Cotiser plus pour gagner moins
Qu'il faille cotiser entre 20 à 42 ans pour bénéficier d'une retraite pleine, selon qu'on est député (20 ans), officier (25 ans), employé de la SNCF, EDF-GDF, RATP (37,5 ans) ou salarié du secteur privé (40 et, bientôt, 42 ans), illustre mal le principe d'Egalité.
Que l'âge du départ à la retraite ou la base de calcul des pensions soient également variables, à la tête du client ou de son métier (salaire de la dernière année, des 10 ou des 25 meilleures années) est tout aussi déplorable, en morale comme en droit.
Mais trois choses sont également inacceptables, qui rendent ce débat confus :
• quid du type qui s'est engagé il y a longtemps dans un métier (mineur, marin, cheminot, etc), dont on compensait les contraintes présentes (modicité des salaires, horaires décalés, déplacements fréquents, dangerosité éventuelle, durée de vie moins longue que la moyenne, etc) par quelques avantages à venir et auquel on dit sans ménagements, en cours de partie : “à partir de maintenant, les règles du jeu changent, ce que tu as donné, ça, c'est fait, ce qu'on te reprend, tant pis pour toi“ ? Quelle confiance accorder dès lors à la parole ou à la signature de l'Etat ?
• quid de l'exemplarité de “la France qui gagne“ : comment est-il acceptable qu'on exige des sacrifices de la part de ceux, qu'avec l'aide des médias, on qualifie abondamment de “privilégiés“, quand on laisse faire ou qu'on encourage les vrais “privilégiés“, en faisant des cadeaux fiscaux aux ménages les mieux dotés, en taxant à la marge les stock options d'un ridicule 2,5%, en continuant d'autoriser des primes scandaleuses accordées à des grands patrons sur le départ, parfois même pour cause d'incompétence, etc ?
De quel principe d'Egalité parle-t-on dans ce cas, sinon d'une égalité à géométrie variable ? Et au nom de quoi serait-elle acceptable sans bruit par ceux qui la voient varier à la baisse ?
• Et enfin, de quoi parle-t-on avec ces durées de cotisation et ces âges de départ à la retraite ? Allons-y pour 42 ans de cotisation, 45 s'il le faut, 50 pourquoi pas : c'est sans doute la durée à laquelle il faudra arriver à l'horizon 2035, si la durée de vie moyenne continue de progresser.
Mais on est en pleine fiction : en 1969, l'âge moyen d'entrée dans la vie active était de 18 ans et 3 mois. Il ne cesse de reculer. En 1999, il était déjà de 21,6 ans (selon le rapport du Sénat linké ci-dessus). Il doit, depuis, avoir largement dépassé les 22 ans (pas trouvé de chiffres).
Chacun connait des jeunes gens qui, passées les études, multiplient stages ou emplois précaires jusqu'à 28 ou 30 ans : ajoutez 42 ou 45 ans de cotisations, vous obtiendrez l'âge d'une retraite pleine.
Mais n'oubliez pas de considérer qu'au-delà de 50 ans, ces mêmes jeunes gens seront condidérés comme trop coûteux, rassis ou obsolètes sur le marché du travail. Loin d'avoir cumulé 40 ou 42 ans de cotisations, ils n'en auront que la moitié.
Le concept de “retraite pleine“ tend ainsi à devenir un mythe désuet ou une légende urbaine.
Que ce débat est maladroit, hypocrite et faussé...




Vous tapez très juste... L'égalité défendue par Sarko, qu'on commence à l'appliquer aux parlementaires et aux ministres...
Fillon voulait, dans la foulée, fouler aux pieds les accords passés (par lui !) sur les "carrières longues"... La cohorte des salariés qui ont commencé entre 14 et 16 ans (ma génération) en apprentissage (du vrai travail !).
Pour les "roulants" de la Sncf il faut prendre en compte la pénibilité (plus toutes les contraintes dues aux déplacements) de même que les ouvrier qui travaillent sur les voies.
En voulant augmenter la durée de travail, mesurent-ils les conséquence d'un infarctus aux manettes d'une loco ?
Mais ces gens-là n'ont jamais vraiment travaillé. Ils ne peuvent pas comprendre !
Rédigé par: kamizole | 15 novembre 2007 at 19:25
Pour l'armée, il faut sans doute revoir quelques règles. Mais j'ai connu un sous-marinier qui, bien avant l'âge légal de la retraite "spéciale" présentait des troubles médicaux en relation avec son travail.
En cause, la pénibilité des conditions :plusieurs semaines ou mois isolés des siens, et présence de substances dangereuses pour l'organisme.
Mais, par rapport à la SNCF, l'armée a toujurs été privilégiée.
