Changements climatiques et pétrole : irréversibilité, stagnation et déclin
Il y a quelques mois encore, de bons esprits contestaient, d'une part, la réalité du réchauffement climatique ou son importance et, d'autre part, l'hypothèse selon laquelle les réserves de matières premières ne sont pas inépuisables. Dans les deux cas, ceux-là croyaient et croient encore à une croissance infinie sur le modèle actuel, dans un monde fini.
Et puis il y a eu, pêle-mêle, le succès du film d'Al Gore, le rapport Stern, l'irruption de Nicolas Hulot dans la campagne présidentielle, les premiers résultats du dernier rapport du GIEC et la poursuite de la hausse du pétrole. Puis le prix Nobel attribué conjointement à Al Gore et au GIEC. Puis le Grenelle de l'Environnement. Autant de battements de tam-tam qui font bouger les lignes, fût-ce lentement.
Les bons esprits finisent par admettre que les choses ne vont pas être simples, qu'il faudra bouger, remettre en cause cette paresse ou ce confort intellectuel qui fait oublier que les arbres ne montent jamais jusqu'au ciel. Mais la plupart se disent encore qu'il n'y a pas urgence, que la science peut tout, et privilégient le taux de croissance de l'année plutôt qu'un terme encore incertain.
Pendant que ceux-là tergiversent encore, trois mots prononcés ce week-end devraient accélérer la prise de conscience et la prise de décision : irréversibilité, stagnation et déclin.
Le premier, irréversibilité, est contenu dans le communiqué du GIEC réuni à Valence. la synthèse du rapport fait état d'un changement climatique dont les conséquences pourront être "soudaines et irréversibles" (voir détails chez Isabelle).
Le second et le troisième, stagnation et déclin, ont été prononcés par Sadad Al-Husseini, docteur en géologie, vice-président en charge de l'exploration et de la production de l'Aramco (la compagnie pérolière saoudienne), de 1992 à 2004.
A Londres, rapporte Le Monde, à la veille du sommet de l'OPEP, et dans un contexte où, au rythme actuel, la demande d'énergie s'accroitra de 50% sur les 25 prochaines années “devant un parterre de grands patrons du pétrole, réunis à l'occasion de la Oil & Money Conference, rendez-vous majeur de l'industrie pétrolière mondiale, Sadad Al-Husseini a lancé trois affirmations, lourdes de conséquences : la production mondiale de pétrole et de gaz liquéfié va stagner jusqu'aux alentours de 2020, avant de décliner inexorablement ; les chiffres officiels "exagèrent" les réserves planétaires de 300 millards de barils, soit un quart du total encore exploitable ; la stagnation de la production implique une augmentation minimale du prix du baril de 12 dollars chaque année, à mesure que se creusera l'écart entre une offre stagnante et une demande toujours plus forte...“
Sadad Al-Husseini conclut : "Plus vite nous réaliserons que les extractions de pétrole ne peuvent augmenter indéfiniment, plus vite nous rechercherons des options énergétiques alternatives et soutenables, et nous éviterons ainsi des folies tragiques telles que l'occupation de l'Irak, et d'autres mésaventures similaires."
On le dit ici depuis longtemps : changements climatiques, déplétion pétrolière, raréfaction des matières premières sont des phénomènes liés dans le temps, comme le sont la financiarisation de l'économie, la mondialisation des échanges.
Ils requièrent des changements de “paradigmes“, comme disent ceux qui préfèrent ce mot compliqué au mot “modèles“. Ces changements deviennent urgents : ils affecteront nos attitudes individuelles, nos modes de consommation.
Nous n'échapperons pas à ce qu'ils affectent également nos modes de production et nos attitudes collectives. Voila pourquoi, notamment, au-delà des discours et des effets d'annonce, nous devons veiller à ce que le Grenelle de l'environnement n'accouche pas d'une souris et que les décisions drastiques qui s'imposent dès aujourd'hui ne soient pas ramenées à de la cosmétique ou remises aux calendes grecques.




Tout à fait d'accord, José.
"Nous n'échapperons pas..." : aux dents de l'énorme broyeur qui est déjà en marche, doucement en marche, inexorablement en marche et qui semble s'accélérer déjà.
Car pétrole, climat, folies financières... qui joignent leurs forces pour donner de l'énergie au broyeur conduiront à l'écroulement progressif de nos sociétés, comme si elles reposaient sur des pilotis vermoulus qui cèdent un à un.
Les menaces d'effondrement sont réelles mais comment les faire mieux comprendre à nos contemporains ?
Comment, en particulier, leur faire comprendre que nous ne pouvons plus nous contenter d'une gestion du monde largement dominée par l'OMC et son AGCS, dont les influences sont capitales sur nos systèmes économiques et politiques ?
Comment leur faire comprendre qu'il serait capital d'avoir recours à des états forts et impliqués dans des coopérations serrées pour faire face au broyeur ?
Que se focaliser sur nos systèmes de retraite ou sur des moyens de limiter l'immigration pourrait bien faire figure de vains débats selon la vitesse que prendra le broyeur ?
La prédiction de Sadad Al-Husseini d'une augmentation annuelle du baril de pétrole de 12 dollars sera, si l'on se trouve dans les conditions actuelles, le laminoir qui écrasera des pans entiers de secteurs professionnels et des couches les moins aisées de la population.
