25 mars 2008

Le retour des nationalisations est-il pour demain ?

Depuis une trentaine d'années, le monde vit au rythme des privatisations, libéralisations et autres dérégulations.

Le discours dominant, inspiré par les penseurs et les thinktanks libéraux ou ultra-libéraux, relayé par les instances internationales (de l'OCDE à l'OMC, de la Banque Mondiale au FMI) et appliqué, depuis la présidence de Reagan et le gouvernement de Margaret Thatcher, par les hommes politiques de droite ou de gauche modérée de presque tous les pays, vise trois objectifs :

- restreindre le champ de l'action publique à ses tâches régaliennes et offrir plus d'espace à l'initiative privée,
- diminuer ou supprimer les contraintes financières et légales (barrières douanières, instances et textes de régulation) jusque-là imposées par des Etats dépeints comme liberticides, impuissants, improductifs et dépassés,
- favoriser la concurrence destinée à faciliter l'auto-régulation des marchés, pour la prospérité de tous.

Cette idéologie et ce discours sont justifiés, d'une part, par l'amplitude parfois peu rationnelle du champ d'intervention des Etats (en 1983, 1 salarié français sur 4 travaille dans le secteur public) et, d'autre part, par la gestion souvent médiocre (à la fois politique et peu commerciale) des entreprises du secteur public. 

A partir des années 70 et, de manière croissante puis accélérée depuis les années 80, ce constat a conduit les grands pays à privatiser des grands pans de leurs économies.

En France, après trois grandes vagues de nationalisations (1936, 1945, 1981), tous les gouvernements successifs ont dénationalisé massivement, à partir de 1986, le secteur bancaire et l'assurance, privatisé partiellement ou intégralement des entreprises nombreuses et disparates (de Renault à Usinor, de France Telecom à Rhône-Poulenc, de Thomson à Saint-Gobain, d'Air France à la SNECMA, de l'AFP à TF1, de GDF à EDF, etc).

Dans le même temps, les négociations internationales ont conduit à l'abaissement, voire à la suppression des barrières douanières et à l'assouplissement, voire à la totale dérégulation de l'économie et du commerce.

En quelques 30 ans, bon gré mal gré, les Etats se sont volontairement amputé de la possibilité d'intervention directe sur l'économie (mais l'Etat a-t-il vocation à être contructeur d'automobiles ?), et dépouillé de celle de réguler les flux financiers.

Livrés à eux-mêmes, les marchés économiques et financiers ont naturellement suivi leur pente. Elle a conduit, de proche en proche, à la dévalorisation relative du travail, à la rémunération proportionnellement croissante des revenus du capital.

Elle a également conduit au développement, dans des proportions inédites, d'un capitalisme financier, peu créateur de richesse matérielle par lui-même, mais se nourrissant de l'économie pour le profit croissant de quelques-uns.

En vingt ans, l'économie réelle s'est ainsi doublée d'une économie de casino, fondée sur la spéculation. Débarrassée d'entraves par la dérégulation et la mondialisation, la sphère financière a créé, multiplié, sophistiqué, complexifié des produits spéculatifs de plus en plus déconnectés de l'économie réelle et de plus en plus risqués. Témoins, les subprime mortgages et, plus généralement, la titrisation de tout et de n'importe quoi.

Cette économie de casino, comme tout autre, repose sur la confiance. La crise des subprimes a révélé la fragilité de l'édifice et a écorné la confiance. Ce que chacun ignorait ou voulait ignorer est désormais patent.

Le coût des subprimes et de leurs dommages collatéraux est situé quelque part entre 400 et 2.000 milliards de dollars, plus peut-être, dont quelques 150 seulement ont été jusqu'ici intégrés dans leurs comptes par les banques.

Cette lenteur à reconnaître les dommages a deux objets : épargner les dirigeants de chaque banque impliquée et éviter tout mouvement de panique. Elle a une conséquence : les banques ont perdu confiance en leurs concurrents, et en tout emprunteur potentiel. Du coup, elles restreignent ou coupent tout crédit et paralysent l'économie réelle.

