20 juin 2008

Bon appétit, assaisonné d'huile frelatée !

Bas_moteurpompe_a_huile Ça, c'est un bel estomac !

40.000 tonnes d'huile de tournesol, d'origine ukrainienne, coupées par 280 tonnes d'huile de moteur (non-végétale, minérale), ont été importés en Europe de l'Ouest fin février dernier.

Cette huile frelatée se retrouve dans toutes sortes de produits alimentaires (de 150 à 200), distribués dans plusieurs pays européens.

“Officiellement, rapporte le Canard enchaîné du 14 mai dernier, tout commence le 21 avril dernier, quand le groupe Saipol, numéro un français de la transformation des oléagineux et accessoirement propriétaire de Lesieur, prévient la Répression des Fraudes que son usine de Sète, où est raffinée de l’huile de tournesol brute, il y a un sérieux pépin. Une grosse rasade d’huile achetée en Ukraine est farcie à l’”huile de moteur“, huile minérale dérivée d’hydrocarbure.

“Et pas qu’un peu : d’après nos informations, sur 2800 tonnes d’huile apparemment irréprochable, livrées en France, 19 tonnes auraient mieux fait d’aller graisser des rouages et des pistons que des gosiers. Deux jours plus tard, la France informe officiellement ses voisins européens : cette cargaison fait partie d’un énorme lot de 40.000 tonnes, qui a atterri non seulement en France, mais aussi aux Pays-Bas, en Italie et en Espagne. Et c’est tout le lot qui a été trafiqué !

“De quoi, pour les escrocs, se faire du beurre : sachant que la tonne d’huile de tournesol brute est vendue 1800 euros et que d’après les confidences d’un fonctionnaire de la Commission européenne, ce sont en tout pas moins de 280 tonnes d’huile de moteur qui ont été introduites en douce dans les containers, les margoulins d’Ukraine ont empoché un bénéfice de 504000 dollars (moins ce qu’ils ont déboursé pour l’huile bidon, certes, mais celle ci coûte des clopinettes).

“A partir du 26 avril, la Commission européenne et la répression des fraudes rendent publique l’alerte. Officiellement, l’huile de tournesol frelatée mise en bouteilles et les plats préparés à partir de cette mixture ont tous été retirés des rayons et “n’ont pas atteint le consommateur“. Fort bien, mais, au fait combien de lots ont été retirés en tout ? Questionnée par “Le Canard”, la DGGCRF, autrement dit, la Répression des fraudes, explique que “compte tenu du nombre d’entreprises concernées, il est impossible d’en connaître le nombre exact“. Chez Carrefour Promodès, enseigne qui possède la moité des grandes surfaces alimentaires en France, on admet du bout des lèvres avoir retiré pas moins de… 200 produits concernés !

Les bonnes recettes de Mamie Europa : ça eût Kraigne, mais ça craint pas

“Bref, tout baigne. Sauf qu’il reste un léger problème : Saipol, la maison mère de Lesieur (laquelle marque a fait répondre au Canard par son agence de com’ qu’elle n’était “en rien concernée“), a reçu sa cargaison d’huile frelatée fin février. Et n’y a vu que du feu. Jusqu’à ce qu’un mois plus tard un industriel du nord de l’Europe, destinataire du même lot, l’informe après analyse que quelque chose clochait dans l’huile de tournesol ukrainienne . Et ce n’est qu’un mois plus tard que Lesieur a enfin sonné l’alerte auprès de la Répression de fraudes. La question qui se pose est cruciale : combien de produits assaisonnés à l’huile frelatée ont été conditionnés et commercialisés entre-temps ? Saipol reconnait avoir raffiné l’huile en question pour la vendre ensuite à une trentaine de clients de l’industrie agroalimentaire, dont il refuse de citer les noms. Mystère et salade verte. […]

“Mais il y a plus sérieux : contrairement à ce qu’ont d’abord assuré la Commission européenne et les pouvoirs publiques français, tous les produits additionnés d’huile contaminés n’ont pas été retirés des rayons. En effet, le 2 mai, la Commission européenne s’est fendue en catimini d’une recommandation autorisant la vente de tous les aliments contenant moins de 10% d’huile de tournesol frelatée. […]