Comment restructurer notre société, et d'autres qui dépendent étroitement du pétrole, si cette prédiction se réalise ?
Rédigé par: jcm | le 18 novembre 2007 à 13:04
Bonjour, j'ai trouvé sur le blog de michèle Delaunay cette bonne nouvelle
Un groupe d'ingénieurs allemands a la même intuition, avec une grande qualité en plus, ils l'ont transformée en un projet techniquement viable. Ils en ont convaincu un nombre suffisant de députés européens pour que se tienne à Bruxelles le 28 novembre un colloque sur le sujet.
Leur projet est de transformer le Sahara, disons une faible partie de ce territoire immense brûlé de soleil, en générateur d'électricité. "Le Monde" donne l'information aujourd'hui sous ce titre et commente "L'avenir de l'énergie dans les pays du Sud n'est pas l'atome mais le soleil".
pour la suite http://michele-delaunay.net/
Rédigé par: superpado | le 18 novembre 2007 à 18:15
Paradigme est peut-être un mot compliqué, mais pas au point de s'écrire avec un y.
Rédigé par: Yogi | le 18 novembre 2007 à 20:37
;)) je corrige tout de suite
Rédigé par: José | le 18 novembre 2007 à 20:45
Belle synthèse.:)
Ce qui m'impressionne, c'est combien la réalité a dépassé ces deux dernières années les prévisions des experts les plus pessimistes. Pour le pétrole, ils disaient 2015 +/- 5 ans, ce fut de toute évidence 2006, pour le changement climatique, personne ne prévoyait une telle accélération de la fonte du Groënland , de l'Antarctique, de la banquise arctique.
Pour le grenelle, finalement cela dépend d'où on se place. Si on se place d'où part Sarko, et sur le plan du progrès réalisé, c'est myrifique. Mais face aux enjeux, le Grenelle accouchera de toutes façons d'une souris : le modèle industriel n'est pas remis en cause.
Rédigé par: isabelle | le 18 novembre 2007 à 20:53
Au moins un expert avait annoncé le peak oil pour fin 2006.
Bon c'était un indépendant des compagnies et des états si je me souviens bien.
Rédigé par: bertrand | le 19 novembre 2007 à 10:47
Pas de soucis les jeunes, la terre va tourner encore plus d'un milliard d'années. on a le temps pour renouveller les stocks de carburant fossiles pour aller dans les étoiles.
Rédigé par: luluberlu | le 19 novembre 2007 à 12:14
jcm le dit fort justement : "Les menaces d'effondrement sont réelles mais comment les faire mieux comprendre à nos contemporains ?"
C'est bel et bien LA question.
Je ne vois guère qu'une manière de réveiller les foules, c'est de les prendre à rebrousse-poil. Et pour les faire réagir, je ne vois rien de mieux que de prôner l'interdiction universelle des véhicules automobiles privés.
Rédigé par: Francis | le 19 novembre 2007 à 19:03
@ Francis =>
"...prôner l'interdiction universelle des véhicules automobiles privés" me semble une mesure irréaliste car sa mise en oeuvre à relativement court terme causerait un véritable effondrement de nos sociétés.
A moins que cette interdiction soit conçue de façon telle que les possibilités les plus indispensables que nous offrent les voitures soient conservées, sous d'autres modalités.
C'est donc un système différent à penser, en prenant en compte tous les cas de figure.
Pas impensable peut-être...
Rédigé par: jcm | le 19 novembre 2007 à 19:46
jcm, il va de soi que cette interdiction ne peut fonctionner que si, en échange, l'on renforce considérablement les transports en commun.
Que se passerait-il si l'on n'interdisait pas la totalité des véhicules automobiles privés ? Cela reviendrait à choisir le marché comme régulateur de l'usage des carburants. Les conséquences qui en découleraient sont faciles à imaginer...
Rédigé par: Francis | le 19 novembre 2007 à 20:02
interdire les véhicules privés : peut-être pas mais en suspendre la fabrication et transformer les usines à automobiles en usines à tram à éoliennes.... Comme les US pendant la 2nde guerre, qui avaient un besoin urgent d'avions... C'est une idée de Lester Brown dans son dernier livre, plan B
Rédigé par: isabelle | le 19 novembre 2007 à 21:24
Isabelle, une simple suspension de la fabrication des automobiles serait source de bien des distorsions, si l'on laissait en circulation le parc existant. C'est donc bien une interdiction totale et universelle qu'il faut envisager.
Rédigé par: Francis | le 20 novembre 2007 à 01:19
Déja, on ne pense pas a tous les sports ou la consomation de carburant participe de la jouillissance des pratiquants, la F1 par exemple.
Rédigé par: luluberlu | le 20 novembre 2007 à 13:16
luluberlu : et que dire de la jouissance des spectateurs omnisports, souvent venus au stade, en voiture pour assister à des compétitions où règnent le dopage, les matches truqués, la violence, le racisme ?
Aidons aussi ces spectateurs à ne plus payer pour des spectacles aussi indigents : finissons-en avec les sports de compétition en les boycottant !
Rédigé par: Francis | le 20 novembre 2007 à 18:34