Les autorités monétaires américaines ont jusqu'ici agi de deux manières pour apaiser les craintes, éviter un credit-crunch ou un effondrement généralisé des banques : elles ont drastiquement baissé leurs taux d'escompte (de 5,25% à 2,25%) pour desserrer le crédit, massivement injecté des liquidités et pris en pension pour quelques semaines 200 milliards de titres douteux.

Il est plus que probable que cela ne suffira pas. Mais dans le même temps, la Fed (organisme privé) et les autres banques centrales ne disposent pas de moyens illimités ou simplement suffisants pour faire face aux besoins du secteur bancaire. 

Dans ces conditions, la question est maintenant posée de savoir qui paiera les pertes du secteur bancaire.

Et c'est bien là que calent les tenants du libéralisme dominant qui, par un prompt retour, après avoir milité pour la privatisation des profits, commencent à nous expliquer qu'il faudra en venir à nationaliser les pertes.

“Les Etats-Unis devraient utiliser l'argent public pour venr en aide à leurs banques en détresse et calmer ainsi la crise financière mondiale", a affirmé le ministre japonais des services financiers, Yoshimi Watanabe, dans un entretien publié hier par le Financial Times. M. Watanabe a invité Washington à s'inspirer de l'exemple du Japon, dont le système bancaire avait été au bord de l'effondrement dans les années 1990 après l'éclatement d'une bulle spéculative immobilière, avant de se redresser grâce à un plan de sauvetage gouvernemental financé par le contribuable.

Le Monde rapportait ainsi hier : “Pour éviter que l'éclatement de la bulle du crédit immobilier américain ne fasse s'effondrer le système bancaire, toutes les solutions sont envisagées, même les plus radicales. L'hypothèse qui circule aujourd'hui aux Etats-Unis, dans le cas où la situation deviendrait incontrôlable, est celle d'un rachat massif par le gouvernement des produits financiers basés sur les crédits immobiliers ou mortgage backed securities (MBS). L'Etat apporterait sa caution et cela permettrait de régler le problème, récurrent depuis l'été, du financement des établissements bancaires dont les bilans portent des actifs dont il est devenu impossible d'établir la valeur.“

“Kenneth Rogoff, ancien économiste en chef du Fonds monétaire international (FMI) et professeur à Harvard, chiffre entre deux et trois mille milliards de dollars (jusqu'à deux milliards d'euros) le coût d'un tel rachat. Il estime que la perte serait d'au moins 500 milliards de dollars pour le contribuable américain. On serait dans la même logique, mais à une tout autre échelle, que le renflouement et la liquidation des Caisses d'épargne américaines à la fin des années 1980 à la suite déjà d'une crise immobilière“, explique M. Rogoff. Cela permettrait de donner une valeur aux crédits immobiliers et de chiffrer définitivement les pertes bancaires, ce qui rétablirait la confiance.“

Le Financial Times, dans son édition datée des 22 et 23 mars, indiquait que plusieurs banques
centrales, dont la Réserve fédérale américaine (Fed), la Banque d'Angleterre et la Banque centrale européenne (BCE), ont commencé à évoquer ensemble la possibilité d'une telle opération.

Celle-ci, compte tenu de l'importance des montants, ne pourrait être menée, en tout état de cause,  que par les Etats, avec l'argent public (qui ne court pas les rues, si l'on considère l'endettement des grands pays), c'est-à-dire celui des contribuables.

Avec des risques politiques collatéraux : comment justifier auprès de l'opinion l'utilisation d'argent public pour sauver des banques ayant pris des risques inconsidérés ? Comment justifier l'augmentation des impôts et la baisse de pouvoir d'achat qui ne manquera pas d'accompagner ce mouvement ?

En d'autres termes encore, vaut-il mieux “punir“ les banques endettées par leur gourmandise, en les laissant courir à a faillite, au risque de faire couler l'ensemble de l'économie, avec les conséquences sociales qu'on peut imaginer ? Ou vaut-il mieux que la puissance publique et les contribuables viennent, à leurs frais, au secours des tenants du libéralisme égoïste et prédateur, pour sauver ce qui peut l'être ?

Intéressant débat, non ?

