A quoi pourrait ressembler un nouvel indicateur de progrès ?
Le 8 janvier dernier, Nicolas Sarkozy a demandé à Joseph Stiglitz et à Armatya Sen, tous deux Prix Nobel d’économie, de "réfléchir à changer les instruments de mesure de la croissance". A quoi pourrait ressembler ce nouvel indicateur ?
Un indicateur (le taux de croissance, le PIB ou tout autre), même s’il est quantitatif, n’est jamais seulement comptable. En admettant même qu'il soit sincère (ce dont on peut parfois douter), il est éminemment idéologique : il est la traduction chiffrée des connaissances, des préoccupations, des priorités, des objectifs, des besoins, des pratiques sociales, des silences d’une société ou de ceux qui la dirigent.
La question posée à la Commission Stiglitz mériterait donc d’abord d’être posée en d’autres termes, correspondant à nos objectifs actuels : nous avons moins besoin aujourd’hui de mesurer la croissance quantitative de nos économies que de nous doter d’instruments de mesure du progrès réel ou de l’évolution globale de nos sociétés.
A ce titre, un nouvel indicateur ne peut se contenter aujourd'hui de comptabiliser la somme des valeurs ajoutées, au sens où on l'entendait jusque là.
Un exemple ? L'utilisation d'une matière première non renouvelable contribue à créer de la valeur ajoutée, mais elle est responsable d'émissions de CO2 (du fait de son transport, de son utilisation, de ses déchets) et elle appauvrit le patrimoine disponible pour les générations futures. Ces deux impacts négatifs ont un coût : il est jusqu'ici ignoré dans le calcul des indices.
Un autre exemple ? On compte la valeur ajoutée comptable du travail d'un enseignant. Pas celle des effets positifs pour la société d'une élévation du niveau culturel d'une génération.
A l'inverse, on compte en positif le coût de l'activité des services de sécurité (systèmes de surveillance, police ou armée), mais pas leurs effets qui peuvent être négatifs (l'occupation US de l'Irak génère un accroissement important du PIB américain, mais il est moins sûr que les 200.000 à 1 million de morts civils irakien constituent un réel facteur de progrès pour l'humanité).
Un troisième exemple ? Une société génératrice d'égalité (dans les salaires, les traitements, l'éducation, etc) vaut-elle plus ou moins qu'une société génératrice d'inégalités ? Une société génératrice de libertés vaut-elle plus ou moins qu'une société génératrice de contraintes ? Et comment quantifier cela ?
C'est sur ce type de principes et de réflexions que doivent réfléchir les experts de la commission Stiglitz. C'est le qualitatif qu'il s'agit de quantifier.
Vaste programme qui implique la définition de nos objectifs collectifs. Elle ne peut être abandonnée aux seuls spécialistes. Elle concerne chacun de nous. On y reviendra donc.
PS - On lira avec profit sur ce sujet, ce post de Casabaldi et, pour mémoire, celui-ci.




Bonsoir,
mesurer la performance d'un "système" n'a de sens que par rapport à la finalité de celui-ci : avant de parler d'indicateur, le problème est donc de se mettre d'accord sur les finalités de l'action collective.
Ce n'est pas une utopie, ça existe, dans un minuscule pays himalayen qui pilote son "Bonheur National Brut", sur la base de finalités claires et précises. Les quatre piliers du BNB du Bhoutan sont le développement socio-économique équitable et durable, la préservation et la promotion des valeurs culturelles, la défense de la nature et la bonne gouvernance.
Rédigé par: Michel B. | le 05 avril 2008 à 23:53