Le Grenelle de l'embobinement ?
Le Grenelle de l'environnement aura-t-il été un coup pour rien ?
Il est encore trop tôt pour l'affirmer (les décisions issues du Grenelle feront l'objet d'un grand projet de loi avant la fin de l'année), mais une chose est sûre : entre belles intentions claironnés et restrictions murmurées, entre effets d'annonce tambourinés et absence de moyens dégagés, les choses ne s'annoncent pas bien.
Résumons-nous : la culture des OGM est gelée (jusqu'aux prochains semis) ; on ne construira plus d'autoroutes (sauf nécessité locale) ; on ne construira pas de nouveaux sites nucléaires (les sites actuels sont amplement suffisants) ; on ne limitera pas la vitesse sur route (faut pas exagérer) ; on va privilégier le ferroutage (d'ailleurs la SNCF en profite pour annoncer, qu'à compter du 30 novembre 2007, 262 gares n’assureront plus le chargement et le déchargement de wagons de marchandises isolés). Pour le reste, tout sera fait pour réduire les émissions de CO2, surtout si l'Europe prend ses responsabilités, si les ONG bossent gratos et si les collectivités locales en assument la charge financière. Etc, etc.
CQFD : aujourd'hui, les députés ont adopté le budget 2008 de la mission Ecologie.
Selon l'AFP, le ministre de l'Ecologie, Jean-Louis Borloo, a défendu un "budget de transition positive" expliquant que "les grandes décisions de l'après-Grenelle ne sont pas encore impactées". Il a souligné que son budget (10,149 milliards d'euros) "progresse de 2,5%" et qu'il "prépare l'avenir en privilégiant les dépenses d'investissement par rapport au fonctionnement".
+2,5% : en clair, ça signifie qu'aucune réserve budgétaire n'avait été dégagée dans le Budget 2008 (élaboré et arbitré cet été) et que l'Etat n'aura pas un sou à dépenser l'an prochain pour mettre en œuvre les décisions “historiques“ du Grenelle de l'environnement.
A l'Assemblée, le PS a fustigé l'absence de "ligne budgétaire en prévision du financement des premières actions susceptibles d'être mises en oeuvre dès l'exercice budgétaire 2008". Catherine Coutelle (PS) a cité la commission des Finances du Sénat qui, dans un communiqué, s'est dite "préoccupée par l'absence de traduction financière et budgétaire du Grenelle de l'environnement".
Bertrand Plancher (UMP), qui doit ignorer que gouverner, c'est prévoir, a répondu que le budget avait été "élaboré en
juin" et ne pouvait donc "tenir compte de propositions émises en
octobre".
Mais pour Maxime Bono (PS), "ce budget aurait pu être l'ébauche d'une inflexion. Il aurait pu intégrer le début de consensus né, dès juin, des groupes de travail sur le Grenelle". Il a ajouté : "On nous annonce un budget de transition mais c'est l'immobilisme qui vient à l'esprit, avec un grand absent : le transport urbain".
Yves Cochet (Verts), d'une bonne humeur inhabituelle, a "compris que tout ne soit pas budgété tout de suite" tandis que François de Rugy (Verts) a estimé que "les discours étaient en progrès mais les actes se faisaient attendre... Il est dommage que ce budget ne constitue pas la première étape concrète de la révolution écologique".
Jean-Jacques Guillet (UMP) a, pour sa part, lancé l'idée d'une conférence internationale sur l'efficacité énergétique au second semestre 2008, lorsque la France assurera la présidence de l'Union européenne.
Des conférences, des commissions ! Et vas-y, ça fera su spectacle et ça remplira bien quelques journaux télé de plus ! Mais ces gens sont-ils plus menteurs qu'idiots, ou l'inverse ?




Pendant ce temps l'état devrait prendre à sa charge une partie des 5 à 6 milliards d’euros que coûtera l'installation de caméras de surveillance un peu partout en France, sans que l'on sache vraiment si cela apporte des avantages et lesquels (Grand flou sur l’efficacité de la vidéosurveillance en ville).
Irions-nous plutôt vers la "société de sécurité renforcée" décrite dans les scénarios d'avenir de GEO-4 (Global Environment Outlook), qui n'est pas celle dont nous devrions rêver ?
Il est encore temps de revenir sur cette prévision de prise en charge et de réorienter les crédits qui y auraient été consacrés !
Par ailleurs "l'esprit" du Grenelle de l'environnement ne souffle pas dans toutes les sphères de l'état et de ses officines, on s'en apercevra en écoutant Les chercheurs "lanceurs d’alerte" dans l'émission "Terre à Terre du samedi 10 novembre 2007.
Le sort réservé aux scientifiques qui s'expriment librement s'apparente à un véritable sabotage...
Il ne coûterait pas cher de leur laisser leur liberté de travail et de parole, et nous y gagnerions tous en connaissance...
Rédigé par: jcm | le 10 novembre 2007 à 07:32