23 mars 2008

Les bio-carburants favorisent le retour des famines

Le recours accru aux matières premières alimentaires pour la production de biocarburants met en péril l'approvisionnement alimentaire de la population mondiale. Il pose en outre des problèmes considérables pour l'approvisionnement en eau.

Voici quelques jours, Josette Sheeran, en charge du Programme alimentaire mondial (PAM) des Nations-Unies a indiqué : "Le changement d'orientation de nombreuses exploitations en faveur des biocarburants a détourné des terres de la chaîne alimentaire. Les prix des produits de base atteignent un tel niveau que le litre d'huile de palme en Afrique vaut ainsi autant que le litre de carburant."

Dans une interview au journal dominical NZZ am Sonntag, ce dimanche, Peter Brabeck, patron de Nestlé, premier groupe alimentaire mondial, abonde dans ce sens : "Si l'on veut couvrir 20% du besoin croissant en produits pétroliers avec des biocarburants, comme cela est prévu, il n'y aura plus rien à manger."

"Accorder d'énormes subventions pour les produire est inacceptable moralement et irresponsable",
a ajouté le dirigeant du groupe suisse, estimant que les millions de tonnes de maïs consacrées aux biocarburants sont autant en moins pour le secteur alimentaire.

La croissance spectaculaire de l'exploitation des biocarburants tire vers le haut les prix du maïs, du soja et du blé, les terres cultivables deviennent rares et l'eau est elle-aussi menacée, a déclaré M. Brabeck, estimant que pour produire un litre de bioéthanol il faut 4.000 litres d'eau.

Ces prises de position vont à l'encontre des politiques conduites depuis plusieurs années par une cinquantaine de pays -parmi lesquels on compte les Etats-Unis, la Chine et le Brésil- et l'Union européenne. Celle-ci a notamment fixé un objectif contraignant de production de 10 % de l'ensemble du marché des carburants pour 2020, applicable à l'ensemble de l'UE.

Dans un contexte démographique qui rend nécessaire l'augmentation de 50% de la production alimentaire d'ici 2030, la compétition entre cultures alimentaires et énergétiques conduit pour l'heure à l'abandon des jachères en Europe, à la déforestation au Brésil (et à ses conséquences prévisibles sur les émissions de CO2), à une augmentation des dépenses en eau et à une pollution accrue des nappes phréatiques.

Sans doute ne faudrait-il pas tarder à réviser ces politiques inconsidérées.

18 mars 2008

Alan Greenspan voit-il la sortie de crise pour 2014 ?

Alan Greenspan, le prédécesseur de Ben Bernanke à la présidence de la Réserve Fédérale américaine, a déclaré hier dans le Financial Times que «l'actuelle crise financière aux Etats-Unis va être vraisemblablement jugée comme la plus grave depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale». «Elle prendra fin quand le prix des biens immobiliers se stabilisera et avec eux le prix des produits financiers adossés à des prêts hypothécaires», a estimé Greenspan, pour qui «cette crise laissera de nombreuses victimes».

Greenspan s'est fait une spécialité de ciseler la forme de ses interventions qui méritent toujours une lecture très attentive et un effort de décryptage : celle-ci indique la durée possible de la crise actuelle. De toute évidence, elle s'inscrit dans un cycle assez long.

Un bref rappel du déroulement de la dernière crise de l'immobilier en Amérique, puis en Europe et en France peut éclairer ses dires : le marché a commencé par cesser de grimper en 1990-91. Puis il s'est tari en 92-93 et le nombre des transactions a baissé jusqu'à la panne, accompagné d'une baisse modérée des prix (environ 10%).

Mi-1993 -on était alors en récession-, les vendeurs les plus pressés (ceux qui avaient besoin d'argent frais, ceux qui étaient endettés, collés...) ont commencé à accepter l'idée de vendre avec une plus-value amoindrie, sans plus-value ou à perte. Ce que voyant, les acheteurs (par crainte ou par malignité) ont jugé urgent d'attendre.

