11 octobre 2008

Des dirigeants politiques mal placés pour rétablir la confiance

Depuis des mois, en fait depuis presque un an, les Banques Centrales font ce qu'elles peuvent pour calmer la tempête financière révélée en août 2007 : au fur et à mesure que se développaient les dégâts causés par les subprimes et leur titrisation, elles ont appliqué avec constance et détermination des recettes connues (et qu'on avait ignorées en 1929) : baisse des taux aux Etats-Unis et injection massive de liquidités pour parer au credit crunch.

Pendant des mois, les autorités politiques -en France, en Europe, aux Etats-Unis et ailleurs- ont été absentes, muettes ou mensongères, en tout cas inopérantes et sans doute contre-productives. Dans chaque pays, pour des raisons de politique intérieure, elles ont nié, évité, minoré, considéré comme réglée, une crise dont on a peine à croire qu'elles n'en percevaient ni l'ampleur, ni les conséquences possibles.

Il y a trois semaines, lorsqu'il est apparu que les cinq plus grandes banques d'affaires américaines étaient en faillite ou en grande difficulté, rejointes par AIG (premier assureur américain) et que, dans le même temps, commençaient à tomber des indicateurs économiques réellement inquiétants (baisse de l'activité économique, montée du chômage, etc), tout le monde s'est réveillé.

Au plus mauvais moment, à quelques semaines de l'élection présidentielle américaine, c'est-à-dire au début de la séquence où, pour quelques mois (le temps de l'élection et celui de l'installation d'une nouvelle administration), il n'y a plus vraiment de direction dans le pays-clé de la crise.

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En quelques heures, à partir du 15 septembre, tous les dirigeants du monde se lèvent comme un seul homme. En ordre dispersé, bien sûr.

Tandis que ses confrères font sans doute pareil dans leur coin, Nicolas Sarkozy donne de la trompette et du tam-tam à l'ONU, le 23 septembre, puis à Toulon, le 25.

Beaux discours : en substance, ça va mal, c'est grave, très grave, parce qu'il y a méchants qui ont dévissé quelques boulons et font rudement tanguer l'avion. D'ailleurs, on va les retrouver et on n'hésitera pas à les balancer dans le vide, sans siège éjectable, ni parachute doré. Mais, l'avion est bon, il y a un pilote qui tient fermement les manettes, donc rien à craindre. Fermez les écoutilles, serrez-vous la ceinture. Ouf !

Pendant les péroraisons, la crise continue. La grippe financière ne connaissant pas plus de frontières que la grippe aviaire, et le pire n'étant jamais le moins sûr, la contagion s'étend.

Elle est portée par deux facteurs aggravants : d'un côté, le Plan de sauvetage de 700 à 1.000 milliards de dollars, concocté par le Secrétaire au Trésor américain, est d'abord repoussé par les députés puis, finalement adopté, ne rétablit pas la confiance ; de l'autre, plusieurs banques européennes (Fortis, Dexia, Royal Bank of Scotland, Hypo Real estate, etc) commencent à être mises à mal. Sans compter un Etat, l'Islande, quasiment mis en faillite. Du coup, financiers, boursiers et gouvernants s'affolent.

Les Bourses dévissent et s'ensuit le krach de la semaine passée.

Du côté des gouvernants, on discourt en continu à la télé comme le ferait un sauveteur pour maintenir un mourant en éveil -dire tout et n'importe quoi, l'essentiel étant de parler- et, du bord du gouffre, on convoque à la hâte des sommets : les G4 succèdent aux G7, précédés par des “j'ai tout compris“, “j'ai convoqué l'Euro-groupe“ et “j'ai décidé de garantir jusqu'au dernier sou“, G8, G12, G20. Touché, coulé.

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Ces gens se battent, il faut le reconnaître. Leurs poches sont vides, sauf celles sous les yeux. Mais, jusqu'ici, ils échouent à rétablir et la confiance et la situation.

Parce qu'ils s'y sont pris trop tard. Mais surtout, parce qu'ils tournent à vide. Ils ne s'intéressent pas ou ne comprennent rien aux conséquences des politiques libérales qu'ils mènent en aveugles depuis bientôt 30 ans : ils croient ou disent avoir à faire à des débordements, à des comportements, à des phénomènes dangereux mais périphériques au capitalisme, quand c'est le cœur même de ce qu'ils ont mis en place et du système qu'ils servent qui est en cause.