“Comme l’admet la DGCCRF dans une note adressée au Canard, le 7 mai, “en l’absence de toxicité aiguë”, tant pis pour les mayonnaises et autres petits plats déjà vendus. “Aucun rappel” n’a été effectué .[…]

Les sociétés (et toutes leurs marques et sous-marques) concernées selon Le Canard enchaîné,  sont "Saupiquet, Unilever (propriétaire de Knorr, Magnum, Fruit d'Or, Miko, Planta Fin, Amora…) mais également Carrefour Promodès et Auchan. Ainsi, on peut trouver cette huile de moteur dans des batonnets de Surimi, du cèleri rémoulade, de la soupe de poisson en conserve, du poisson pané, des paupiettes de veau, du thon et des sardines à l'huile, mais aussi dans la pâte à tartiner chocolatée, le blé pour petit déj', les gauffrettes à la confiture, les barres céréalières et sucrées pour les enfants, les cookies et bien sur la mayonnaise, le tarama, la sauce béarnaise et enfin de la sauce vinaigrette." 150 à 200 références sont concernées. Impossible de savoir avec précision lesquelles !!

Encouragez l'ANIA à être moins timide !

La semaine dernière, le Canard publie des notes internes de l¹ANIA (Association Nationale des Industries Alimentaires), qui montrent l'envers du décor, et la terreur des industriels qui prient pour que l¹info ne soit pas reprise et que le temps efface rapidement cette histoire.

Il a été décidé en réunion de crise à l'ANIA de ne pas répondre formellement au Canard enchainé. Un projet de communiqué de presse, préparé il y a deux semaines, a été réactualisé. Il ne sera pas diffusé en “proactif“ : “Nous attendons la prochaine parution du Canard Enchaîné et les éventuelles reprises par la presse pour réagir".

Je ne sais pas à quel point ces produits à l'huile frelatée sont dangereux, mais je sais que les consommateurs ont droit à la transparence, à une information honnête et au respect de la part des filières de l'industrie alimentaire. Le fric ne justifie pas tout. Et surtout pas cela.

Ben il faut les aider à être “postactifs“, ces braves gens de l'ANIA. Diffusez largement cette info sur vos blogs, chez vos amis, boycottez les produits en question et achetez bio.

Merci à Fé et à Raffa.

30 avril 2008

Monsanto ou Mondiablo ?

La_vie_selon_monsanto

Vision hier, en DVD (édité par Arte Vidéo), de l'impressionnant documentaire “Le monde selon Monsanto“, de Marie-Monique Robin, récemment diffusé sur Arte.

Je ne saurais trop en recommander la vision, tant il est passionnant, à deux titres au moins.

Techniquement, il l'est sur les dangers nombreux que fait peser  une grande partie de l'activité de Monsanto sur la santé des hommes, sur l'économie de l'agriculture (surtout dans les pays émergeants) et sur l'environnement.

Techniquement, il l'est également sur les pratiques d'une société commerciale qui, pour préserver son activité et ses profits, utilise un arsenal impressionnant (analyses faussement scientifiques, mensonges, faux témoignages, discrédit, voire destruction des adversaires, corruption, etc) et sur celles de son autorité de tutelle, qui semble plutôt être son autorité “sous tutelle“, la FDA (Food and Drugs Administration).

Moralement, il l'est plus encore, par les questions qu'il suscite : quelle étrange perversion conduit une entreprise (actionnaires, dirigeants, cadres, chercheurs, techniciens) à exercer tant de talent, à fédérer tant de savoirs-faire et d'expertises, pour mener une activité in fine aussi contestable, détestable et néfaste ?

Et par quelle faiblesse de l'esprit public, aux Etats-Unis et ailleurs, trouve-t-elle des alliés puissants et n'est-elle pas mise en demeure de faire évoluer ses pratiques et ses objectifs ?

23 mars 2008

Les bio-carburants favorisent le retour des famines

Le recours accru aux matières premières alimentaires pour la production de biocarburants met en péril l'approvisionnement alimentaire de la population mondiale. Il pose en outre des problèmes considérables pour l'approvisionnement en eau.