Que dire en effet des "emplois réservés" pour qu'il puissent travailler dans l'administration après leur retraite officielle de l'armée : qu'ils touchent ! sinon qu'ils y sont en compétition avec les handicapés orientés par la COTOREP.
Rédigé par: kamizole | 15 novembre 2007 at 19:33
Fort bien vu, José !
Rédigé par: jcm | 15 novembre 2007 at 20:30
Bonjour,
A ma connaissance un officier qui prend sa retraite après 25 ans de service a une retraite de 2% de sa solde par année de service effectuée : donc 2 X 25 = 50% de sa solde à la date de son départ; je crois que c'est ce qu'on appelle un "demi-solde".
Je ne sais si on peut appeler cela, comme vous l'écrivez, "une retraite pleine" ?
Rédigé par: pencal | 15 novembre 2007 at 22:26
@pencal : je ne peux que vous conseiller de vérifier vos informations. A vous croire, un officier ne toucherait une “retraite pleine“ qu'après 50 ans de service. Ça fait beaucoup, non ? :)
Du coup, je maintiens ce que j'ai écrit. Allez vérifier ici, par exemple : http://www.politique.net/2007101101-le-regime-special-des-militaires.htm
ou plus simplement ici, sur le site du ministère des Finances :
http://www.finances.gouv.fr/pensions/retraites/calcul_pcm.htm
Rédigé par: José | 16 novembre 2007 at 00:27
C'est ce qui s'appelle taper dans le mille.
Tu devrais faire des petites chroniques à France Inter...
Rédigé par: bg | 16 novembre 2007 at 08:45
Je crois que kamizole a raison.
Tout ceux qui ont le mot "travail" à la bouche, qui en parlent à longueur de journées et qui discutent des conditions du dit travail, savent-ils réellement de quoi ils parlent. Combien d'entre eux ont-ils vraiment travaillé pendant une période conséquente ?
Rédigé par: Claudius | 16 novembre 2007 at 09:26
Voir l'interview de l'économiste Arnaud Lechevalier sur la réforme des retraites (reprise sur mon blog). Une analyse macro-économique posée et sans arrière pensée idéologique qui présente une évaluation du vrai coût des retraites en prenant notamment en compte les chiffres corrigés de la natalité et des flux migratoires en France.
Rédigé par: jrom | 16 novembre 2007 at 09:52
Bravo et merci pour ce billet.
Rédigé par: YR | 16 novembre 2007 at 10:03
Pour ministre sauf changement récent, il suffit de quelques mois pour avoir la retraite à taux plein.
Rédigé par: bertrand | 16 novembre 2007 at 10:34
@ JCM,
un officier touche effectivement une retraite de 50% de sa solde après 25 ans de carrière.
Un salarié lambda touche 50% du salaire de ses 25 moins mauvaises années. La revalorisation de l'inflation sur les années se faisant sur la base de l'indice INSEE (celui qui considère qu'on achète chaque mois autant sinon plus de high tech dont le prix baisse que de pain dont le prix monte !).
Quand à la fiction de travailler jusqu'à 65 ans (bientôt 70). Il y a manifestement des coups de pied au cul qui se perdent.
D'après le comité d'orientation des retraites, l'indexation des retraites se faisant dorénavant sur l'indice INSEE des prix et non plus sur celui des salaires, le revenu des retraités devrait augmenter de 5% quand celui des salariés augmentera de 56% (je ne me souviens plus à quel échéance ils calculent).
Ils omettent de préciser que ces 56% d'augmentation supposé pour les salariés n'est pas en euro constant. Cela veut donc dire que les retraités verront leur pouvoir d'achat diminué de moitié. Et ça c'est pour ceux qui auront une retraite à taux plein. Une infime minorité à terme.
Mais rassurons nous les nantis pourront accroitre leur patrimoine.
Rédigé par: bertrand | 16 novembre 2007 at 10:49
Quid de l'espérance de vie, ça veu dire quoi ?
(°]°) mon espérance de vie c'est de l'espérance, jusqu'a quand JE vais vivre ??? vis-je encore ? sans plaisanter, qu'est ce qu'ils en savent de MA durée de vie ???(¤]¤), le soucis des cotisants de demain c'est la menace sempiternelle de l'apocalypse, z'on rien changé au deal les dominants, pour pouvoir continuer à se gaver sur le dos, déja courbé sous la charge, des dominés. Bisouss à José pour ta pertinence.