L'absence de régulation internationale rend leur action quasi-impossible, l'interdépendance consécutive à la mondialisation la rend inopérante au niveau national. Bien sûr, chacun entend agir en concertation avec les autres, mais seul.

Mme Lagarde a ainsi expliqué ce samedi matin que "chacun de nos marchés (était) différent en termes de taille, de réglementation, en termes d'acteurs, donc il ne faut pas imaginer qu'on aura une réponse harmonisée qui sera la même pour tout le monde".

Au bout du libéralisme, il n'y a plus place ni réelle marge de manœuvre pour les Etats. Encore moins pour les groupes d'Etats. L'Europe en a donné de tristes preuves depuis quelques jours.

Pas de marge de manœuvre ? Si, tout de même, il y en a une : l'argent présent et à venir de la chair à canon économique, les contribuables et leurs enfants. Les dirigeants actuels des grands pays sont prêts à tout pour éteindre le feu, sans remettre en cause leur idéologie.

Peu avares de jésuiteries et puisqu'“Il faut que tout change pour que rien ne change“, comme l'écrivait Lampedusa, ils sont même disposés à faire semblant de trahir leur idéologie, à nationaliser, si besoin est, le système bancaire, en en faisant supporter le coût aux contribuables contemporains et aux générations futures. Quitte à re-privatiser dans quelque temps. Avec, jurent-ils de belles plus-values. Demain on rase gratis.

A la guerre, on appelle ce type de manœuvre un repli stratégique. Pas un changement de stratégie, de modèle ou de paradigme, comme disent les sachants et les importants.

Or c'est bien de cela qu'il s'agit. C'est bien un changement de modèle idéologique qu'il s'agit d'opérer pour rétablir la confiance.

Les dirigeants actuels ne sont effectivement pas les mieux placés, idéologiquement, intellectuellement et moralement, pour le conduire. Pas un n'a évoqué une réforme d'ampleur. Pas un n'a remis en cause ce système. Pas un n'a remis en question son propre fonctionnement. Pas un ne s'est admis responsable et coupable.

Et ils voudraient qu'on retrouve confiance...

PS - S'agissant du rétablissement de la confiance des marchés, ce n'est pas la réunion vendredi des grands argentiers du G7 et du FMI qui fera bouger les lignes : le communiqué final sonne creux, évocant des principes, sans détailler aucune action concrète.

Du coup, l'Euro-groupe, réuni ce dimanche à Paris, est condamné à prendre des décisions spectaculaires : il est question de nationaliser systématiquement les grandes banques de la zone Euro qui viendraient à être en difficulté et, surtout, de garantir les prêts inter-bancaires, dont la paralysie bloque aujourd'hui l'économie. Cher, très cher, mais pas sot.

09 octobre 2008

Je fais de la peine à mon banquier...

Hier, j'ai mon banquier au téléphone. En fait, c'est lui qui m'appelle pour que je couvre un découvert. Je le contacte rarement depuis que j'ai compris que ma banque ne me servira à rien si j'ai besoin d'elle et lui ne se manifeste que pour ce genre de choses. C'est dire si on a à se dire. Je couvre donc.

Et j'enchaîne (mort de rire intérieurement, quoique...) : “Dites-moi, vous vendez de l'or ? Je me demande si je ne devrais pas en acheter un peu pour protéger les économies de ma mère... Parce qu'en ce moment, hein ? On n'est sûr de rien, hein ?“

J'adore jouer les beaufs avec mon banquier. Je le fais tellement bien que je me demande parfois si je ne le suis pas vraiment. En tout cas, j'ai mis dans le mille, car il rétorque, tout excité, d'une voix tremblante : “Ah non, pas de l'or... Il ne faut pas acheter d'or. Ça ne sert à rien... C'est... c'est ringard.“

Dans ma Ford intérieure, je pense bien sûr que ça ne sert à rien, que j'achète de l'or... En congelant mes économies, je nuis égoïstement au réchauffement de l'économie. Adieu le bout du tunnel, si cher à Raymond Barre et à Strauss-Kahn.