Voici quelques jours, Josette Sheeran, en charge du Programme alimentaire mondial (PAM) des Nations-Unies a indiqué : "Le changement d'orientation de nombreuses exploitations en faveur des biocarburants a détourné des terres de la chaîne alimentaire. Les prix des produits de base atteignent un tel niveau que le litre d'huile de palme en Afrique vaut ainsi autant que le litre de carburant."

Dans une interview au journal dominical NZZ am Sonntag, ce dimanche, Peter Brabeck, patron de Nestlé, premier groupe alimentaire mondial, abonde dans ce sens : "Si l'on veut couvrir 20% du besoin croissant en produits pétroliers avec des biocarburants, comme cela est prévu, il n'y aura plus rien à manger."

"Accorder d'énormes subventions pour les produire est inacceptable moralement et irresponsable",
a ajouté le dirigeant du groupe suisse, estimant que les millions de tonnes de maïs consacrées aux biocarburants sont autant en moins pour le secteur alimentaire.

La croissance spectaculaire de l'exploitation des biocarburants tire vers le haut les prix du maïs, du soja et du blé, les terres cultivables deviennent rares et l'eau est elle-aussi menacée, a déclaré M. Brabeck, estimant que pour produire un litre de bioéthanol il faut 4.000 litres d'eau.

Ces prises de position vont à l'encontre des politiques conduites depuis plusieurs années par une cinquantaine de pays -parmi lesquels on compte les Etats-Unis, la Chine et le Brésil- et l'Union européenne. Celle-ci a notamment fixé un objectif contraignant de production de 10 % de l'ensemble du marché des carburants pour 2020, applicable à l'ensemble de l'UE.

Dans un contexte démographique qui rend nécessaire l'augmentation de 50% de la production alimentaire d'ici 2030, la compétition entre cultures alimentaires et énergétiques conduit pour l'heure à l'abandon des jachères en Europe, à la déforestation au Brésil (et à ses conséquences prévisibles sur les émissions de CO2), à une augmentation des dépenses en eau et à une pollution accrue des nappes phréatiques.

Sans doute ne faudrait-il pas tarder à réviser ces politiques inconsidérées.

20 mars 2008

Le Jour de l'eau est arrivé !

Signe des temps, dans mon enfance, les jours étaient rythmés par le calendrier des Saints, parfois complété par des célébrations locales, tel la célèbre Fet Nat, qui a inspiré quelques pittoresques “baptêmes“ républicains.

Aujourd'hui que beaucoup d'enfants portent des prénoms mécréants, souvent inspirés par les héros des feuilletons de TF1, l'année se rythme différemment. D'autres que les Eglises se sont emparés de jours et de semaines, en les liant souvent à une incitation à la consommation.

C'est ainsi qu'on a vu fleurir, après la Fête des Mères, instituée par Vichy, celle des grands-mères, qu'on a restauré des fêtes païennes comme Haloween et multiplié les célébrations d'anniversaires de distributeurs. 

Les institutions nationales et internationales s'y sont également mises et ornent désormais chaque jour d'une grande cause, qui permet d'allumer utilement les feux de l'actualité, une fois par an, sur tel ou tel autre sujet, puis de les éteindre aussitôt : pêle-mêle, la Journée des femmes, celle de la Croix-Rouge, du cancer, de l'abolition de l'esclavage...
Eauenfant
Tout ça pour dire que les 20 et 22 mars, on célèbre la Journée de l'eau. Il est loin, le temps ou le Président Mac-Mahon pouvait s'extasier naïvement : “Que d'eau, que d'eau, et encore, on n'en voit que la surface !“

L'eau sera, plus encore que le pétrole, l'un des enjeux majeurs du siècle : si 70 % de la surface de la Terre est recouverte d’eau, l'essentiel de ce pourcentage  (97%) est constitué d'eau salée et moins de 3 % d'eau douce.

On sait que cette rareté, aggravée par les changements climatiques et par la croissance démographique, sera génératrice de conflits et de guerres.

On sait moins que, d'ores et déjà :

• 1 être humain sur 5 (un milliard trois cents millions de personnes) n'a pas accès à l'eau potable,

• La consommation d'eau non potable est la première cause de mortalité dans le monde.