Les prix ont donc continué de baisser jusqu'en 1995-96. Et là, les premiers acheteurs ont commencé à se manifester, en finissant de tirer les prix vers le bas (de 25 à 70% au-dessous de ceux de 1990). C'est alors et alors seulement, que les prix des biens immobiliers se sont stabilisés. Fin 96 et en 97. Puis le marché est reparti à la hausse à partir de 98.

91-96 ou 97 : ça nous fait un cycle de 6 ou 7 ans.

Si l'on suit Alan Greenspan et si les réflexes des acheteurs et des vendeurs de l'immobilier ressemblent à ceux de leurs prédécesseurs, il faut donc s'attendre à ce que la crise actuelle dure jusque vers 2014.

Encore faut-il que le timing de la crise immobilière ne soit pas aggravé par la crise financière et la crise économique qui s'ensuivra.

En écho, Dominique Strauss-Kahn, le directeur général du Fonds monétaire international (FMI), a déclaré hier matin que la crise financière actuelle, «conjoncturelle» [ce qui est soit une erreur de jugement, soit un mensonge pieux], allait «durer assez longtemps» avec «de graves conséquences économiques».

17 mars 2008

CACastrophe

Cac40Depuis, son plus haut récent (6.168 points, le 1er juin 2007), le CAC 40 a perdu 28,2%, dont 3,51% aujourd'hui, à 4.431,04 points. depuis le 1er janvier, il a perdu  21%.

A propos, ayez une pensée reconnaissante pour les experts et les Ministres qui disaient de ne pas s'affoler et de ne pas vendre vers 5.500.

A voir le plus bas de 2003, on n'est pas rendus... Vendez et, avec le reste, achetez des bonbons pour les enfants. :)

PS : L'Euro est à 1,59 $. C'est quand, les soldes à New York ?

16 mars 2008

Dix jours du feuilleton du Bank Aid

Petit résumé des derniers épisodes :

Jeudi 6 mars 2008 - Ben Bernanke annonce que 200 petites banques américaines, pourtant peu engagées dans les crédits à risque, devraient faillir et défaillir au cours des deux prochaines années.

Mardi 11 mars 2008 - Plusieurs banques centrales (la Fed, la BCE, la Banque nationale Suisse, la Banque du Canada et la Banque d'Angleterre) agissent de manière concertée pour injecter des liquidités sur les marchés.

La Réserve Fédérale Américaine créé une nouvelle procédure lui permettant de prêter pour 28 jours jusqu'à 200 milliards de dollars de bons du Trésor à un groupe de grandes banques.

3_bilan_fed En garantie de ce prêt qui représente près du tiers de ses avoirs en bons du Trésor (713 milliards de dollars, agrandir l'état ci-contre), la Fed accepte des titres douteux. De fait, elle devient à son tour réhausseur de crédit.

A une semaine de la publication des résultats trimestriels des banques, elle leur évite ainsi de publier de nouvelles dépréciations d'actifs et écarte pour un trimestre le risque de panique et d'effondrement des marchés. Gagner du temps...

Mercredi 12 mars 2008 - Les Bourses sont très con... tentes et bondissent de joie, sans doute aidées par des achats massifs d'institutionnels. L'effet euphorisant de l'action des banques centrales ne durera pourtant pas plus de 24 heures. En effet...

Jeudi 13 mars 2008 - Les Bourses sont con... sternées par l'annonce de la probable faillite du fonds d'investissement américain Carlyle Capital Corporation, après un défaut sur près de 17 milliards de dollars de dette.

“Ce qui arrive à CCC fait craindre à beaucoup que d'autres institutions puissent s'effondrer car la crise mondiale du crédit est loin d'être terminée“
, a commenté le vice-président de la maison de courtage South China Securities.

Tandis que les Bourses plongent, d'autres battent de nouveaux records : l'once d'or passe le cap de 1.000 dollars, l'Euro dépasse les 1,56 $, le pétrole se hisse à 111 $ le baril.

Ce même jour, l'administration Bush se mobilise : tout le monde est sur le pont. Henry Paulson, Secrétaire américain au trésor présente une réforme de la réglementation financière, dont l'objet est d'éviter, à l'avenir, une nouvelle crise des subprimes. Trop tard pour la crise actuelle. Sans doute trop tôt pour éviter la suivante.