Acheter de l'or, ça ne sert donc à rien... Surtout à la banque : si je lui retire un Euro de dépôt pour le mettre dans ma poche ou dans un coffre, hop, c'est douze Euros qu'il ne peut plus investir, alors vous pensez, si j'achète un lingot à 20.000 € (je ne connais même pas le prix, mais ça doit ressembler à ça), c'est 240.000 € de pouvoir d'achat dont je le prive, le malheureux. Et si j'en achète 4, c'est le million qui part en fumée. A 5% de rendement minimum, c'est 50.000 € par an, qu'ils lui coûteront, mes lingots que je n'ai pas l'intention d'acheter.

En même temps, je me dis qu'en asséchant mon banquier, je l'empêche de faire des bêtises. Lui qui me donnait des leçons de gestion, il y a quelques mois encore, ça lui apprendrait la vie.

Anyway, il continue, fier comme un bar-tabac : “Non et puis vous n'avez rien à craindre. Notre banque est la deuxième capitalisation au monde, on est solides, nous. On a plus d'argent en dépôt qu'on n'en prête...“ Ah oui ?

Le moutard me monte au nez : “Et AIG, ils n'étaient pas la première capitalisation boursière américaine, il y a trois mois ? On a bien vu ce que ça donnait...“ En réponse, il entame la récitation d'un argumentaire qui se veut rassurant : “On est au creux de la crise, ça ne peut que remonter, etc, etc.“ C'est d'une pauvreté conceptuelle affligeante. On dirait Madame Lagarde.

Au bout de quelques minutes, nous nous quittons. En fait, après l'avoir fait parler, je suis beaucoup plus inquiet qu'avant. Ce brave homme se fiche de mes intérêts, ça je le savais déjà. Mais, en plus, on lui a lavé le cerveau. Confiance... :)

PS : Tiens, ça s'arrange ! Le Dow Jones a fini ce soir en chute de 7,33%, à 8.579,19 points. Il y a un an, précisément, le 9 octobre 2007, le Dow atteignait son record absolu en séance à 14.164,53 points. -36 % en un an.

Quant au Nasdaq, il a perdu 5,47%, à 1645,12. La routine, quoi !

J'aime bien quand le Nasdaq est à moins de 2.000 points, ça me permet de réviser mes dates d'Histoire. 1645 : cette année-là, alors que le petit Louis XIV règne depuis 2 ans, l'Illustre Théâtre de Molière fait faillite.

Avec ça, les vaches sont bien gardées

Ce matin, sur France-Inter, Georges Ugeux, ancien vice-président de la Bourse de New York (Nyse), relève perfidement que Henry Paulson, n'a peut-être pas eu en tête le seul intérêt général en laissant la banque d'affaires Lehman Brothers faire faillite, voici trois semaines.

Avant d'être nommé Secrétaire d'Etat au Trésor américain en 1986, Henry Paulson était en effet Président de la banque Goldman Sachs et, ajoute en substance Georges Ugeux, les deux établissements concurrents, Goldman Sachs et Lehman Brothers ont toujours entretenu entre eux un vrai climat de haine.

*

Dans la même interview, Georges Ugeux indiquait que si l'on en venait à connaître les noms de ceux qui ont joué la baisse des cours des Bourses et se sont donc faits quelques picaillons dans l'affaire, l'issue de l'élection américaine en serait bouleversée.

 

06 octobre 2008

Système bancaire : le grand plongeon

Comme prévu ici, le plan Paulson n'a pas rétabli la confiance dans les secteurs financiers et économiques.

L'Europe hérite donc de la crise bancaire, de ses conséquences économiques et sociales (impossibilité de trouver du financement pour les entreprises et les ménages, paralysie de l'investissement, atonie de la consommation, récession de l'activité, amaigrissement des entreprises par le biais de vagues de licenciements, etc), les bourses dévissent partout dans le monde.

Tandis que le Dow Jones repasse sous les 10.000 points, comme supposé ici dès le 18 janvier et le 7 mars dernier, le CAC 40 casse la barre des 4.000 points et fait une chute record de 9,04% à 3.711,98 points.

Au-delà, on peut tout craindre pour les prochains jours.

De toute évidence, les acteurs des secteurs financiers et bancaires sont en panique. Plus personne ne fait confiance à personne et la baisse, abreuvée de non-dits et de rumeurs, nourrit la baisse : elle affaiblit les établissements bancaires encore sains, dévalue toutes les valeurs au point que, dans la crainte que les épargnants ne veuillent sortir leur argent (décollecter, disent-ils) du système bancaire, les Etats s'alarment, s'agitent dans une confusion totale et mobilisent des sommes considérables (qu'ils n'ont pas) pour garantir la liquidité des uns et l'épargne des autres.