Dans le cadre de la Coalition eau, un regroupement d’ONG (WWF, les Amis de la Terre, le Secours Catholique, France Libertés) se mobilisent, à l'occasion de la Journée de l'eau, pour sensibiliser citoyens et élus sur ce thème.

Il ya en effet beaucoup à faire, dans chaque commune, pour assurer un accès à l'eau abordable et équitable pour tous, garantir sa qualité, lutter contre la pollution des nappes phréatiques,
l'économiser... Au bout l'eau !

06 mars 2008

L'OCDE rejoint le camp des “alarmistes“

Jusqu'ici inspirateur et ordonnateur des politiques libérales du laisser-faire et de la croissance à tout crin, l'Organisation de coopération et de développement économique (OCDE) change de ton et de registre à l'occasion de la publication d'un rapport de 500 pages sur les perspectives de la planète à l'horizon 2030...

"Je vous préviens, si nous ne faisons rien, le tableau de notre planète en 2030 ne sera pas agréable à regarder“
, a averti Angel Gurria, secrétaire général de l'OCDE, en présentant un nouveau rapport alarmant de son organisation.

En 2030, souligne le rapport, la population de la Terre atteindra 8,2 milliards de personnes contre 6,5 milliards aujourd'hui. Si l'économie mondiale continue de croître à un rythme comparable à celui de ces dernières années, sa taille aura doublé en trente ans.

La demande de matières premières (produits agricoles, minerais, énergie fossile, bois, eau) progressera de 60% dans les pays industrialisés mais de 160% chez les nouveaux grands acteurs de la scène internationale – Brésil, Russie, Inde, Chine.

Ces évolutions se feront au prix de déséquilibres inquiétants dans quatre domaines pointés par l'OCDE et sur lesquels il est urgent d'agir : le changement climatique, la perte de la biodiversité, le manque d'eau et l'impact sur la santé humaine de la pollution.

Les chiffres livrés par le rapport décrivent l'ampleur des enjeux : le nombre de personnes vivant dans des régions touchées par un fort stress hydrique devrait augmenter d'un milliard et concerner ainsi près de la moitié de l'humanité. La pollution de l'air aura des effets croissants sur la santé avec une explosion du nombre de décès prématurés liés à l'ozone troposphérique (dans la basse atmosphère) et aux particules.

Pour l'OCDE, ce constat accablant est cependant loin d'être insurmontable. Comme le rapport Stern, il y a un an, le rapport évalue à 1 % de la richesse mondiale en 2030 le montant qu'il faudrait consacrer pour relâcher sensiblement la pression sur la planète et trouver un mode de développement plus soutenable. "Je ne dis pas que cela est bon marché ou facile, mais c'est à notre portée, surtout si on compare cet effort aux conséquences et aux coûts de l'inaction", a affirmé Angel Gurria.

Afin de lutter contre le changement climatique, le secrétaire général de l'OCDE fait plusieurs propositions : création d'une taxe carbone et, plus généralement, une fiscalité moins incitative – récompenser les bons comportements – et plus punitive –taxation des activités qui polluent ou exploitent sans modération les réserves planétaires–; suppression des subventions aux énergies fossiles, prudence à l'égard des soutiens accordés aux agrocarburants, dont le bilan environnemental est de plus en plus mis en cause...

Reste à savoir qui paiera. Et quand.

15 février 2008

Nontron, capitale verte du Périgord Vert

Nontron_photo_boris_cavillac Ah ben, je suis bien content.

J'ai proposé, en novembre dernier, un projet de Pôle d'Excellence Ecologique au maire de Nontron (sous-Préfecture de la Dordogne et capitale du Périgord Vert).

Ce projet, qui se veut exemplaire d'une politique de développement durable à l'échelle d'une petite ville en zone rurale, a pour objet, en très court :

• l'information et la sensibilisation de la population locale aux questions environnementales liées à la vie quotidienne,

• la formation des entreprises et des ouvriers du BTP, de la région et d'ailleurs, aux nouvelles techniques HQE (Haute Qualité Environnementale) et BBC (Bâtiment à Basse Consommation),

• la réalisation d'une zone d'activités destinée à accueillir des entreprises de ces secteurs et à héberger 300 à 400 postes de travail, pour des TPE, des PME ou des grandes entreprises,

• la réalisation d'un éco-quartier d'habitations d'une centaine de logements (dont 20% de logements sociaux) HQE ou BBC, en 1ère tranche. Plus, si possible, une zone maraîchère.

