02 mai 2008

Crise financière : plus dure sera la chute

Avant-hier, Ben Bernanke a baissé le taux directeur de la Réserve Fédérale américaine de 2,25 à 2%. Cette septième baisse, en l'espace de sept mois, l'amène à son plus bas niveau depuis décembre 2004.  Il est probable qu'elle marque la fin d'un cycle baissier.

Elle a, comme les baisses précédentes, un objectif simple : rendre l'argent moins cher, faciliter sa circulation et, par là, relancer l'activité économique.  Mais, comme les baisses antérieures, qui n'ont d'ailleurs pas eu les effets escomptés sur l'économie américaine, elle porte plusieurs conséquences importantes :

- moins rémunérateur, l'investissement en dollars est de moins en moins intéressant pour les opérateurs étrangers, tentés par des investissements dans d'autres monnaies (l'Euro est rémunéré au taux de 4%) ou dans d'autres véhicules (l'intérêt des chinois ou des indiens est désormais d'investir dans les matières premières nécessaires à leur croissance et dans les régions -l'Afrique notamment- qui peuvent les leur fournir ou constituer des espaces de “colonisation“ futures),

- la valeur du dollar par rapport à d'autres monnaies et, principalement, face à l'Euro, devrait continuer de baisser (avec des pauses, comme c'est le cas ces jours-ci). Certains économistes le voient descendre jusqu'à 1,7€ ou même 2€ dans un proche avenir, ce qui ne sera pas favorable aux exportations européennes, donc à l'activité dans la zone Euro,

- l'abyssale dette américaine, libellée en dollars, s'en trouvera mécaniquement diminuée. Mais cela signifie également que les créanciers étrangers des Etats-Unis -japonais, chinois, arabes, mais aussi, quoique dans une moindre mesure, européens- voient leurs avoirs et leur épargne en Bons du Trésor américain perdre de la valeur. En clair, ils se retrouvent dans la situation de s'être apauvris en finançant à perte, depuis des années,  le train de vie des Etats-Unis.

A ce stade de la crise financière, qui a débuté en août dernier, les autorités monétaires américaines ont nationalisé les pertes du système bancaire (si jaloux de sa liberté quand il s'agit de préserver ses bénéfices), c'est-à-dire qu'elles les font peser sur les contribuables, sans espoir de retour. Dans le même temps, en laissant filer le dollar, les Etats-Unis font peser sur le reste du monde le poids de leurs dettes.

Tout va donc pour le mieux dans le meilleur des monde et les spécialistes, dont on a déjà apprécié la hauteur de vue et la rigueur d'analyse, veulent nous faire croire, depuis quelques jours, que la crise financière touche à sa fin, sans que rien n'aie été réellement fait pour en corriger ou en réguler les causes. Plus dure sera la chute.










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30 avril 2008

Monsanto ou Mondiablo ?

La_vie_selon_monsanto

Vision hier, en DVD (édité par Arte Vidéo), de l'impressionnant documentaire “Le monde selon Monsanto“, de Marie-Monique Robin, récemment diffusé sur Arte.

Je ne saurais trop en recommander la vision, tant il est passionnant, à deux titres au moins.

Techniquement, il l'est sur les dangers nombreux que fait peser  une grande partie de l'activité de Monsanto sur la santé des hommes, sur l'économie de l'agriculture (surtout dans les pays émergeants) et sur l'environnement.

Techniquement, il l'est également sur les pratiques d'une société commerciale qui, pour préserver son activité et ses profits, utilise un arsenal impressionnant (analyses faussement scientifiques, mensonges, faux témoignages, discrédit, voire destruction des adversaires, corruption, etc) et sur celles de son autorité de tutelle, qui semble plutôt être son autorité “sous tutelle“, la FDA (Food and Drugs Administration).

Moralement, il l'est plus encore, par les questions qu'il suscite : quelle étrange perversion conduit une entreprise (actionnaires, dirigeants, cadres, chercheurs, techniciens) à exercer tant de talent, à fédérer tant de savoirs-faire et d'expertises, pour mener une activité in fine aussi contestable, détestable et néfaste ?

Et par quelle faiblesse de l'esprit public, aux Etats-Unis et ailleurs, trouve-t-elle des alliés puissants et n'est-elle pas mise en demeure de faire évoluer ses pratiques et ses objectifs ?

