Attali : L'homme de la croissance, au bord du gouffre
Dans une semaine, Jacques Attali présentera à Nicolas Sarkozy les conclusions de la commission sur la “libération de la croissance française“.
Quelles que soient ses propositions et leurs qualités, le moins qu'on puisse dire, c'est que, de l'aveu même de leur auteur, elles risquent d'arriver à contretemps. Extraits d'une interview donnée hier au JDD par Jacques Attali.
“Nous sommes au bord d'une récession. Elle tire son origine de
l'effondrement du marché du crédit hypothécaire américain, qu'on nomme
la crise des subprimes. Elle a détruit, en quelques mois, des richesses
égales à 10 % du PIB mondial, soit 4.000 milliards de dollars,
c'est-à-dire 50 fois plus que les pertes générées dans les industries
de pointe par l'explosion de la bulle internet.
“Cette crise n'est pas
cantonnée au secteur du logement, car elle révèle que les banques ont
reprêté leurs prêts à n'importe qui, pour les racheter ensuite beaucoup
plus cher. C'était à la mode.
“Devant la révélation de la folie que cela
représentait, on est passé, en une semaine, de l'euphorie à la panique
: plus personne ne prête à personne. Plus aucune banque ne prête à une
autre banque. Et si les banquiers continuent à paniquer, nous risquons
une crise de 29.
“D'ailleurs, aux Etats-Unis et ailleurs, certains
grands patrons de la finance me disent en privé : "Nous sommes en 1928"
! En quelques mois, nous sommes passés d'une économie de l'euphorie à
une économie de panique et c'est cela qui risque de provoquer une
récession, alors même que les fondamentaux économiques mondiaux sont
excellents...“
“... Les subprimes sont révélateurs des excès des marchés financiers, qui
ont créé des montages diaboliques afin de mutualiser leurs risques au
détriment des plus pauvres. Au-delà, il y a aussi, aux Etats-Unis, les
taux d'intérêt trop élevés, les déficits budgétaire et extérieur. Dès
lors, on peut se demander si les détenteurs de devises, notamment les
Chinois et les fonds souverains, vont continuer à prêter 2 milliards de
dollars par jour aux Américains, au lieu de les consommer ou de les
investir chez eux. Et l'Europe, dominée par l'intérêt des générations
âgées, s'impose une inflation zéro qui conduit inévitablement à la
récession et favorise les vieux épargnants au détriment des jeunes
emprunteurs...“




Je ne crois pas du tout à cette crise du subprime. Pour moi, c'est une diversion.
La réalité, c'est qu'on est au bout d'un cycle en terme de financiarisation. Les logiciels ne suivent plus, et la titrisation a fait perdre le contrôle sur certains aspects.
Il faut simplement un peu de temps pour construire les nouveaux logiciels à cet effet.
PS : bien entendu, les chambres de compensation comme Clearstream sont au coeur de la problématique...
Rédigé par: Stephane Rodriguez | 07 janvier 2008 at 13:40
"l'Europe, dominée par l'intérêt des générations âgées, s'impose une inflation zéro qui conduit inévitablement à la récession et favorise les vieux épargnants au détriment des jeunes emprunteurs...“
L'Europe favorise surtout ceux qui possède un patrimoine abondant au détriment de l'immense majorité qui ne possède pas grand chose (éventuellement des dettes).
Il est courant que la droite cherche à faire s'opposer entre eux les prolétaires : privé contre public, actif contre retraité, régime général contre régimes spéciaux (la cible à atteindre par le régime général lors de sa mise en place !). Le but est de camoufler cette opposition fondamentale entre ceux qui possèdent le capital et ceux qui n'en possède pas.
Rédigé par: bertrand | 07 janvier 2008 at 17:35
@ Stephane
Comment ne peut-on pas "croire" à la crise des subprimes ? C'est pourtant le dernier mécanisme en date qui a servi aux US pour pomper l'épargne du monde afin de soutenir leur consommation. Avant il y avait les bons du trésor américain, la bulle internet ... C'est "juste" ce système qui est à bout de course.
Sur la commission Attali, ce qui est surprenant c'est qu'on annonce toujours un rapport composé d'un tas de mesures chocs et innovantes. (voir Marianne de cette semaine)
Attendons ...
