L'ampleur inédite des plans européens de sauvetage des banques est impressionnante : la Grande-Bretagne met 636 milliards d'Euros sur la table pour garantir son système bancaire, dont 37 milliards de livres pour les trois banques en difficulté ; l'Allemagne met 480 milliards d'Euros (80 en recapitalisation des banques en difficulté, jusqu'à 400 en liquidités mises à disposition des banques pour éviter le credit crunch); la France, jusqu'à 360 milliards d'Euros (40 en recapitalisation des banques en difficulté, jusqu'à 320 en liquidités mises à disposition des banques).
On en est déjà à 1.476 milliards d'Euros.
Avec l'Espagne (100 milliards), l'Italie, les Pays-Bas, la Belgique et les neuf autres pays de la zone Euro, on passera sans doute allègrement les 2.000 milliards d'Euros, soit plus du triple du plan Paulson (700 à 1.000 milliards de dollars, soit 514 à 735 milliards d'Euros) qui, par comparaison, semble être de la petite bière.
Passons sur l'imprévoyance, l'incompétence ou les mensonges de gouvernements qui nous assuraient, jusqu'il y a deux semaines, que nos banques étaient solides, que cette crise était américaine et qu'elle aurait peu d'impact sur l'Europe. Passons, mais n'oublions surtout pas.
Reste que le plan concocté la semaine dernière par Gordon Brown et adopté hier par les 15 pays de la zone Euro est de nature à calmer l'hystérie des derniers jours. Outre qu'il met fin à quelques semaines de cacophonie européenne, ce qui est, en soi, remarquable, il tient en quelques points :
- garantie des échanges interbancaires (garantie publique du marché de la dette bancaire émise, pour une durée
pouvant aller jusqu'à cinq ans),
- recapitalisation par
les États, à titre temporaire, jusqu'au 31 décembre 2009, des institutions financières en difficulté (ce qu'on peut considérer comme des nationalisations)
- élargissement des actifs
pris en pension par la BCE en échange de ses opérations de
refinancement.
Pour peu que d'autres produits financiers (hedge funds ou autres) ne viennent pas rapidement relancer la crise financière, l'urgent a été géré. Mais l'important ne l'est pas.
L'important, ce sont les causes de la crise financière, les nécessaires réformes de cette sphère hors de contrôle et la gestion de la crise économique, déclenchée ou amplifiée par le naufrage financier.
Sur ces sujets, rien, nada, niente, nothing.
La seule contrepartie qu'on aie trouvée jusqu'ici est la limitation des parachutes dorés et la reconversion des dirigeants des institutions financières en lampistes. En l'état, risible et navrant.
Si, dans les jours et les semaines qui viennent, aucune réforme d'ampleur de la sphère financière n'est perceptible, aucun plan de relance économique n'est mis en place, les contribuables pourront conclure qu'ils se sont fait couillonner par leurs banques et leurs gouvernements.
Mieux, on peut parier qu'une nouvelle crise, plus grave encore, ne tardera pas à survenir. Et celle-là, aggravée par la crise économique, aura une dimension sociale dévastatrice. Voir ici les suites possibles.
PS - Un petit point sur le coût de cette crise : les banques ont déjà passé 6 ou 700 milliards de dollars de provisions pour les pertes consécutives aux subprimes. On sait qu'on ira au bout à quelques 2.000 milliards de dollars (le FMI en admet 1.400 aujourd'hui, après en avoir signalé 400 début avril et 1.000 un peu plus tard).
Si l'on ajoute le coût potentiellement assumé par les contribuables (recapitalisation des banques + garantie des échanges interbancaires), on passe le cap des 5.000 milliards de dollars.
Sans compter l'argent envolé sur les marchés boursiers depuis un an, qui doit avoisiner les 10.000 milliards de dollars. Et hop là, c'est la fête !





Je ne sais pas si les 5.000 milliards "promis" par les gouvernements existent vraiment, mais il me semble que l'essentiel des "10.000 milliards envolés sur les marchés boursiers" n'ont jamais existé : ce chiffre n'est que la multiplication d'un nombre (le nombre d'actions en circulation pour chaque entreprise) par un autre (le montant unitaire utilisé pour la dernière transaction sur chaque action) et n'a aucune réalité tangible.
Rédigé par : Yogi | 13 octobre 2008 à 23:30
+1
Rédigé par : NICO | 15 octobre 2008 à 22:02