24 avril 2008

Le court terme, meilleur ennemi du long terme

Les “émeutes de la faim“, en Amérique latine, en Afrique et en Asie, ont mis en lumière un drame qui, selon, Josette Sheeran, directrice exécutive du PAM (Programme Alimentaire Mondial), “aux 854 millions de personnes souffrant de la faim que comptait le FAO (Food and Agriculture Organization, agence de l'ONU) en 2007, s'ajoutent les cent millions de personnes en Afrique, en Asie du Sud-Est et en Amérique latine qui, au cours des six derniers mois d'inflation des cours agricoles, ont basculé dans la précarité.

Aussitôt, de bonnes âmes, ici et là, ont promis d'augmenter les aides d'urgence. Nicolas Sarkozy, par exemple, s'est engagé à doubler celles de la France, pour les porter à 60 millions d'Euros, la grande-Bretagne va débloquer 37 millions d'Euros supplémentaires, l'Union Européenne, 117 millions, les Etats-Unis, 125 millions.

En admettant même que ces annonces soient suivies d'effets concrets, elles seront loin de suffire à répondre aux urgences. Et, surtout, elles sont sans conséquences sur les causes structurelles de la crise actuelle.

La Banque Mondiale, qui a largement participé à déséquilibrer les agricultures des pays en développement (en favorisant une sorte de division mondiale du travail agricole et en les orientant, à tort, vers de la culture d'exportation plutôt que vers de la culture vivrière de proximité), le FMI et l'OMC, commencent à pointer les causes profondes du drame alimentaire.

Reste à savoir si les généreux donateurs en comprendront également les causes et en tireront les conséquences pour le long terme, notamment en changeant d'attitude dans les négociations de l'OMC où ils (principalement la France et les Etats-Unis) ont privilégié le court terme et les intérêts d'une minorité de grands agriculteurs, plutôt que le long terme et les intérêts d'une majorité d'hommes.

16 avril 2008

Le Grand Jacques, les jacqueries et la crise alimentaire

H_9_ill_866548_chirac2 Jacques Chirac signe aujourd'hui, dans Le Monde, une tribune intitulée “Crise alimentaire : des solutions existent“.

Le texte souligne avec vigueur la gravité de la situation actuelle : “Afrique, Asie, Amérique latine, Caraïbes  :  la carte des "émeutes de la faim" s'étend chaque jour. Le monde est confronté au spectre des grandes famines alors même qu'il traverse une crise financière dangereuse. La cohésion, si délicate, de la communauté internationale est doublement menacée. Je le dis solennellement : cette conjonction des périls fait courir au monde un risque sans précédent...

“... Les ingrédients d'une crise majeure sont réunis et la situation peut se dégrader très vite.

Va pour le constat. On est moins convaincu par les solutions proposées. Non qu'elles soient mauvaises en soi, mais parce qu'elles contredisent une bonne partie de son action passée (voir aussi ce post de décembre 2005).

En effet, elles étonnent, venant d'un homme qui, pour défendre une partie sensible de son fonds de commerce -les agriculteurs français-, a contribué, il y a moins de deux ans, au blocage des négociations de l'OMC sur l'agriculture.

L'un des enjeux de ces négociation était justement de faire en sorte que les grands pays producteurs -dont la France- cessent au plus vite d'inonder les pays en développement de leurs surplus agricoles à bas prix, subventionnés au point d'être moins élevés que les coûts de production locaux (notamment africains) et de décourager ou de ruiner les petits agriculteurs des pays en développement, de les pousser à quitter leurs campagnes et d'aller grossir le flot des populations des bidonvilles péri-urbains.

Dans cette circonstance, la France a joué la carte de l'égoïsme le plus étroit, en contribuant activement à repousser jusqu'en 2013 la diminution ou la fin des subventions agricoles des grands pays à l'export.

L'urgence, aujourd'hui, n'est pas de débloquer en panique des fonds pour colmater les estomacs vides. Elle est de retrouver, au plus vite, la vérité des prix des produits agricoles, quitte à rétablir -ô horreur- des barrières douanières qui protègeront les producteurs des pays en développement. Elle est d'encourager ces pays à trouver ou à retrouver leur “souveraineté alimentaire“, plutôt que de les pousser, comme l'ont fait les grandes institutions internationales, à produire pour l'exportation.

Elle est de réglementer sévèrement et d'interdire, au niveau international, la spéculation financière sur les cours des produits agricoles. Elle est effectivement de calmer l'engouement pour les cultures non-vivrières (bio-carburants , si peu bios qu'on ferait d'ailleurs mieux de renommer agro-carburants)...

