la géothermie, le solaire et l'éolien.

Le développement massif et coordonné de ces villes, accompagné d'un effort de recherche et développement, permettra la mise au point et l’industrialisation de savoirs-faire (en urbanisme, en architecture, en matériaux et en techniques de construction, d’économies d’énergie, de production d’énergie propre, de communications, en transports, en services sociaux, etc) qui seront ensuite exportables.

20060405fig000000023_1 C’est toute une série de filières, créatrices d'emplois, qui bénéficieront de ce grand chantier, dont l'ambition doit être la création, sur 20 à 30 ans, de 300 à 600 villes nouvelles, susceptibles d’accueillir 10 à 15 millions d’habitants, français natifs et immigrants.

Soyons clairs : il ne s'agit pas de forcer à la “déportation“ de populations des villes vers les campagnes, mais de proposer un mode de vie alternatif à celui qui transformera les hommes en lapins en cages, un mode de vie éco-compatible, plus économe, plus harmonieux, plus orienté vers la qualité de vie et d'encourager ceux qui le souhaiteront à “recoloniser“ des territoires aujourd'hui laissés à l'abandon. Notre pari, c'est que ces pionniers seront nombreux.

Al Gore et le GIEC, prix Nobel de la Paix

Al_gore_i_an_inconv_Al Gore vient de recevoir le Prix Nobel de la Paix pour son action de sensibilisation sur les changements climatiques et notamment pour An Inconvenient Truth/Une vérité qui dérange, son documentaire oscarisé.

Ça me rappelle une séquence amusante, lors de sa venue à Paris, en octobre dernier.

Rajendra_pachauri_prsient_du_giec

Le GIEC (Groupe d'Experts Intergouvernemental sur l'Evolution du Climat) partage ce prix, conjointement décerné "pour leurs efforts de collecte et de diffusion des connaissances sur les changements climatiques provoqués par l'homme et pour avoir posé les fondements pour les mesures nécessaires à la lutte contre ces changements", a déclaré, à Oslo, le président du comité Nobel  norvégien, Ole Danbolt Mjoes.

On le voit, la question des changements climatiques est désormais un sujet pris en compte par les plus hautes autorités scientifiques, politiques et morales. Ce devrait être un encouragement et un aiguillon pour les travaux du Grenelle de l'Environnement qui jusqu'ici, donne chaque jour, des signes inquiétants sur ses résultats probables.

Si une politique-gadget, épargnant les intérêts des grands lobbies, devait en être le résultat, elle ne décevrait pas seulement les “écologistes“, elle serait désastreuse pour tous.

10 octobre 2007

Grenelle de l'environnement : vers une écologie déléguée au citoyen ?

“Pour moi, le très gros problème du Grenelle est que les axes de solutions valorisés et discutés -certains comme le nucléaire et les autoroutes n'ont pas été invités au programme- sont presque tous concentrés sur la responsabilité du citoyen.

J'ai très peur qu'il ne se dessine non pas une politique écologique nationale à tous les niveaux de la société, y compris dans les leviers dont dispose l'état, mais une écologie DELEGUEE au citoyen.

Très dangereux, cela. C'est manquer non seulement le tournant que représenterait ce Grenelle pour enfin plonger dans le XXIe siècle, mais en plus, cela donnera une idée tout à fait fausse de ce que serait une politique écologique aux citoyens.“
- Isabelle Delannoy, dans un commentaire sur le post “Grenelle de l'environnement : le danger de la poudre aux yeux“, qui fait d'ailleurs écho à un post antérieur : “Faut-il renoncer à prendre un bain pendant l'arrosage du maïs ?

PS - A lire par ailleurs, le post d'Isabelle sur le même sujet.

08 octobre 2007

Grenelle de l'environnement : le danger de la poudre aux yeux

Les travaux des commissions préparatoires au Grenelle de l'environnement ont été sérieux. On peut s'étonner ou regretter qu'ils n'aient pas donné lieu  à un grand débat national, aient été “confisqués“  par des “professionnels“ et que la consultation du public soit réduite à un quizz, mais bon, admettons.