Rédigé par: Malakine | 07 janvier 2008 at 23:36
"Comment ne peut-on pas "croire" à la crise des subprimes ?"
Ce n'est pas ce que j'ai dit, je vous dit que la vision apocalyptique que vous en donnez, ainsi que de nombreuses autres personnes, fait partie de la pensée dominante actuelle. Elle sert d'autres causes, et vous le savez aussi bien que moi.
Quitte à me répéter, je vous dis que la complexité de la financiarisation aujourd'hui est telle que l'infrastructure de ce qui la gère ne suit plus. Et qu'on est en fin de cycle, c'est tout! Ca va mettre du temps à redémarrer, et en particulier il va falloir de nouveaux logiciels.
L'autre aspect, c'est que les chambres de compensation ont quelque chose à voir là-dedans. Et si vous avez suivi la vraie affaire Clearstream, vous pouvez imaginer ce que cela pourrait nous enseigner, et même pourquoi pas avoir un brin d'espoir sur la possibilité d'avoir une transparence à terme sur certains mécanismes qui aujourd'hui sont pour le moins opaques. Imaginez une Sarbanes-Oxley pour les chambres de compensation par exemple.
Votre exemple sur la première bulle Internet n'est pas particulièrement parlant. L'argent de cette bulle est simplement passé d'une poche à une autre lorsque le NASDAQ s'est effondré. Le micro-secteur des startups ultra-spéculatives a explosé, mais il ne représentait pas énormément de choses et de gens. Où est le problème? Si le bulle Internet avait flingué Microsoft par exemple, c'est-à-dire la boite qui fait tourner la plus grande partie de nos ordinateurs, là ce serait autre chose. Mais il n'en est rien.
Rédigé par: Stephane Rodriguez | 08 janvier 2008 at 05:51
Il est vrai qu'il est fait grand bruit de la crise des subprimes mais ce n'est que le déclencheur d'une crise dont les origines remonte à plus de 20 ans : il y a trop de crédit.
Les pertes des banques vont ralentir leur activité de prêt jusqu'à ce que ce trop plein de crédit s'éponge.
Quand aux nouveaux logiciels: il ne faut pas croire que l'informatique est le remede miracle. Oui l'informatique facilite le suivi (notamment pour la complexité de la financiarisation), oui l'informatique accèlere les traitements. Mais l'informatique (logiciels) ne traduit qu'un processus métier existant et l'automatise.
Si le processus metier n'est pas au point, le logiciel ne reglera pas le probleme (j'en parle car c'est mon métier)
Pour illustrer cela, le probleme dû notamment aux subprimes est la titrisation du crédit : la banque morcelle le crédit qu'elle octroie en petites dettes et elle les revend à des fonds ou autre investisseurs spéculatifs. Eux même les revendent etc...
La dette est dispersée et personne ne sait qui possède quoi. Un logiciel ne pourrait pas "recoller les morceaux" à moins que lors de la vente de la titrisation, l'acheteur s'engage à dire au vendeur ce qu'il fait de ce qu'il a acheté, histoire de garder une trace. Dans ce cas là seulement l'informatique facilite la gestion et la prise de décision. Mais il faut revoir le processus métier en premier.
Par rapport à l'article, il est dit "l'Europe s'impose une inflation zéro" mais elle n'y arrive pas. Evidemment zero inflation favorise l'epargne et pénalise les emprunteurs, mais regardez actuellement, partout dans le monde des bulles immobilières qui eclatent (US, Espagne, pays de l'est, très prochainement espagne et bientot en france), tout cela dû à du crédit trop facile.
Actuellement, le zero inflation n'existe pas et c'est l'épargnant qui en fait les frais.
Observez bien les pays développés (par ex USA et France), leur croissance n'est dûe quasiment qu'à la consommation, moins de crédit c'est moins de consommation et donc moins de "croissance" (croissance selon les indicateurs actuels cf. http://carnetsdenuit.typepad.com/carnets_de_nuit/2007/06/vers-de-nouveau.html)
Quand le crédit se fera plus rare dans les mois à venir, les soldes "permanentes" de Madame Lagarde ne contribueront pas assez pour sauver "la croissance française"
Un dernier mot à l'auteur de ce site : merci pour votre travail et bonne continuation
Rédigé par: julien | 08 janvier 2008 at 12:38