Pour le reste, Jacques Chirac a raison. Que n'a-t-il eu raison plus tôt ou, plutôt, comme le note Mirza, en commentaire ci-dessous, “à l'époque où il pouvait y faire quelque chose “?

11 avril 2008

1.000 milliards de dollars... pour le moment.

Financial_times L'un des plaisirs de l'information et de la statistique, c'est leur poésie. Les chiffres, supposés être des données froides, objectives, sont souvent chargés d'une fantaisie qui serait réjouissante, si elle n'était pas souvent le fruit de l'incompétence et d'une volonté manipulatoire.

Prenez les plus grands esprits de l'économie et de la finance internationale. Vous vous dites qu'il y a là des gens costumés de sombre, cravatés avec un rien de fantaisie, chargés de diplômes, de compétence et d'expérience. A priori, ils connaissent leur affaire, ils sont à la fois doués d'intuition et de rigueur, leur parole est nécessairement sobre, réfléchie et précise. Bref, vous pouvez leur accorder votre confiance.

Eh bien non.

Une preuve ? Le coût estimé de la crise financière actuelle : les pertes “officielles“, c'est-à-dire incluses dans leurs comptes par les banques internationales sont, à date, de l'ordre de 193 milliards de dollars (selon le Fonds Monétaire International, FMI en français, IMF en anglais). Ce qui est déjà conséquent.

Au début de la crise, le coût était évalué à quelques 100 milliards de dollars. Récemment encore, le FMI a évalué l'ensemble des pertes potentielles de la sphère financière à 400 milliards de dollars et, il y a quelques jours, Jean-Hervé Lorenzi, professeur à Paris-Dauphine, indiquait que la perte consécutive à la crise des subprimes “devrait nous conduire à un chiffre inférieur à 500 milliards de dollars.“

Avant-hier, le Financial Times titrait sur de nouvelles évaluations du FMI : en quelques semaines, le chiffre des pertes potentielles a plus que doublé, pour s'établir à 1.000 milliards de dollars ou, plus précisément, à 945 milliards de dollars. Encore ces chiffres sont-ils “basés sur les prix de marché à la mi-mars“, autant dire sur des prix de marché inférieurs, selon les places boursières, de 20% à 30% à ceux de leur plus hauts de juin dernier. Ramenés à ces prix d'avant-crise, on est assez proches de 1.300 milliards.

Si le coût de la crise des subprimes elle-même commence à être cerné (selon le FMI, les banques devraient encore faire ressortir quelques 80 milliards de dollars de pertes sur ce sujet), ses effets sur l'ensemble du secteur du crédit ne sont pas encore arrivés à maturation.

Dans ces conditions, l'évaluation des pertes potentielles de la sphère financière à 2.000 milliards de dollars, faite à l'automne dernier par un économiste de Goldman Sachs, demeure la plus vraisembable.

09 avril 2008

Les fonds fondent

H_4_fondsx1i1Le Monde publiait voici quelques jours ce schéma partiel sur l'origine des fonds souverains.

A en croire Le Canard enchainé de ce matin, ces évaluations sont antérieures à la baisse des cours des Bourses depuis août dernier.

En France, le fonds de réserve des retraites qui pesait 34,5 milliards (d'Euros selon Le Canard, de dollars selon Le Monde) aurait ainsi récemment fondu de plus de 10% pour s'établir, fin mars, à quelques 31,4 milliards.

Habituellement mieux inspirée, la CDC (Caisse des Dépôts et Consignations), qui gère ces fonds, a surinvesti en actions juste avant le retournement des marchés.

En outre, compte tenu de la baisse tendantielle du dollar, la valeur de l'ensemble des chiffres du tableau ci-dessus (exprimés en dollars, sauf erreur relevée ci-dessus), a dû baisser d'environ 15% en Euros, depuis juillet dernier (l'Euro valait environ 1,36 $ en juillet 2007, il est aujourd'hui coté 1,57 $).


Les “émeutes de la faim“

Un des arguments forts des ultra-libéraux était jusqu'ici que l'abaissement des barrières douanières, la dérégulation, la "rationalisation“ de l'agriculture dans les pays en développement, incluant la culture des OGM, garantissait, entre autres, la disparition des famines.

Les “émeutes de la faim“, en Afrique (et, dernièrement, en Egypte), en Amérique latine et en Asie, prouvent malheureusement que les choses ne sont pas si simples.