Cette nationalisation rampante du système bancaire, déjà évoquée ici, le 25 mars dernier, est une course contre la montre pour rétablir la confiance avant que la contagion de la peur ne gagne les déposants des banques.

Elle n'a aucune chance d'être efficace si elle ne s'accompagne pas de réformes drastiques du système capitaliste dont, pour l'essentiel, les gouvernements d'inspiration libérale et les organismes internationaux (FMI, Banque Mondiale, etc) ne veulent pas ou qu'ils sont même incapables de concevoir.

Donc tout se met en place, logiquement et mécaniquement, pour un grand plongeon (financier, économique, social et politique) qui fera beaucoup de perdants et peu de gagnants.

02 octobre 2008

Changez le monde, changez de banque !

Chaque fois qu'1 Euro traîne sur votre compte en banque, cela autorise votre banque à en engager 8 à 12 dans des opérations de prêt, d'investissement ou de spéculation. C'est la règle, c'est légal.

Vous comprendrez ainsi aisément que lorsque une opération spéculative se passe bien, votre banque gagne bien (!) sa vie (sans vous en faire partager les bénéfices) et qu'à l'inverse, lorsque les choses se passent mal, elle souffre assez rapidement d'un manque de liquidités.

Il se trouve que la dérégulation et l'ambiance de casino qui s'en est naturellement suivie a conduit les banques à jouer à la roulette, sans trop se préoccuper de considérations de prudence ou d'éthique.

Votre argent (le vôtre, personnellement) finance ainsi, sans que vous le sachiez, à l'insu de votre plein gré, de belles entreprises, de jolis projets personnels, mais également l'effort de guerre de nombreux Etats en guerre, des conflits comme ceux d'Irak ou d'Afghanistan, et toutes sortes d'opérations qui vous feraient vous pincer le nez si vous en aviez vent.

Aujourd'hui, votre banque va mal. Les Etats se proposent donc, à juste titre, de l'aider en cas de besoin (en lui apportant des liquidités et, si besoin, en la nationalisant, c'est-à-dire, concrètement, en garantissant sa survie avec l'argent public, c'est-à-dire avec vos deniers).

Ça, c'est l'urgent, qui a rarement à voir avec l'important.

Il eût été de bonne gestion d'accompagner et de conditionner ces plans de sauvetage par l'établissement de nouvelles règles du jeu, plus contraignantes au regard de la transparence et de l'éthique. De toute évidence, ce ne sera pas le cas : on ravaudera ici, on limitera là, mais on se gardera bien d'exiger de vraies contreparties ou de remettre ce système en cause.

Vous continuerez donc à financer, avec votre propre argent, la spéculation, la guerre, la fortune de quelques-uns, la difficulté à s'en sortir de la plupart.

Si cela vous va bien, continuez. Sinon, réfléchissez.

Il y a deux pistes : la première est de garder de l'argent liquide, à portée de main plutôt que sur un compte courant sans intérêts, car rien n'indique que la crise est derrière nous et qu'elle ne s'aggravera pas. C'est un argent qui ne financera pas votre propre ruine.

La seconde est que toutes les banques ne sont pas dans la même logique. Comme le dit aujourd'hui La fin du capitalisme, “en France, deux d'entre elles sortent tellement du lot qu'on ne peut même pas dire qu'elles fassent partie du même monde. En tout cas, elles ne financent pas le même :

Ce sont la NEF et le Crédit Coopératif.

Très concrètement, la NEF (20 000 clients/sociétaires, environ 150 millions d'euros d'actifs) conviendra aux "activistes pour la planète et l'humanité", le Crédit Coopératif (200 000 clients, 1,5 milliards d'actifs) convenant mieux à toute personne "responsable", concernée par l'avenir du monde, mais souhaitant retrouver les mêmes produits et services qu'ailleurs (en réalité, vous en trouverez même un peu plus qu'ailleurs).

Si, pour des raisons qui vous regardent, vous avez quelques réticences ou difficultés à quitter purement et simplement votre banque actuelle, ouvrez un deuxième compte et basculez petit à petit. Mais faites-le, c'est fondamental.“

Allez faire un tour sur les sites de ces deux banques éthiques (voir également ici), et réfléchissez.