George W. Bush, bien connu pour la clarté de sa vision et son sens de l'anticipation, reconnait la gravité de la crise et ajoute : “Il faut laisser le temps aux marchés de se corriger d'eux-mêmes.“  Les marchés, parfaitement rassurés, plongent de nouveau.

Vendredi 14 mars 2008 - Les Bourses sont con... sumées d'inquiétude et poursuivent leur baisse de plus belle, à l'annonce de l'intervention conjointe de La Réserve Fédérale de New York et la Banque JPMorgan Chase & Co. qui apportent des fonds d'urgence à la banque d'investissement Bear Stearns Cos., en grande difficulté.

On en est là. De toute évidence, la crise des subprimes, dont les effets les plus ravageurs commencent seulement à affecter les banques directement concernées, a été la mèche conjoncturelle d'une crise beaucoup plus structurelle qui affecte désormais l'ensemble du secteur financier, l'économie américaine et, par voie de conséquence, mondiale.

L'intervention massive et désormais multiforme (baisse des taux, prêts à des banques en quasi-faillite...) des autorités financières les place désormais en première ligne, en sauveteurs de dernier recours de marchés devenus fous et jusque là partisans de l'autonomie la plus grande. Mais, du coup, cette intervention met désormais ces mêmes autorités en danger. Et nous avec.

Les prochains épisodes du feuilleton ne manqueront pas de le démontrer...

... Mardi 19 mars 2008 - Lehman Brothers (classée par Fortune, en 2007, "Most Admired Securities Firm"), qui a obtenu vendredi 14, un un ballon d'air frais de 2 milliards de dollars de la part d'une quarantaine de grandes banques, publie ses résultats trimestriels.

Ben Bernanke annonce une nouvelle baisse, sans doute spectaculaire, des taux américains. Le dollar continue de baisser face à l'Euro. Le pétrole se porte bien. L'Or aussi. De nouvelles banques appellent au secours. L'économie souffre. Les prix montent. Les gens morflent...

PS du lundi matin : la réalité dépasse toujours la fiction (ou l'affliction).

Hier soir dimanche, la Fed a baissé en urgence son taux directeur de 0,25% (ce qui nous amène à 3 %), tandis que JPMorgan rachetait la banque Bear Stearns pour une bouchée de pain, au prix de 2 $ l'action (elle cotait encore 30 $ vendredi et 60$ mercredi). C'est ça qui est bien dans les crises : ça réveille les corbeaux. Avec des taux qui vont bientôt être nuls et des boites vendables au trentième de leur valeur passée, on va bientôt tous pouvoir racheter des banques en se faisant payer :))

Evidemment, les Bourses sont  con...fites (ou déconfites) de peur et replongent sévèrement.

13 mars 2008

The Big One se rapproche...

Le fonds d'investissement américain Carlyle Capital Corporation a annoncé ce matin sa probable faillite après avoir fait défaut sur près de 17 milliards de dollars de dette.

Le fonds, introduit en Bourse en juillet dernier par le puissant groupe Carlyle, avait investi massivement et presque exclusivement dans des titres adossés à des prêts immobiliers américains. Bien qu'il ne s'agisse pas de prêts à risque, dits "subprime", la conjonction de la baisse du prix des actifs et de la hausse du coût de la dette consécutive à la crise du "subprime" ont bousculé le modèle de ces fonds et leur valeur a récemment chuté.

Ces investissements ayant été très largement financés par de l'endettement, CCC empruntant, comme d'autres fonds, à hauteur d'environ vingt fois ses capitaux propres, la conjonction de la baisse du prix des actifs et de la hausse du coût de la dette consécutive à la crise du "subprime" ont bousculé le modèle de ces fonds et leur valeur a récemment chuté de manière aussi démultipliée que leur hausse était spéculative.

La nouvelle a contribué à faire chuter fortement ce matin les cours des actions en Asie et en Europe. “Ce qui arrive à CCC fait craindre à beaucoup que d'autres institutions puissent s'effondrer car la crise mondiale du crédit est loin d'être terminée“, a commenté le vice-président de la maison de courtage South China Securities.

