Les bio-carburants favorisent le retour des famines
Le recours accru aux matières premières alimentaires pour la production de biocarburants met en péril l'approvisionnement alimentaire de la population mondiale. Il pose en outre des problèmes considérables pour l'approvisionnement en eau.
Voici quelques jours, Josette Sheeran, en charge du Programme alimentaire mondial (PAM) des Nations-Unies a indiqué : "Le changement d'orientation de nombreuses exploitations en faveur des biocarburants a détourné des terres de la chaîne alimentaire. Les prix des produits de base atteignent un tel niveau que le litre d'huile de palme en Afrique vaut ainsi autant que le litre de carburant."
Dans une interview au journal dominical NZZ am Sonntag, ce dimanche, Peter Brabeck, patron de Nestlé, premier groupe alimentaire mondial, abonde dans ce sens : "Si l'on veut couvrir 20% du besoin croissant en produits pétroliers avec des biocarburants, comme cela est prévu, il n'y aura plus rien à manger."
"Accorder d'énormes subventions pour les produire est inacceptable moralement et irresponsable", a ajouté le dirigeant du groupe suisse, estimant que les millions de tonnes de maïs consacrées aux biocarburants sont autant en moins pour le secteur alimentaire.
La croissance spectaculaire de l'exploitation des biocarburants tire vers le haut les prix du maïs, du soja et du blé, les terres cultivables deviennent rares et l'eau est elle-aussi menacée, a déclaré M. Brabeck, estimant que pour produire un litre de bioéthanol il faut 4.000 litres d'eau.
Ces prises de position vont à l'encontre des politiques conduites depuis plusieurs années par une cinquantaine de pays -parmi lesquels on compte les Etats-Unis, la Chine et le Brésil- et l'Union européenne. Celle-ci a notamment fixé un objectif contraignant de production de 10 % de l'ensemble du marché des carburants pour 2020, applicable à l'ensemble de l'UE.
Dans un contexte démographique qui rend nécessaire l'augmentation de 50% de la production alimentaire d'ici 2030, la compétition entre cultures alimentaires et énergétiques conduit pour l'heure à l'abandon des jachères en Europe, à la déforestation au Brésil (et à ses conséquences prévisibles sur les émissions de CO2), à une augmentation des dépenses en eau et à une pollution accrue des nappes phréatiques.
Sans doute ne faudrait-il pas tarder à réviser ces politiques inconsidérées.




Au Brésil, hors Amazonie, environ 80% des terres sont en jachère. Il y aurait de la place pour y développer des cultures, toutes sortes de cultures, et l'élevage, puisque l'homme est affamé de viande.
On ne déforeste pas pour planter de la canne à sucre et donc produire de l'éthanol. On déforeste parce qu'il est plus facile de s'approprier des terres an Amazonie, vendre les bois tropicaux recherchés en Europe et ailleurs, puis élever des bovins qui pourraient être élevés ailleurs, mais qui ne le sont pas parce que la réforme agraire est en panne.
Et puis cette semaine, le gouvernement fédéral va rétrocéder le contrôle de 5 millions d'ha au gouvernement du Roraima (un des États d'Amazonie), qui a pour objectif d'y développer la riziculture. Comme vous le voyez, c'est un petit peu plus compliqué que ce que dit M. Nestlé, mais agrocarburants ou pas, le résultat est le même, la forêt part en fumée.
Rédigé par: Francis | le 24 mars 2008 à 18:57