01 octobre 2008

Quand le candidat Sarkozy défendait les subprimes...

Trouvé sur le site de l’UMP, dans la rubrique "l’abécédaire du candidat Nicolas Sarkozy", à la lettre "C" comme "Crédit" (tiens, cette rubrique n'existe plus depuis quelque temps) :

“Les ménages français sont aujourd’hui les moins endettés d’Europe. Or, une économie qui ne s’endette pas suffisamment, c’est une économie qui ne croit pas en l’avenir, qui doute de ses atouts, qui a peur du lendemain. C’est pour cette raison que je souhaite développer le crédit hypothécaire pour les ménages et que l’Étal intervienne pour garantir l’accès au crédit des personnes malades.

“Je propose que ceux qui ont des rémunérations modestes puissent garantir leur emprunt par la valeur de leur logement.

“Il faut réformer le crédit hypothécaire. Si le recours à l’hypothèque était plus facile, les banques se focaliseraient moins sur la capacité personnelle de remboursement de l’emprunteur et plus sur la valeur du bien hypothéqué. Ceci profiterait alors directement à tous ceux dont les revenus fluctuent, comme les intérimaires et de nombreux indépendants.

Merci à Claude de Bali pour l'info disparue :)

PS - Je publie ceci, même si cette proposition a récemment été retirée du site de l'UMP, parce qu'à l'époque, je l'avais d'autant mieux mémorisée qu'elle pouvait me concerner personnellement. Tout le monde peut se tromper :)

30 septembre 2008

Pas de réforme, pas de milliards !

Madame Lagarde qui, malgré sa grande intelligence, ne perd jamais une occasion de dire une connerie, d'affirmer une contre-vérité ou de proférer une prévision aussitôt démentie par les faits, a récemment indiqué que la crise financière actuelle n'était pas “systémique“.

On se demande ce qu'il faudrait qu'elle fût pour qu'elle le devint ;)

Sauver le système financier, c'est aujourd'hui une nécessité pour ceux qui veulent éviter une déconfiture de l'économie mondiale et les malheurs qui l'accompagneront nécessairement.

Mais la faillite du libéralisme, le retour des Etats -avec l'argent des contribuables ou les dettes qui leur sont créées sans leur avis- dans le jeu, est une occasion unique de réguler, de réformer ou de révolutionner un système qui ne fonctionne pas dans l'intérêt général.

La priorité, l'important (pas l'urgent) aujourd'hui, ce n'est donc pas de relever les ruines d'un système pervers et injuste, mais de profiter du rapport de force nouveau créé par la crise pour imaginer une construction nouvelle, un nouveau système.

Pour cela, il faut s'interroger sans tarder sur le rôle social du système financier, l'interdiction des paradis fiscaux, la règlementation et la limitation des produits financiers, la limitation, l'encadrement et la répartition du profit, l'amplitude tolérable de l'échelle des revenus, l'encouragement de nouvelles pistes de développement (filières liées à la protection de l'environnement, économie sociale et solidaire)...

On y reviendra ici dans les jours qui viennent.

PS - Tiens, au fait, il est passé où, le parti socialiste ? Et Delanoé, il est toujours libéral ? Et le NPA, il veut toujours interdire les licenciements pour solde tout compte ? Même ceux des golden boys ?

Et Bayrou ? Ben au moins, Bayrou, même s'il profite de l'occasion pour faire la politique locale et s'il reste au milieu du chemin en matière “systémique“, il a déclaré ce matin ssur France-Info : "Il ne peut y avoir union nationale que s'il y a remise en cause de la politique suivie, que s'il y a remise en cause d'une politique qui est, dans ses fondamentaux, dans ses orientations principales, aussi massivement erronée que l'a été la politique suivie par Nicolas Sarkozy".

Or, "pour l'instant le gouvernement ne remet en rien en cause les orientations de la politique qu'il a suivie", a-t-il ajouté dénonçant notamment "les milliards du paquet fiscal", "les remises d'impôts aux plus fortunés"

"Nicolas Sarkozy s'était fait élire sur quatre engagements" - pouvoir achat, croissance, plein emploi en 2009, baisse de 4 points des prélèvements obligatoires -, "de tout cela qu'est qu'il reste aujourd'hui ?", a-t-il demandé.