Techniquement, six phénomènes se conjuguent et s'additionnent pour aboutir à une situation dont on commence seulement à percevoir les conséquences :

1- augmentation de la population globale (6 milliards en octobre 1999, 6,6 milliards mi-2007),

2- émigration massive des populations rurales en Afrique, en Amérique latine et en Asie. Pour deux raisons :
les ventes massives de surplus occidentaux à des coûts inférieurs à ceux de la production des pays en développement, conjuguées aux coûts en augmentation de l'agriculture “rationnalisée“ (semis, engrais, chimie, machines agricoles) découragent les paysans, jusque là auto-suffisants, et les contraignent à quitter les campagnes pour s'échouer dans des zones urbaines,

3- diminution des surfaces dédiées aux cultures vivrières au profit des cultures d'agro-carburants,

4- évolution des habitudes alimentaires dans les pays en développement (plus de viande consommée = plus de nourriture vivrière pour les animaux, donc moins de surfaces agricoles consacrées au riz, au blé) ,

5- dérèglements climatiques,

6- conséquence de ce qui précède : augmentation spectaculaire des coûts des matières premières agricoles (riz, blé, etc) et des produits alimentaires, qui pèse sur la survie des uns et le pouvoir d'achat des autres.

Voila bien un sujet qui mériterait l'intérêt prioritaire et la flamme des tenants “des droits de l'homme“.

03 avril 2008

Nos fiches-recettes : comment jeter 2 années de PIB de la France à la poubelle

Prenez une bonne guerre néo-coloniale, d'un côté et, de l'autre, de bons financiers bien gourmands et inventifs. Laissez faire, laissez aller, comme le veut la doctrine libérale,  et vous obtenez un résultat spectaculaire en termes d'argent, sans compter, bien sûr, les progrès humains et environnementaux qui vont avec...

Selon le Financial Times, le PIB 2006 de la France représente 1.792 milliards d'euros (2.777 milliards de dollar, au taux de 1,55 $ pour 1 €). L'appréciation de l'Euro permet à la France de repasser au 5e rang mondial, devant la Grande-Bretagne (1.721 milliards d'euros).

Selon Joseph Stiglitz, Prix Nobel d'économie, et Linda Bilmes, professeur à Harvard, spécialiste des questions budgétaires, estiment qu'elle que la guerre en Irak a déjà coûté 3.000 milliards de dollars (soit 1.935 milliards d'Euros) aux Etats-Unis, dans un livre, paru le 3 mars dernier, intitulé The Three Trillion Dollar War :  The True Cost of the Iraq Conflict.

Ce qui nous fait donc un coût égal à 13 mois du total de l'activité en France. Pas mal !

Selon le FMI, les pertes directes liées à la crise des subprimes se montent à 400 milliards de dollars ; selon Jean-Hervé Lorenzi, professeur à Paris-Dauphine, “ceci devrait nous conduire à un chiffre inférieur à 500 milliards de dollars.

La difficulté aujourd'hui, c'est qu'il n'y a pas de produit
subprime pur. Il y a des produits très complexes, mélangeant toute une série de produits de crédit, allant des crédits associés aux cartes de crédit, en passant par les crédit automobiles, jusqu'aux différentes catégories de crédits immobiliers.

C'est cet ensemble-là de créances qui, aujourd'hui, fait l'objet d'une suspicion largement injuste, et dont le montant, lui, est à la fois inconnu et très important.“

Selon Goldman Sachs, les pertes totales de cet ensemble pour la sphère financière devraient être de l'ordre de 2.000 milliards de dollars. Pas loin d'un an de PIB de la France.

Si l'on retient ce dernier chiffre et celui de Stiglitz, ça fait deux années de PIB de la France jetées par les fenêtres en moins de 5 ans.

Ajoutez deux doigts d'Afghanistan, assaisonnez à votre goût (une bonne dose de gâchis environnemental, une menace d'intervention en Iran, etc), et dégustez sans modération. C'est très fin, ça se mange sans faim.

02 avril 2008

A quoi pourrait ressembler un nouvel indicateur de progrès ?

Le 8 janvier dernier, Nicolas Sarkozy a demandé à Joseph Stiglitz et à Armatya Sen, tous deux Prix Nobel d’économie, de "réfléchir à changer les instruments de mesure de la croissance". A quoi pourrait ressembler ce nouvel indicateur ?

Un indicateur (le taux de croissance, le PIB ou tout autre), même s’il est quantitatif, n’est jamais seulement comptable. En admettant même qu'il soit sincère (ce dont on peut parfois douter), il est éminemment idéologique : il est la traduction chiffrée des connaissances, des préoccupations, des priorités, des objectifs, des besoins, des pratiques sociales, des silences d’une société ou de ceux qui la dirigent.

