Pour quand, le peak oil ? Pour hier, parait-il !
La production de pétrole dans le monde a atteint son pic en 2006, et
devrait décliner (à raison de 3% par an) de moitié d'ici 2030, a affirmé lundi l'institut
Energy Watch Group, lors d'une conférence sur le «pic pétrolier» («peak
oil») organisée à Londres.
«Cela créera un manque de production qu'il sera difficile de combler malgré l'exploitation grandissante d'autres énergies fossiles, du nucléaire ou de sources alternatives», met en garde l'Energy Watch Group (EWG). Ce cabinet d'étude, fondé à l'initiative du député Vert allemand Hans-Joseph Fell, regroupe des parlementaires et des scientifiques de plusieurs pays. Son objectif est de produire une information indépendante pour la mise en place de politiques énergétiques durables.
Selon les chiffres publiés par l'EWG, le monde a produit 81 millions de barils par jour (Mbj) en 2006. En 2020, il devrait en produire 58 millions par jour, puis simplement 39 millions en 2030 - une baisse de plus de 50% par rapport aux niveaux actuels.
Cette hypothèse baissière contraste avec les projections de l'Agence internationale de l'Energie (AIE), qui table sur 105 Mbj en 2020 (extrapolation de l'EWG à partir d'une projection de l'AIE pour 2015), et 116 Mbj en 2030.
L'EWG fonde ce scénario sur un comptage très pessimiste des
réserves fossiles dans le monde. Le cabinet IHS (qui compile les
données de l'industrie pétrolière) estime les réserves pétrolières
mondiales à 1.255 milliards de barils. Selon EWG, il ne resterait que 854 milliards de barils dans le sous-sol.
L'écart provient essentiellement du Moyen-Orient : pour l'IHS, les
réserves du Moyen-Orient seraient de 677 milliards de barils ; le cabinet EWG les évalue à seulement 362 milliards.
Contrairement aux institutions comme l'AIE, qui fondent leurs calculs
sur l'estimation des réserves encore dans le sous-sol, le cabinet EWG
s'appuie sur les chiffres de production actuelle. L'estimation de l'EWG tient compte aussi des comportements de l'industrie, notamment
les retards observés dans le développement de champs pétroliers.
«C'est grâce à cette méthode de calcul que nous avons pu annoncer
sans nous tromper que la production pétrolière en Mer du Nord
atteindrait son pic en 2000 et commencerait ensuite à décliner», a rappelé Jörg Schindler, l'auteur du rapport «Oil supply» présenté lundi à Londres.«Le monde doit se préparer à une mutation de fond et miser sur les énergies renouvelables», a-t-il conclu.
En effet, selon Energy Watch Group, seules les énergies renouvelables
offrent une alternative durable au pétrole. L'énergie nucléaire et le
charbon propre ne sont pas des solutions d'avenir car «il existe déjà une pénurie d'uranium et les technologies permettant d'exploiter du charbon propre n'existent pas encore», a estimé Jörg Schindler.
«Nous sommes face à un déni institutionnel. Les sociétés pétrolières
ne peuvent que taire la vérité, sans quoi le cours de leur action
risquerait de s'effondrer» a ajouté Hans-Joseph Fell.
Selon lui, le «pic pétrolier» n'est pas une théorie mais déjà une
réalité. Il a établi un parallèle avec le changement climatique :
considéré au début des années 1990 comme une prophétie douteuse émanant
de scientifiques isolés, le changement climatique est aujourd'hui une
réalité dont plus personne ne doute, a-t-il rappelé.
La théorie du «pic pétrolier» est également soutenue par l'Association
for the Study of Peak Oil and Gas (ASPO), un réseau de scientifiques
qui entend démontrer que la production de pétrole est sur le point
d'amorcer son déclin, avec à la clé de graves conséquences politiques
et économiques.
Selon l'EWG, comme les autres organismes qui contestent la théorie d'un épuisement déjà en cours des ressources fossiles, l'AIE envoie aux milieux d'affaire un message dangereux, en supposant que l'approvisionnement en pétrole ira en s'améliorant, ce qui n'encourage pas l'industrie à s'atteler aux changements structurels nécessaires.
«Le système économique mondial est à l'aube d'un changement structurel», insiste le groupe d'étude, qui se veut indépendant de l'industrie pétrolière, au contraire de groupes d'études et d'agences telles que l'AIE, ou le CERA.
Pour l'un des intervenants invités par l'EWG, l'économiste britannique David Fleming, la raréfaction des ressources pétrolières ne sera pas sans conséquences sociales: «on pourrait aisément assister aux mêmes scènes d'agitation sociale de masse que celles survenues en Birmanie ce mois-ci», prévient-il, en référence au soulèvement populaire qui avait pour origine le mécontentement des habitants après une hausse surprise et massive des prix des carburants.
L'économiste met en garde contre le risque d''effondrement social», si les gouvernements ne préparent pas la transition vers les autres sources d'énergie.
(merci, Bertrand, pour l'info)




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