"Plus encore que la politique suivie" c'est "le modèle qu'ils ont en tête" qui "doit être remis en cause, autrement nous allons continuer à nous enfoncer dans une direction politique qui à mon avis est une impasse", a-t-il ajouté.


Qui perd perd

En s'alliant pour rejeter le “plan de sauvetage“ des banques de John Paulson, les députés américains républicains  (“en intervenant pour sauver les banques, l'Etat trahit le dogme libéral du laisser faire, laisser aller“) ou démocrates (“il est immoral de faire payer les contribuables pour réparer les erreurs des banques“) ont précipité une belle panique à Wall Street.

Elle a un coût : les actions cotées à New York ont perdu globalement, en une seule séance, une valeur de 1.200 à 1.300 milliards de dollars (baisse de 6,98% du Dow Jones et 9,14% pour le Nasdaq), soit pratiquement le double du coût estimé du plan Paulson (700 milliards).

Celui-ci sera renégocié au Congrès dans les heures et les jours qui viennent et, sans doute, voté. Ce qui nous ramènera à ce qui évoqué dans le post précédent.

PS 1 - Après Fortis, dimanche, c'est Dexia (anciennement Crédit Local de France) qui doit être recapitalisé, à hauteur de 6,4 milliards d'Euros par le Luxembourg, la Belgique et la France (à hauteur de 3 milliards, via la Caisse des Dépôts). 

L'ombre du nuage de Tchernobyl vient de passer la frontière. Et hop ! Bas les masques, haut les cœurs, passez la monnaie !

29 septembre 2008

700 milliards de dollars ? C'est trop... et trop peu

Résumé des épisodes précédents : en quelques semaines, les cinq premières banques d'affaires américaines ont disparu, mises en liquidation pour les unes, absorbées à bas prix pour les autres. Simultanément, le secteur de l'assurance à été touché au cœur par la déconfiture d'AIG, première compagnie d'assurance US.

Les pouvoirs publics, aux Etats-Unis, en France et ailleurs, prenant conscience du risque d'effet domino et d'effondrement de l'ensemble du système financier, décident alors, après avoir nié, ignoré ou minoré la crise, de la dramatiser et d'intervenir massivement, en injectant des liquidités, en nationalisant partiellement ou intégralement certains établissements, en rachetant ou en garantissant des créances douteuses.

Selon l'AFP, le plan américain de sauvetage du système financier qui pourrait être voté dès ce lundi, prévoirait que “700 milliards de dollars seraient versés en plusieurs fois au Trésor (250 milliards immédiatement débloqués, le reste l'étant en fonction des besoins).

“Des organes de surveillance et d'évaluation seraient mis en place et des dispositions accorderaient aux contribuables des parts dans le capital d'institutions financières auxquelles l'Etat rachète des actifs invendables. Ces actifs, au fil du temps, pourraient reprendre de la valeur. Le gouvernement serait tenu d'assouplir les modalités des prêts qu'il rachète pour soulager les emprunteurs propriétaires de maisons qui sont au bord de la saisie.

“D'autres institutions que les grandes banques de Wall Street, telles des collectivités locales, des fonds de pension, des petites banques commerciales, pourront aussi profiter de l'offre du gouvernement de racheter les créances douteuses.“

Mais l'ampleur de ces sommes ne doit pas faire illusion. Pour quatre raisons :

1- 700 milliards, c'est trop pour un Etat en quasi-faillite et pour des contribuables mal en point : on ignore comment l'Etat américain, déjà surendetté, aura la capacité de lever de telles sommes.

2- On ignore toujours dans quelles conditions les créances douteuses seront garanties par l'Etat, à quelle valeur celui-ci les “prendra en pension“ ou les “rachètera“ et, bien sûr, dans quelles conditions il pourra éventuellement récupérer sa mise, c'est-à-dire celle des contribuables).

3- 700 milliards, c'est trop peu. Le plus probable est que ces sommes seront très insuffisantes pour éteindre un incendie qui a pris des proportions colossales : les seules pertes cumulées des cinq banques d'affaires américaines défaillantes, d'AIG et de Washington Mutual, sixième banque américaine et première caisse d'épargne, mise en faillite jeudi, sont largement supérieures à 700 milliards de dollars.

4- Le plan de sauvetage américain, si l'on excepte une limitation des parachutes dorés dans les secteurs concernés par la crise, n'annonce en rien une réforme de fond du système financier.