Informer, former, travailler, habiter, se nourrir : le maire a aussitôt fait sien le projet. Nous y avons travaillé en petite équipe. Il fallait être prêts, au plus tôt, pour faire partie du premier train d'actions concrètes, faisant suite au Grenelle de l'Environnement et pour obtenir les appuis, les concours et les compétences nécessaires à la réalisation du projet.

Rendez-vous a donc été pris, par l'entremise heureuse d'un ancien Secrétaire d'Etat à l'Aménagement du Territoire, avec la Direction du Cabinet du Ministère de l'Ecologie, pour lui faire part du projet. L'entrevue a eu lieu aujourd'hui. Avec succès, semble-t-il. Y a plus qu'à... 

Vous ne connaissiez pas Nontron ? Vous allez l'adorer.

PS - Pourquoi je parle de ça ? Parce que ce blog et l'échange avec des correspondants divers, dont les Freemen, en ligne ou hors ligne, ont peu à peu suscité mon envie d'agir, là où je suis, pour un environnement meilleur. Sans chercher poste, fonction, mandat, rémunération ou avantages.

Vous pouvez faire pareil, là où vous êtes. Rapprochez-vous de vos concitoyens, de vos élus, qu'ils soient de gauche ou de droite, on s'en fout. Il y a des mecs bien partout. Des crétins aussi. Réfléchissez à ce que vous pouvez faire avec vos voisins, les gens de votre quartier, de votre village. Proposez des idées, faites les avancer. Just Do It !

19 décembre 2007

Ah la la, c'est ballot, le Grenelle, après Bali... Est-ce l'hallali ?

On l'indiquait ici, début novembre, sous le titre “Le Grenelle de l'embobinement ?“, les effets d'annonce du Grenelle de l'environnement risquaient de faire long feu. Six semaines plus tard, cette lecture semble malheureusement se confirmer.

Sous le titre “Des participants au Grenelle de l'environnement redoutent une réduction de l'ambition écologique“, Le Monde publie aujourd'hui un article inquiétant. En voici un extrait :

“... aujourd'hui, un constat est largement partagé parmi les participants au Grenelle de l'environnement : "Ça ne va pas bien." Ils s'étaient quittés très satisfaits, le 25 octobre, après les annonces du président de la République, qui couronnaient trois mois de travail. Mais, depuis, un malaise s'est installé.

“Le seul collège à ne pas exprimer de mécontentement est le patronat. Les autres multiplient les réserves. Sur la méthode, d'abord. "On découvre les décisions dans la presse, on n'est associés à rien, on ne sait plus où on en est", résume Bernard Saincy, de la CGT. Voilà qui tranche avec la concertation permanente du Grenelle. Mais surtout, la teneur des décisions annoncées inquiète. "L'esprit n'est pas respecté, la lettre non plus, affirme Yannick Jadot, de l'Alliance pour la planète. Il y a une vraie réduction des ambitions."“

17 décembre 2007

Non-assistance à humanité en danger

Je reproduis ici une tribune (ce matin, sur France Culture) de Corinne Lepage, sur la réunion du GIEC à Bali. Elle y dit exactement, mieux que je ne l'aurais fait, ce que je pense du résultat décevant de cette rencontre.

Les peuples de la Terre peuvent aujourd'hui accuser les gouvernants participants à la conférence de Bali , en fait, plus précisément ceux qui ont délibérément torpillé tout accord permettant de prendre date, sur des bases chiffrées, en vue d'un accord à Copenhague en 2009 prenant la suite de l'accord de Kyoto.

Ce qui vient de se passer apparaîtra très certainement, dans les années qui viennent, comme une preuve supplémentaire de l'égoïsme et de la cécité de ceux qui ont décidé de l'avenir du monde en fonction de leurs intérêts propres et immédiats.