La faillite de CCC et les difficultés des célèbres fonds Blackstone et KKR illustrent la nouvelle aggravation de la crise financière, liée à la détérioration du marché immobilier américain, qui ne touche désormais plus seulement les titres "subprime", mais l'ensemble de la communauté financière, comme on le notait ici précédemment.

Décidément l'effet des dernières décisions des banques centrales n'aura duré que 24 heures. The Big One se rapproche...

Et encore, peu d'analystes ont déjà compris que la dernière manip de Bernanke était super dangereuse, y compris pour l'Etat américain qui, pour sauver les établissements financiers ou seulement pour gagner un peu de temps, gage près d'un tiers des bons du Trésor US qu'il détient  (200 sur 713 milliards de dollars) sur des garanties par définition peu fiables.

D'ici que plus personne (ou plus d'Etat) ne veuille acheter des bons du Trésor américain...

12 mars 2008

Le déficit américain se porte bien

Lu dans Le Monde, sous le titre optimiste “Première en six ans, le déficit commercial américain s'est réduit en 2007“ : “Pour la première fois en six ans, la balance commerciale américaine a réduit ses déséquilibres en 2007, s'établissant à 711,6 milliards de dollars (486,5 milliards d'euros). En 2006, le déficit atteignait 758,5 milliards de dollars.“

Il faut relativiser cet optimisme.

Tout d'abord, si le déficit américain s'est effectivement réduit de 6,2% en 2007, il ne fait que retrouver les niveaux de 2005 (717 milliards), loin encore des 617,7 Mds $ de 2004 et des 496,5 Mds $ de 2003  (je me permets de recommander la lecture de ces deux posts en lien, vieux d'un an, mais pas très démodés:).

Il faut noter ensuite que la baisse du déficit commercial US en 2007 n'est pas imputable à une diminution des dépenses des Etats-Unis et, plus largement, du train de vie américain, donc à un effort d'économie ou de vertu.

Pour preuve, la poursuite de la dégradation du commerce avec la Chine (+ 10,2 %, au niveau record de 256,3 milliards de dollars), grande pourvoyeuse de produits de consommation à bas prix allant des jouets au textile, ou à l'électronique grand public. La Chine représente désormais près d'un tiers du déficit commercial US, au grand dam des Américains, qui jugent la monnaie chinoise, le yuan, sous-évaluée.

La baisse du déficit commercial US en 2007  n'est imputable qu'à la baisse du dollar, qui certes renchérit les importations de matières premières et de pétrole, mais facilite grandement les exportations de produits finis à forte valeur ajoutée : “+ 12,2 %, à 1 621,8 milliards de dollars, soit 1 109 milliards d'euros, tandis que les importations progressaient plus modérément (+ 5,9 %, à 2 333,4 milliards de dollars, soit 1 595,7 milliards d'euros). Les Américains ont exporté plus de fournitures industrielles, plus d'avions grâce à Boeing, et plus d'automobiles.“

On ajoutera que le montant du déficit commercial des Etats-Unis représente grosso-modo un tiers du PIB français ou plus que l'intégralité du PIB australien : en d'autres termes, tous les trois ans, les Etats-Unis s'endettent auprès du reste du monde de l'équivalent d'un an de PIB de la France.

Les Etats-Unis ont toujours affirmé que le standard de vie des américains ne se négocie pas. Au vu des récents arbitrages des pays créditeurs (Chine en tête) et de leurs fonds souverains, on peut se demander si le financement de l'endettement cumulé des Etats-Unis et le niveau de vie des américains ne finira pas rapidement par devenir négociable.

L'action concertée des banques centrales pour financer la Finance

Hier, plusieurs banques centrales (la Fed, la BCE, la Banque nationale Suisse, la Banque du Canada et la Banque d'Angleterre) ont enfin agi de manière concertée pour injecter des liquidités sur les marchés. La Réserve Fédérale Américaine a même créé une nouvelle procédure qui va lui permettre de prêter jusqu'à 200 milliards de dollars de titres du Trésor à un groupe de grandes banques.