Reste que les choses avancent. Mais avec deux menaces : celles des lobbies agricoles, pétroliers, chimiques ou autres, silencieux jusqu'ici, mais qui commencent à donner de la voix et à grignotter les avancées potentielles ; celle de la détermination réelle de l'Etat, dont rien n'indique qu'il entend se doter des moyens d'une impulsion décisive.

Si sous l'impulsion combinée des lobbies et du gouvernement (prétextant que les caisses sont vides), le Grenelle de l'environnement doit se conclure par de la cosmétique, de la poudre aux yeux médiatique, ce sera simplement dramatique.

Une occasion comme celle-ci ne se retrouvera pas de sitôt.

Ce Grenelle ne doit pas avoir pour objet de résoudre des conflits religieux (pour ou contre le nucléaire, pour ou contre les OGM, pour ou contre le capitalisme, etc, tous débats qui doivent nourrir notre réflexion sans nous paralyser), mais de participer sérieusement à la réorientation et au redéploiement de :

- notre vision de l'avenir, compte tenu de ce que nous savons des changements climatiques,

- notre manière de produire,

- notre manière de consommer.

Cela passe par le renforcement ou la mise à niveau de notre législation. Cela passe par des pénalités et des encouragements fiscaux.

Cela passe par l'éducation de tous, à commencer par les scolaires. Cela passe par l'incitation de tous à être conscients et économes, dans la production comme dans la consommation : nous consommons, par exemple, 300 kg d'emballages par an et par personne, quand les japonais en consomment 100 kg de moins. Sommes-nous plus sots que nos voisins ?

Cela passe par la formation des professionnels du bâtiment aux nouvelles techniques de construction, d'isolation et d'économies d'énergie.

Cela passe par la mise en œuvre de grands travaux destinés, in fine, à augmenter à la fois nos capacités de production d'énergie propre et à maximiser les économies d'énergie dans le bâtiment et dans les transports : nouvelles lignes de ferroutage, isolation systématique des logements anciens, par exemple.

Cela passe par une redéfinition de l'aménagement du territoire. Aujourd'hui, l'ambiance est à la concentration verticale de la population dans des tours semées dans les grandes agglomérations, au prétexte que c'est là que se trouve le travail. Cette logique concentrationnaire fait-elle encore sens dans une civilisation des services ? Ne mériterait-elle pas d'être, au moins partiellement, inversée ?

Cela passe par l'encouragement au développement de nouvelles filières industrielles  : nous sommes à la traine dans la conception et la fabrication d'équipements de production d'énergies renouvelables ou de matériaux d'isolation propres.

On le voit, le Grenelle de l'environnement est une belle occasion de nous redonner une ambition collective, de faire évoluer notre modèle de société, de changer le monde sans attendre que celui-ci ne nous change. Pourvu que cette occasion soit saisie.

07 octobre 2007

“Grenelle de l'environnement“ et “Contre-Grenelle“

Depuis des semaines, des ONG , des services de l'Etat, des hommes et des femmes engagés dans l'écologie planchent sur la préparation du “Grenelle de l'Environnement“.  Pendant quelques jours encore, les citoyens sont appelés à faire-part de leurs idées, leurs suggestions, leurs contributions, leurs solutions. La fenêtre est étroite.

Plus généralement, on se demande si, compte tenu notamment de l'état financier du pays et de l'absence de réserve budgétaire significative prévue, il sortira autre chose que quelques mesures-gadgets de ce vaste débat. Beaucoup en doutent.

Hier, à Lyon, sous l'impulsion du mouvement de la Décroissance, un « Contre Grenelle » a réuni des militants altermondialistes, des anti-nucléraire, des représentants de la confédération paysanne et de la LCR.

Avec un objectif : proposer des solutions pour l’environnement, alternatives et plus radicales de celles qui émergeront du