Rédigé par: luluberlu | 16 novembre 2007 at 10:58
Tout cela comme vous dites n'est pas acceptable - sauf que c'est en train de le devenir. Mais il me semble que l'on n'est pas en pleine "fiction", et qu'il n'y a dans les décisions qui sont prises ni hypocrisie ni bêtise : ces décisions sont juste une manière de faire baisser de manière dissimulée le niveau des retraites. Il y a de la naïveté dans la plupart des réactions indignées par l'impossibilité d'effectuer dans les faits le total des annuités demandées. Autre chose : la haine des générations les unes envers les autres (je ne parle pas de l'entraide familiale, du cocon bourgeois qui protège les individus). Je me souviens d'un de mes supérieurs qui évoquait avec gourmandise le fait que nous, les plus jeunes, allions devoir travailler 42 ans. La fracture avait déjà bien commencé avant la venue au pouvoir de l'immonde enfant qui nous gouverne. Mais il me semble qu'elle est devenue bien ouverte, bien franche : deux moitiés de peuple se haïssant à mort.
Rédigé par: carole | 16 novembre 2007 at 12:43
il est logique pour un gouvernement piloté par les milieux financiers et servant efficacement leurs intérêts (maximum respect de ce point de vue; ils ont d'ailleurs embarqué plusieursavocats d'affaires: sako soi-même, lagarde l'américaine, borloo l'ébourrifé et copé le mal logé)de produire du leurre autour du thème des "privilégiés" et de la nécessité quasi divine de faire régresser la situation de tous les salariés pour raison...divine sans doute?
il me semble tout aussi logique pour les salariés de se dire que ces pinguoins doivent bien se marrer de voir que plus c'est gros plus ça marche; de là à se dire qu'il est temps de leur botter les fesses sérieux: le temps est venu...logiquement
Rédigé par: idée logique | 16 novembre 2007 at 14:51
bon, ac riglo, la Guerre civile c'est pour quand?! dissimulez bien vos entre-jambes, crapubles de nantis et médias asservis... ça va couquer dans l'R!
Rédigé par: Média fucker | 16 novembre 2007 at 19:15
Tout est dit... mais ces vérités qui relèvent du bon sens et d'une connaissance minimum de la question, restent masquées derrière un véritable mur de propagande, à peine ébréché par les meilleurs blogs.
Gros problème, parce que derriere ce mur anti grèves, anti luttes, se planque presque toute la caste politico médiatique!
Rédigé par: jojo | 16 novembre 2007 at 19:24
Un élément important que personne ne signale; l'espérance de vie serait bien inférieure si les gens, comme il y a une vingtaine d'années, travaillaient jusqu'à 65 ans. Souvenons nous de l'état dans lequel arrivaient à la retraite les personnes qui terminaient leur activité à 65 ans. D'ailleurs très peu d'entre eux, en particulier pour les métiers difficiles, ne survivaient plus de quelques années.
Rédigé par: guillermard hervé | 17 novembre 2007 at 15:56
à la suite de mon intervention du 15/11 à 20h30 et de votre réponse 2 heures plus tard je dirai :
- que le Canard Enchaîné est très interessant mais ne constitue pas une base de réflexion toujours sérieuse (c'était le cas)
- que vous me semblez très averti pour assimiler aussi bien les information du site de finances.gouv.
Vous oubliez de dire que les officiers sont astreints à une limite d'âge en fonction de leur grade (par exemple 54 ans : soit de 20 à 54 = 34 années de service et donc 68% de la solde d'activité). A 54 ans l'officier est comme le commun des mortels et cherchera vainement du travail comme tous ceux de son âge.
Mais là n'est pas la question ! Elle est que les néolibéraux veulent dresser les "petits" les uns contre les autres; ils s'attaquent aux régimes spéciaux pour casser du syndicat où les syndicats existent pour, ensuite, mieux tailler les oreilles du tout venant.
Pendant ce temps la fortune de Bernard Arnault augmente, de 2005 à 2006, de 17 à 24 milliards d'euros (Chalenges - magazine) ; il aura été un grand bénéficiaire des cadeaux fiscaux de Sarkozy ; ses dividendes en actions ne seront plus taxés comme un revenu (dans la tranche à 40% ) mais bénéficieront d'un "prélèvement libératoire" à 18 %.
Pendant ce temps que les tout petits se battent entre eux c'est pain béni : continuez!
Rédigé par: pencal | 19 novembre 2007 at 00:43
@pencal, quoiqui fo faire, si l'arnaud se gave toujours plus c'est qu'il doit travailler +, les ceuss qu'on pas de taf, y rigole de voir les ex soldats de cette République qui nous a amené là, avec l'angoisse de ne devoir vivre qu'avec à peine un peu plus que deux fois le smig, je te compatre pas au rmi. Vive le combat des chefs, il n'en reste qu'un mais les autres continuent de gameler, faudrais qu'aprés l'election on élimine les vaincus, c'est un peu comme ça avec le salariat. Une foie qu'ils ne concourent plus, ils sont éliminés et vont dans la case des perdus, celle ou tu n'est jamais concerné par ces infos qui te disent comment se passe le partage du butin ou toi tu n'est plus invité.}¤]¤{ !!! Je m'égare.
Rédigé par: luluberlu | 19 novembre 2007 at 12:00