En effet, les dernières conclusions du GIEC, qui, pour la première fois, parlent d'irréversibilité, les constatations d'ordre scientifique sur l'évolution du Groenland ou de l'Arctique, l'accumulation des preuves du changement climatique et du risque qu'il fait courir à l'humanité, permettant aujourd'hui de parler, en ce qui concerne cette question d'application du principe de prévention et même plus, du principe de précaution, les messages de détresse lancés par les populations de Papouasie et d'autres iles qui constituent les premiers réfugiés climatiques et qui ne peuvent déjà plus se nourrir normalement, n'auraient pas dû laisser le moindre choix aux responsables réunis à Bali.

Or, malgré les efforts du secrétaire général de l'ONU, malgré la position unitaire et ferme de l'Europe, cette réunion a accouché d'une demie souris.

La seule avancée réelle concerne l'avancée du projet Reed, dont l'objectif est  de financer les pays du Sud pour qu'ils conservent leurs forêts ou reboisent. Il faut rappeler que la déforestation représente 27 % du total des émissions de CO2, soit plus que le transport et que la valeur de la forêt n'est pas seulement d'ordre écologique, entame de séquestration de carbone mais également le lieu majeur de la biodiversité est un lieu de vie essentielle. La banque mondiale a consacré 208 millions d'euros à des projets pilote de surveillance, ce qui est loin des 5 milliards de dollars auquel Nicolas Stern évaluait les moyens nécessaires à mettre en place.

Une seconde avancée , plus modeste, consiste en la mise en place d'un fonds d'adaptation, sous la tutelle du fonds mondial pour l'environnement, destiné à financer des transferts de technologie. Pour le reste, l'obstruction américaine a plombé tout accord ce qui conduit à s'interroger sur le point de savoir qui gouverne vraiment le monde et quelles solutions on pourrait proposer pour mettre un terme au crime de non-assistance à humanité en danger.

Le blocage de George Bush sur le sujet du climat, contraire à la position de la Cour Suprême, mais qui trouve bien évidemment sa source dans la volonté de certaines sociétés pétrolières, est un point central. Rappelons qu'Exxon a financé depuis des années le lobby de “la machine à nier ", instrumentalisant des centaines de centres de recherche et d'association plus ou moins bidons, dont l'objectif était identique : faire du changement climatique une hypothèse et non un fait.

La proposition d'Al Gore de conclure un accord en laissant de côté les États-Unis avec comme objectif probable de stigmatiser cette attitude inadmissible mais ne permettait pas de faire réellement avancer la position internationale. En effet, les États-Unis ne sont pas seuls, malheureusement. Le Canada et l'Australie soutiennent une position très proche, pour des raisons d'intérêt économique immédiat cependant que les pays pétroliers et leurs alliés traditionnels ont toujours pris la position la plus favorable à l'or noir.

Or, si l'on se place au niveau des résultats concrets, un accord a certes été trouvé, mais sur la base de la position la plus faible c'est-à-dire celle qui ne contient aucun engagement précis. Lorsqu'on en est en effet à refuser de faire figurer les conclusions du GIEC autrement qu'en note de bas de page, pour être certain  qu'aucun engagement concernant une réduction de 30 % des émissions de gaz à effet de serre en 2020 pour les pays industrialisés et de 50 % pour le monde entier en 2050 ne soient pris, il est clair que l'on est en présence d'un déni de réalité, voire d'un cynisme poussé à l'extrême, qui conduit à accepter de mettre en péril ses propres enfants pour être certain de pouvoir soi-même accroître encore son propre confort.

Ce comportement est la négation même du politique dont la fonction, si elle existe, consiste précisément à organiser la vie de la cité pour lui permettre la pérennité. Cela signifie que la politique, au niveau international n'a strictement plus aucun sens, en ce qui concerne au moins un des périls majeurs qui menacent l'humanité. Cela signifie que les représentants des terriens, élus ou autoproclamés pour certains, font des choix qui s'inscrivent délibérément à l'encontre des intérêts premiers des populations qu'ils sont censés représenter.

Cela signifie, par conséquent, que la représentation actuelle de la société internationale ne peut plus prétendre représenter les intérêts des femmes et des hommes présents et à venir, mais s'est soumise à d'autres maîtres du monde dont on se pose parfois la question de savoir s'ils ont encore conscience d'être des humains.

Dès lors, c'est bien la question de la gouvernance mondiale, lorsqu'il s'agit de questions planétaires qui intéressent tous les humains comme la question climatique, qui est en cause.