Il y a toujours au moins deux manières de voir les choses. La première, optimiste, est illustrée par la réaction des Bourses américaines qui se sont envolées (+3.55% pour le Dow Jones, +3,98% pour le Nasdaq) à cette nouvelle.

La seconde, moins optimiste, consiste à penser que cette réaction forte et concertée des banques centrales  indique que la crise financière est aigue et loin d'être circonscrite.

“La Fed veut inciter les banques, qui ont fermé le robinet du crédit, à prêter de l'argent aux emprunteurs fiables tels les fonds d'investissement“, a commenté Marc Pado, analyste au cabinet Cantor Fitzgerald.

Vous lisez bien, il ne s'agit pas de desserrer le crédit pour les entreprises ou les particuliers, mais pour les fonds d'investissement.

C'est que ceux-ci, après les établissements de crédit spécialisés dans les prêts immobiliers, après ceux spécialisés dans les prêts hypothécaires, après les banques, après les réhausseurs de crédit, commencent, comme l'ensemble de la filière financière, a être touchés par les conséquences de la crise des subprimes et des produits financiers à risques. 

Le besoin de liquidités est abyssal, non pour financer directement l'activité économique, mais pour financer la finance et compenser ou camouffler ses errements des dernières années.

L'intervention des banques centrales, qui cherche à sauver la mise des établissements financiers plutôt qu'à réformer leur fonctionnement, sera suivie d'autres et, notamment, de nouvelles baisses des taux aux Etats-Unis.

Compte tenu de l'ampleur des pertes en jeu, cela ne sera probablement pas suffisant pour éviter un credit-crunch et la crise économique profonde qui en sera la conséquence.

PS : Aureliano Buendia signale cette dépèche qui explique un peu plus l'action des banques centrales. Je cite : “The plan basically allows Wall Street's biggest institutions to put up troubled assets as collateral for loans, use the new capital to make money in the market, and then pay back the loan up to 28 days later.

“Though eventually banks would be forced to take the troubled mortgage-backed debt back on their books, the plan still takes short-term pressure off them. Many of these banks will release first-quarter earnings reports next week.“

En français, ça peut vouloir dire très simplement que la Fed accepte de prendre des titres douteux en garantie de l'argent qu'elle va prêter aux banques pour 28 jours. De fait, elle devient à son tour réhausseur de crédit.

A une semaine de la publication des résultats trimestriels des banques, elle leur évite ainsi de publier de nouvelles dépréciations d'actifs et écarte pour un trimestre le risque de panique et d'effondrement des marchés.

Ce jeu de bonneteau lamentable à 200 milliards est en réalité plus inquiétant que rassurant.

Pour l'heure quelques 150 milliards de dépréciations d'actif ont été rendus publics par les banques. Si vous ajoutez cette mise à disposition de 200 milliards supplémentaires, on est proche des 400 milliards de pertes escomptés par le FMI. Mais on est encore loin des 2.000 milliards annoncés à l'automne par Goldman Sachs. Ce qui promet de nombreuses galipettes à venir du magicien Ben Bernanke.

07 mars 2008

La finance mondiale serre les fesses

Rien n'y fait, la crise financière et économique suit son cours, inexorablement. Les indices baissiers succèdent aux indices pessimistes, les mauvaises nouvelles aux nouvelles médiocres.

Hier, on (Ben Bernanke) annonçait que 200 petites banques américaines, pourtant peu engagées dans les crédits à risque, devraient faillir et défaillir au cours des deux prochaines années.

Les réhausseurs de crédit, Ambac, MBIA ou CIFG, voient leurs cours s'enfoncer et leurs notes être abaissées. Hier, l'action du spécialiste du crédit immobilier Thornburg Mortgage a dévissé de plus de 51,47% à 1,65 dollar après l'annonce de son défaut sur plusieurs accords de prêts importants.

Carlyle Capital Corporation (CCC), filiale cotée du fonds de capital investissement Carlyle Group , a terminé la séance de jeudi à 5 dollars en Bourse d'Amsterdam contre 11,5 $ le matin, après avoir annoncé qu'il n'avait pu faire face à des appels de marge et avait reçu une notification de défaut. “Il y a eu ces derniers jours une grave et rapide détérioration du marché des RMBS (valeurs mobilières adossées à des créances hypothécaires sur l'immobilier résidentiel) émises ar des organismes publics américains notés AAA“, explique CCC dans un communiqué ce matin.

