Dans “communiquer“, il y a “niquer“
"Dans les prochaines semaines, je mettrai en place un outil nouveau: la commission interministérielle pour le soutien aux exportations de sécurité (CIEDES)“, a déclaré M. Fillon, constatant que les exportations françaises d'armes faisaient face "à une concurrence de plus en plus diversifiée" dans un marché "en pleine expansion".
"La France ne doit pas laisser ses positions se dégrader", a estimé M. Fillon. La nouvelle CIEDES déterminera les "priorités géographiques et sectorielles de la France" afin de définir des "priorités dans ce domaine".
Comme c'est joliment dit.
Passons sur le soutien à l'export d'une industrie guerrière qui fait peut-être “honneur“ à notre technologie et à notre balance commerciale, mais guère à nos valeurs, qui dévore des ressources énormes (20% des budgets des Etats, en moyenne) au détriment d'actions plus utiles, nécessaires ou souhaitables et qui est, par ailleurs, largement détenue par des industriels qui se trouvent être également des patrons de presse amis du gouvernement.
Ce qui m'intéresse ici, c'est le détournement de langage : “soutien aux exportations de sécurité“.
Nous vivons dans un monde où la propagande et la réclame se piquent de “communiquer“ (et dans communiquer, il y a “niquer“), un monde jésuite qui cannibalise les mots pour mieux tordre le réel : ils les vide de leur sang, de leur sens, les prend en otages, les tord, les affadit, les détourne, les substitue les uns aux autres, en inverse la signification, bref, les assassine, pour mieux tromper le chaland.
Le peuple est mécontent ? Changeons le peuple. La réalité est désagréable, choquante, contestable ? N'y touchons pas, changeons les mots qui la désignent : les seniors et le troisième âge ont ainsi occis les vieux, le libéralisme “économique“ dit l'inverse de ce que signifiait autrefois le libéralisme “politique“.
Et voila que les armes de guerre, celles qu'on appelle par ailleurs des “armes de destruction massive“ quand on veut faire croire qu'elles sont détenues par des “méchants“, et dont l'objet est de semer la mort et la désolation, deviennent des outils de “sécurité“. Ben voyons !





Et oui.... (°]°) tu t'en pose des problèmes.
Notre prem's Fillon conceptualise, "outil de sécurité" ça c'est du concept de rupture.
Rédigé par: luluberlu | 29 août 2007 at 13:22
La sécurité la plus rentable pour le vendeur est précisément constituée par les "armes de sécurité massive".
Rédigé par: FrédéricLN | 29 août 2007 at 17:07
J'entendais Serge Dassault il y quelques semaines parler d'armes "de défense".
Que dire de la TVA "sociale", du paquet fiscal baptisé Plan Travail Emploi Pouvoir d'achat ? A ce propos, je te recommande la lecture d'un papier paru hier dans l'Expansion à propos la totale inefficacité des mesures proposées par le gouvernement sur le pouvoir d'achat. Une merveille. La morgue de Sarkozy, de Christiane Lagarde ou de Laurence Parisot "décomplexent" les journalistes de cette presse bien-pensante: bien évidemment pauv' nases que cela ne va pas fonctionner. Je te recommande aussi l'interview de Parisot sur Inter ce matin. La plus belle perle : la crise du subprime aux USA, c'est la faute au 11 septembre !
Amitiés
Rédigé par: Babette | 30 août 2007 at 00:43
La langue de bois existe depuis longtemps ;)
http://www.presidentielle-2007.net/images/cours-langue-bois-ena.jpg
Entre les "demandeurs d'emploi", les "personnes à mobilité réduite", les "sans domicile fixe", les "techniciens de surface", les "personnes en surchage pondérales", les "hôtesses de caisse" et les sigles cache-misère comme "TS" et autres "HP",...
Récemment un journaliste qui avait bien appris sa leçon (merci l'ESJ) m'a déclaré le plus sérieusement du monde : "Les journalistes ne font pas d'erreurs, ils commettent des approximations." Il a été très vexé quand j'ai éclaté de rire en lui répondant "Celle-là, faudra que je la ressorte à mon chef !"
Rédigé par: ddc | 30 août 2007 at 10:56
Pan sur le bec!
La Parisot a en partie raison. Après le 11 septembre, pour éviter une crise financière, les banques américaines ont injecté beaucoup d'argent. Mais la crise avait commencé avant. Des explications dans un papier intéressant, pédagogique, de Challenges, repéré par Rezo.net
Rédigé par: Babette | 30 août 2007 at 21:02