Donc, les prix s'envolent. Et, particulièrement, les prix alimentaires. C'est certainement une surprise pour ceux qui ne font pas leurs courses.
Le premier ministre s'en est ému, dès la publication d'une étude de 60 millions de consommateurs, magazine mensuel de l'Institut National de la Consommation.
Au total, d'après l'étude de l'INC, qui a étudié l'évolution des prix
de 1.055 produits laitiers et céréaliers dans plusieurs enseignes, les
prix se sont envolés de 5 à 48 %
entre novembre et janvier.
Près de 50% des produits étudiés ont
augmenté, dont
200 de plus de 10 %.
Moins de 60 (5,5%) références ont baissé "de quelques pour cent", selon l'observatoire de l'association.
Cette enquête confirme les chiffres du cabinet Nielsen Panel, publiés
il y a quelques jours : ils font état d'une augmentation globale des prix en
janvier (+ 2,39 %) pour le quatrième mois consécutif, avec des hausses
de plus de 10 % pour les pâtes, les œufs et le lait.
Trois ou quatre secteurs concourrent à ces hausses : les producteurs de matière première, les industriels de l'agro-alimentaire, la grande distribution et les détaillants.
Le Monde rapporte : “Les pouvoirs
publics et les associations de consommateurs s'étonnent de l'ampleur de
ces hausses, estimant que l'envolée des prix des matières premières ne
justifie pas cette flambée. "Le prix du lait a augmenté de 30 % à la production. Il pèse pour
environ 20 à 30 % dans la fabrication d'un yaourt, donc
l'augmentation du yaourt n'aurait pas dû [dépasser] 10 %", a
estimé, lundi, le secrétaire d'Etat à la consommation, Luc Chatel. Or,
l'enquête INC montre que le prix de certaines marques de yaourt ont augmenté de
40 %.“
Il est pourtant simple de comprendre comment les prix augmentent : prenez un produit d'une valeur de fabrication de 100. Si la marge du producteur est, mettons, de 40%, son prix de vente est de 140.
Appliquez une hausse de 10% de la matière première, soit 10. Il coûte donc 110 au lieu de 100. Il ne sera pas revendu 100 + 40% + 10, c'est-à-dire 150, mais 110 + 40%, soit 154. Chaque intervenant successif va ainsi vouloir conserver sa marge en pourcentage.
L'industriel qui transforme le produit applique à son tour une marge (toujours théorique, de 40%). Le produit fini coûte donc désormais 215,6, contre 196 précédemment et 206 si l'on avait seulement répercuté l'augmentation du coût de la matière première.
Vous faites le même calcul concernant le distributeur (en admettant qu'il n'y aie pas d'intermédiaire) : votre produit coûte 301,84 au lieu de 274,4 précédemment et 284,4 si l'on avait seulement répercuté l'augmentation de la matière première.
Enfin, vous ajoutez la TVA (un exemple parfait de marge à taux constant), soit 19,6%. Votre produit vaut donc 361 au lieu de 328,18 précédemment. Au passage, l'Etat encaisse donc 59,16 au lieu de 53,78.
Et voila comment, mécaniquement, 10 = 32,82. Et une hausse réelle de 3,6% du prix coûtant devient une hausse de 10% pour votre poche.
Ce calcul vaut à marge et à coûts constants pour tous les intervenants qui concourrent ainsi à l'inflation. Mais on peut imaginer pire et, notamment que, sur certains produits, l'un ou l'autre des trois ou quatre intervenants choisisse ou doive cumuler l'augmentation de la matière première avec celle de ses propres coûts, réels ou supposés (essence, transports, salaires, marketing, frais financiers, redevances à des holdings, etc) ou celle de ses marges.
Et voila comment une augmentation de 10% de la matière première peut se métamorphoser en hausse du prix final de 40%.
Que peut faire le gouvernement ?A ce stade, il semble utiliser ses nouvelles recettes à créer de nouvelles administrations. François Fillon a demandé la publication, dès le 10
mars, "des premiers résultats de l'Observatoire des prix et des marges", créé en novembre 2007."Un premier panel, portant sur vingt produits phares, sera analysé d'ici à la fin de la semaine", a-t-il précisé. Une Haute Autorité de la concurrence "aux pouvoirs accrus" sera
créée dans le cadre du projet de loi pour la modernisation de
l'économie. Et deux administrations inutiles de plus ! Ah c'est sûr, ça va peser sur les prix.
A part ça et, plus sérieusement, que peut faire l'Etat ? Pas grand chose, à part prendre sur lui et baisser le taux de la TVA. François Fillon s'y est, par avance , refusé.
Pour le reste, il peut, au pire, taper du poing sur la table et revenir à une vieille pratique pré-mondialisation, le blocage de certains prix. C'est peu probable aujourd'hui.
Dans un premier temps, il peut négocier avec les industriels une baisse relative de leurs marges, en les menaçant, comme il le fait, de contrôles accrus et de sanctions : si la matière première ou tout autre élément intervenant dans le coût d'un produit augmente, les producteurs, transformateurs ou distributeurs peuvent s'engager à le répercuter tel. Leurs actionnaires ne seront pas contents, mais bon... Ce ne sera que partie remise.
En effet, rien n'empêchera la création, à terme, d'un “nouveau“ produit à plus forte valeur ajoutée, c'est-à-dire plus cher, quitte à faire disparaître le précédent des linéaires.
Voila comment, en économie libérale, il est difficile de contrôler l'inflation. La hausse des prix n'est pas finie.
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