Le bouclage du plan Paulson a été réalisé dimanche pour rassurer ce lundi les marchés boursiers.

Pas sûr que cela suffise à restaurer la confiance et, notamment, celle des banquiers, qui préfèrent aujourd'hui garder leurs liquidités plutôt que de prêter à leurs clients -entreprises et personnes- ou à d'autres banques, par peur de ne pas pouvoir les récupérer, en cas de défaillance de l'emprunteur.

D'autant que la crise s'internationalise. Samedi, les vents mauvais ont traversé l'Atlantique. En Grande-Bretagne, la banque Bradford & Bingley (B&B) a dû être nationalisée. Même punition au Benelux pour la banque-assurance Fortis.

Pour l'heure, si l'économie de la France subit déjà gravement les dommages de la crise (augmentation des faillites d'entreprises, du chômage, activité en berne ou en récession), le nuage du Tchernobyl financier s'est arrêté aux frontières françaises.

On a bien de la chance. Ou du retard. On murmure que certain établissement, autrefois première banque mondiale, ne serait pas au mieux.

(À suivre)

PS de 10 heures, ce matin : au vu des réactions des placs financières asiatiques, toutes en nette baisse, et bourses européennes (le CAC à -3,42 % à l'instant où sont écrites ces lignes), le plan de sauvetage américain ne convainc pas. C'est la porte ouverte à toutes les fenêtres...

23 septembre 2008

Qui est responsable du désastre ? Mais toi, ma poule !

"Nous devons nous interroger sur nos responsabilités. Aujourd'hui, des millions de gens à travers le monde ont peur pour leurs économies, pour leur appartement, pour l'épargne qu'ils ont mise dans les banques", a déclaré Nicolas Sarkozy en recevant le prix humanitaire de la Fondation Elie Wiesel pour l'humanitaire (hein ?). 

Il a poursuivi : "Notre devoir est de leur apporter des réponses claires. Qui est responsable du désastre ? Que ceux qui sont responsables soient sanctionnés et rendent des comptes et que nous, chefs d'Etat, assumions nos responsabilités."

Qui est responsable du désastre ? Mais toi, ma poule !

Et tous tes potes libéraux, au pouvoir intellectuel, politique et économique depuis plus de trente ans, adeptes du profit à tout prix, de la dérégulation à tout crin, du bling-bling à tous les étages, de l'affaiblissement des Etats et de la chose publique, du démantèlement des services publics, de la privatisation de tout, surtout des bénéfices, de la transformation du monde en casino, du collectif en individuel, du citoyen en consommateur.

Bon, et une fois qu'on a dit ça, joué les pères fouettards, stigmatisé les autres en évitant soigneusement de se remettre en cause, on fait quoi ?

Ce qu'on attend des responsables, outre qu'ils le soient, ce n'est pas qu'ils s'érigent en juges prétendument indépendants,  en Ponce Pilate aux mains immaculées, en moralistes de comptoir, après avoir laissé aller, laissé faire, au nom d'une idéologie décidément contestable.

Ce qu'on attend des responsables, ce n'est pas qu'ils creusent sans pelle un trou d'argent public destiné à masquer ou à combler le trou d'argent privé.

Ce qu'on attend des responsables, c'est qu'ils saisissent l'occasion de cette crise, pour remettre en cause leurs vieilles certitudes et mettre en place, sans délai, au niveau international, des règles de jeu respectables et respectées par tous, comme, par exemple et, entre autres :

- l'encadrement du profit des entreprises, financières ou autres, sa limitation à des taux non-usuraires et au strict nécessaire (5 à 10% hors inflation, pas 15 ou 20%),

- la fixation de son affectation de manière équitable entre tous ses bénéficiaires (travail, capital, trésorerie, investissement, impôt), en veillant à ce que les uns ou les autres (aujourd'hui le capital et les dirigeants) ne pillent pas sans vergogne, au dépens des autres, les fruits de l'activité économique,

- la règlementation simple, claire et sévère de la spéculation financière par l'interdiction des paradis fiscaux, par celle de l'achat et de la vente à terme, celle de la titrisation et de la création de produits de produits abscons ; le contrôle de la transparence et de la traçabilité des transactions ; l'encouragement de l'investissement de moyen et de long terme... 

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