La question posée à la Commission Stiglitz mériterait donc d’abord d’être posée en d’autres termes, correspondant à nos objectifs actuels : nous avons moins besoin aujourd’hui de mesurer la croissance quantitative de nos économies que de nous doter d’instruments de mesure du progrès réel ou de l’évolution globale de nos sociétés.

A ce titre, un nouvel indicateur ne peut se contenter aujourd'hui de comptabiliser la somme des valeurs ajoutées, au sens où on l'entendait jusque là.

Un exemple ? L'utilisation d'une matière première non renouvelable contribue à créer de la valeur ajoutée, mais elle est responsable d'émissions de CO2 (du fait de son transport, de son utilisation, de ses déchets) et elle appauvrit le patrimoine disponible pour les générations futures. Ces deux impacts négatifs ont un coût : il est jusqu'ici ignoré dans le calcul des indices.

Un autre exemple ? On compte la valeur ajoutée comptable du travail d'un enseignant. Pas celle des effets positifs pour la société d'une élévation du niveau culturel d'une génération.

A l'inverse, on compte en positif le coût de l'activité des services de sécurité (systèmes de surveillance, police ou armée), mais pas leurs effets qui peuvent être négatifs (l'occupation US de l'Irak génère un accroissement important du PIB américain, mais il est moins sûr que les 200.000 à 1 million de morts civils irakien constituent un réel  facteur de progrès pour l'humanité).

Un troisième exemple ? Une société génératrice d'égalité (dans les salaires, les traitements, l'éducation, etc) vaut-elle plus ou moins qu'une société génératrice d'inégalités ? Une société génératrice de libertés vaut-elle plus ou moins qu'une société génératrice de contraintes ? Et comment quantifier cela ?

C'est sur ce type de principes et de réflexions que doivent réfléchir les experts de la commission Stiglitz. C'est le qualitatif qu'il s'agit de quantifier.

Vaste programme qui  implique la définition de nos objectifs collectifs. Elle ne peut être abandonnée aux seuls spécialistes. Elle concerne chacun de nous. On y reviendra donc.

PS - On lira avec profit sur ce sujet, ce post de Casabaldi et, pour mémoire, celui-ci.

29 mars 2008

Déficits publics : c'est pas moi, c'est l'autre

L'INSEE, qui a confirmé hier le taux de croissance français de l'an passé (1,9%) a, par ailleurs, indiqué que la dette s'est creusée de 60 milliards : elle représente 64,2% du PIB et atteint 1.209,5 milliards d'Euros (soit 18.759,75 Euros pour chacun des 64 473 140 français).

L'INSEE a également révisé les chiffres des déficits publics pour 2007 : avec 50,6 milliards d'Euros, en augmentation de 7,3 milliards d'Euros sur les prévisions, ils passent ainsi de 2,4% à 2,7% du PIB.

Les comptes publics incluent trois domaines : le budget de l'Etat (41,8 milliards d'Euros), ceux des collectivités territoriales (régions, départements, communes, en déficit de 7,2 milliards) et celui de la sécurité sociale (en déficit de 1,6 milliards, deux fois moins qu'en 2006).

Aussitôt, on nous a expliqué que l'augmentation de ces déficits étaiet principalement due aux collectivités territoriales, comme par hasard majoritairement gérées par des socialistes.

Celles-ci n'ont pas tardé à répliquer, qu'elles soient de gauche ou de droite. Le dérapage des dépenses des collectivités territoriales “s'explique uniquement par les transferts de compétences décidés par l'Etat“, non entièrement financés. 

Exemple : l'Etat transfère aux collectivités territoriales les transports régionaux, les routes ou autres. L'année du transfert, il apporte 100% du financement. Tout va bien. En année 2, les coûts de ces prestations (salaires, entretien des matériels, sous-traitance, etc) augmentent : trop tard, l'Etat n'est plus responsable. Il laisse donc les collectivités se débrouiller avec les surcoûts.

Sur plusieurs années, le financement de ces surcoûts devient sportif. Dixit un maire UMP, cité par Libération : “On récupère des compétences, on doit gérer le social, les emplois aidés se font rares. Tenir les comptes, ça devient acrobatique.“

PS : Hasards du calendrier, selon les experts de la banque Goldman Sachs, le déficit du budget fédéral américain devrait dépasser 500 milliards de dollars (315 milliards d'euros) pour l'année fiscale prenant fin en septembre 2008, soit bien au-dessus des 410 milliards de dollars prévus au mois de février.

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