Merrill Lynch a dévissé de 7,09% après avoir annoncé modifier les termes d'une émission d'obligations à taux variable convertibles, décision qui a attisé les craintes des investisseurs sur l'état de la demande pour les titres.

Partout, les organismes financiers (banques, réhausseurs de crédits, fonds d'investissement...) cherchent des liquidités, avec de plus en plus de difficultés pour en trouver. La perspective d'un credit-crunch se rapproche à grands pas.

De ce point de vue, la politique de la BCE, qui maintient ses taux inchangés à 4%, est beaucoup plus fine que celle de la Fed, qui a baissé les siens à plusieurs reprises pour atténuer les premiers effets de la crise, se défaussant ainsi d'une arme qui sera bien utile dans les mois qui viennent.

Tandis qu'une étude révélait hier que, pour la première fois depuis 1945, “le patrimoine des propriétaires immobilier est inférieur à leur endettement (je la refais : au global, les gens qui sont propriétaires aux US doivent plus de thunes que la valeur de leur logement)“, les saisies et le taux de saisies sur les prêts hypothécaires aux Etats-Unis ont atteint un niveau record au quatrième trimestre aux Etats-Unis, selon les données publiées jeudi par la Mortgage Bankers Association. Le taux de défaut sur les prêts hypothécaire est ressorti à 5,82%, au plus haut depuis 1985.

Parallèlement, la valeur du dollar dérive consciencieusement vers des plus bas par rapport aux autres monnaies et flirte maintenant avec les 1,55 pour 1 Euro. De nombreux analystes sont maintenant convaincus que cette baisse devrait se poursuivre, jusqu'à 1,7, 1,8 $ ou même 2$ pour un Euro.

Les matières premières, elles, flambent et le pétrole est monté jusqu'à 106 $, renforçant les tensions inflationnistes.

Cet après-midi, les statistiques de l'emploi US devraient confirmer le ralentissement de l'activité économique (add-on à 14h30 : - 63.000 contre + 25.000 attendus - ralentissement confirmé).

Et pendant ce temps-là, les autorités monétaires, financières et économiques des grands pays ne donnent pas signe de vouloir rebattre les cartes et de s'entendre pour imposer de nouvelles règles, plus contraignantes, à la finance mondiale.

La purge, puis la crise, ont donc de beaux jours devant elles.

Les ides de Mars et le mois d'avril seront agités. Le Dow Jones devrait revenir, dans les mois qui viennent, dans la zone des 10.000 points et le CAC, qu'on prévoyait ici, au tout début de l'année, autour des 4.500 points vers avril (ce qui est arrivé en fait quelques jours plus tard), devrait maintenant chuter nettement au-dessous des 4.000 points.

04 mars 2008

Un prêté pour un vendu

Les chefs d'entreprises, ça ne s'achète pas comme des actions“, dit Frédéric Saint-Geours, président de l'UIMM dans le Monde daté de demain.

A en voir certains, on finit cependant par penser que ça s'achète contre des actions et ça se vend comme des stock-options.

Carnets de nuit

  • Carnets de nuit, qu'est-ce c'est ? C'est le blog politique d'une voix libre, souvent moqueuse, parfois sérieuse, d’un amoureux et d'un citoyen du monde.

    Au fil des nuits, des jours, des humeurs et des urgences, vous y trouverez des coups de gueule sans pitié et des coups de chapeau sans frontières.

    Vous y trouverez également des informations peu répandues ou non mises en perspective sur les médias traditionnels, des éléments d’analyse politique, sous-tendus par une conviction simple : ce monde est trop beau pour qu’on accepte, sans sourciller, qu’il se fasse tant de mal.

    Vous y trouverez enfin, au-delà de la critique, des propositions citoyennes, soucieuses du long terme, pour changer le monde. S’il veut. Ou, plutôt, si VOUS le voulez.

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