La faiblesse du conseil de sécurité de l'ONU est difficilement supportable lorsqu'il s'agit de guerre et de massacres impliquant des milliers, voire des centaines de milliers de personnes. Mais, elle ne l'est plus du tout lorsqu'il s'agit de la survie de l'humanité dans son ensemble.

Cela signifie donc que c'est à la société civile de  prendre son destin en main puisque ses responsables politiques ne sont pas capables de le faire pour elle... Ce sont aux milliers d'associations de défense de l'environnement, de développement, de consommateurs, voire aux syndicats professionnels et  au monde économique et financier dans la partie qui est demanderesse à une véritable révolution pour permettre la réorientation de l'économie, de s'organiser pour imposer le changement qui nous est refusé. Nous avons l'ardente obligation de refuser l'attitude suicidaire que quelques dirigeants ont décidé d'adopter.

A la non-assistance à humanité en danger, nous devons répondre par la mobilisation  de toutes les consciences et les volontés humaines

29 novembre 2007

Les générations futures ? C'est vous !

Vu ça chez Isabelle, qui l'a vu chez Grégoire... Lisez le texte d'Isabelle qui va avec, et regardez également ceci.

25 novembre 2007

Nicolas Sarkozy et la pollution en Chine

Pollution_en_chine Nicolas Sarkozy est en Chine : parmi les sujets annoncés de ses conversations avec les dirigeants chinois, celui de la pollution. Nicolas Sarkozy, a entendre les médias, va donc faire la leçon aux vilains chinois.

Effectivement, cette année (ou l'an passé, selon notre-planète info, ou en 2009, selon le New York Times), la Chine devrait dépasser les États-Unis en termes de rejets de CO2 et devenir le premier pays pollueur du monde : les émissions de dioxyde de carbone devraient passer de 5,6 milliards de tonnes en 2006 à 6,02 cette année, ce qui représente environ 22 % du total mondial  . En 2006, la Chine est le premier pays du monde pour les émissions de dioxyde de soufre, qui ont progressé de 27 % entre 2000 et 2005.

Ce n'est pas négligeable, à deux nuances près.

D'une part, la Chine est devenue l'atelier du monde, avec une production orientée vers l'exportation plutôt que vers la consommation intérieure. En d'autres termes, la Chine pollue pour répondre à nos besoins plus qu'à ceux de son marché intérieur. Elle pollue pour produire les merdes que nous, occidentaux, américains ou européens, consommons et, notamment l'infinité de jouets imbéciles que certains de mes lecteurs ont commencé à acheter pour le Noël de leurs enfants :)

D'autre part, si la Chine dépasse cette année en volume la pollution américaine, cela signifie une chose simple : les 1,3 milliards de chinois polluent autant que les 300 millions d'américains, c'est-à-dire qu'un chinois pollue 4 fois moins qu'un américain et deux à trois fois moins qu'un européen, tout en fabricant une grande quantité de ce que les américains ou les européens consomment.
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Emissions de gaz à effet de serre par habitant et par an, selon les pays, en kg d'équivalent carbone (Chine : émissions de CO2 seul), pour 1990 et 1998 (classées par ordre d'importance en 1998). Source Manicore.

Tout cela ne signifie pas, bien évidemment, que la Chine peut s'exempter de tout effort en matière de pollution. Les conséquences de la pollution sur la santé publique en Chine sont d'ailleurs d'ores et déjà effroyables. Selon la Banque Mondiale, 16 des 20 villes les plus polluées du monde se trouvent en Chine et les victimes directes de la pollution se compteraient en centaines de milliers.

Ces conséquences néfastes ne feront d'ailleurs que s'aggraver si, par évolution naturelle, pour maintenir la paix sociale ou en cas de crise en Occident, la production chinoise doit rapidement chercher des débouchés de substitution dans la consommation intérieure : on imagine les conséquences, en termes d'émissions de CO2, de 400 ou 500 millions de voitures en Chine.

La question n'est donc pas de faire la leçon aux chinois, mais de chercher, avec eux, un modèle de développement, pour eux comme pour nous, qui soit compatible avec les questions de pollution et de changements climatiques. Vaste programme !

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