Ne pas choisir, c'est choisir Nicolas Sarkozy
“On ne choisit pas entre le cerveau droit et le cerveau gauche. L’homme a besoin des deux hémisphères...“ dit Axel dans Page 2007.
Et où est le centre, dans le cerveau ? Est-ce un lieu ? Un non-lieu ? L'espace invisible et sacré où se nicherait l'âme ?
Plus sérieusement, ne pas choisir, c'est encore et c'est toujours choisir.
En 2002, j'ai refusé de choisir entre Chirac et Le Pen, non parce qu'ils se valaient, mais parce qu'une victoire de Le Pen était mécaniquement et politiquement impossible.
Dans l'hypothèse inconcevable où Le Pen aurait été élu, les barricades qui se seraient instantanément dressé dans Paris l'auraient empêché de parvenir à l'Elysée. Dans ces conditions, choisir Chirac, c'était jouer une comédie ridicule et lui donner un aval dont la suite a prouvé qu'il n'en ferait rien.
Ne pas choisir entre les deux candidats en 2007, c'est autre chose puisque deux conceptions crédibles de la société s'opposent et que la victoire est indécise.
Ne pas choisir entre les deux candidats, ce n'est pas considérer qu'ils ne valent rien, mais qu'ils se valent : dans leurs actes passés, dans leurs engagements, dans leurs valeurs.
Ne pas choisir entre les deux candidats, c'est considérer que la primauté de l'inné sur l'acquis n'est pas un sujet important, qu'être doux aux forts et dur aux faibles, c'est pareil que l'inverse...
Ne pas choisir entre les deux candidats, c'est donner une prime à celui des deux qui est en tête. Ne pas choisir, c'est choisir Nicolas Sarkozy.
Si, après tant d'entrechats, le centre c'est ce non-choix, je me félicite de cette clarification, mais j'en déplore le sens. Et je dois en conclure que, contrairement aux discours, il n'a pas changé : comme toujours, depuis 1945, il n'est que le masque présentable de la droite.
Le choix historique de François Bayrou
Aujourd'hui, François Bayrou a une responsabilité importante. Qu'il ne donne pas de consigne de vote, c'est normal, lucide et honnête : on le disait ici hier, il n'est pas propriétaire de ses électeurs et en connait suffisamment l'hétérogénéïté pour savoir qu'il ne serait que partiellement suivi.
Qu'en revanche, à titre personnel, il ne se prononce pas d'une manière ou d'une autre, ce ne serait pas exercer sa liberté, ce serait y renoncer.
Ce serait affirmer que l'Union nationale qu'il prône n'était qu'un faux-semblant et que, hors d'un rassemblement autour de lui-même, hors d'une union pour convenance personnelle, faute d'en être le “chef“, d'en porter la culotte, il n'est prêt à gouverner avec personne et qu'au fond, cette France qu'il dit sentir n'est qu'un fonds de commerce géré à la petite semaine, dont il préfère se priver et priver tout un chacun plutôt que de le partager.
Il peut être tenté, par tactique, de rester en dehors du débat, de se poser en recours pour 2012. Un jeu personnel de cette nature serait indigne de l'urgence de la situation de la France qu'il décrit dans ses deux livres récents. Ce serait en outre un pari à haut risque.
Il aurait alors toutes les chances qu'en ces temps de zapping, son électorat se décourage, ses troupes s'égayent, ses lieutenants prennent leur indépendance ou choisissent de nouvelles dépendances et que son projet de parti central ne soit que le quatrième ou cinquième ravalement de façade d'une faction, menacée de devenir un groupuscule.
L'Histoire ne repasse pas les plats : la main tendue de Ségolène Royal, Dominique Strauss-Kahn, Bernard Kouchner, Michel Rocard, Daniel Cohn-Bendit et d'autres, n'est pas que de circonstance.
Elle est une chance pour tous : d'abord pour battre une droite en échec sur tous les compartiments de l'action gouvernementale depuis 5 ans ; ensuite pour donner de l'air à un système politique à bout de souffle et hâter sa recomposition ; enfin, pour apporter son exigence, sa pierre, sa participation positive à un projet de rénovation dont le pays a un besoin vital.




Merci pour cet article lucide, je partage ton avis... ceux qui s'abstiendront devront assumer.
Rédigé par: malisan | 25 avril 2007 at 11:13
On peut poser la question différemment, José.
Quel rôle veut jouer Bayrou dans la configuration qui émanera du second tour ?
Se rallier à un bloc serait agir en faveur de cette bipolarité qu'il dénonçait, et faire le jeu d'un des deux partis en présence : incohérence avec ce qu'il présentait comme la voie qu'il tentait d'ouvrir, celle d'une transversale aux partis traditionnels.
Choisir serait faire un pas vers cette bipolarité et la renforcer.
Ne pas choisir, afin de conserver son indépendance, mais que faire de cette indépendance ?
Elle ne se conçoit comme utile que dans l'hypothèse où il pourrait former un groupe fort à l'assemblée.
Il me semble que son attitude depuis dimanche pourrait tendre vers cette démarche : tout miser sur les législatives en très grande indépendance.
Le raisonnement est : quel que soit le résultat du second tour, SI j'obtiens un groupe d'une bonne puissance à l'assemblée rien ne pourra se faire sans ce groupe, qui sera pivot.
M'imaginant à sa place et si je pensais devoir jouer un rôle utile, sinon indispensable, pour mon pays je tenterais peut-être le pari des législatives.
Car si le poste présidentiel est d'une grande importance un groupe musclé à l'assemblée ne serait pas sans effet dans les décisions prises durant la législature, loin de là !
En termes d'efficacité le pari sur les législatives pourrait donner des résultats tangibles.
Mais Bayrou a-t-il quelques chances de pouvoir constituer un tel groupe parlementaire, peut-il se les donner ?
Je l'ignore.
Rédigé par: jcm | 25 avril 2007 at 11:31
@jcm : mais sans choix, y a pas de législatives.
Avec 18,5% des voix, face à deux blocs qui pèsent entre 25 et 31%, dans un scrutin majoritaire, tu ne récupères pas de sièges si tu n'as pas d'alliés.
Et quel que soit le vainqueur, il n'aura pas intérêt à servir la soupe à quelqu'un de non fiable.
Rédigé par: José | 25 avril 2007 at 11:44
ben tu vois José, quand je lis le début de ton post, j'ai le ventre qui se noue. Contrairement à toi j'ai voté Chirac au 2° tour de 2002. J'ai même convaincu des amis qui refusaient de le faire... mon argument à l'époque, montrer à Le Pen et ses électeurs, à la face du monde que nous rejetions en masse le fascime, plus nous étions nombreux plus ça avait de sens. Une sorte d'union national anti fasciste quoi !
Quelle naïveté ! je croyais très sincèrement que Chirac une fois élu prendrait la mesure des voix reportées sur lui, que face à la claque nous nous regarderions tous autrement; Il nous a volé, il m'a volé ! Si j'avais su....
Mais aujourd'hui un certain nombre de personnes avec lesquelles je discute, de gauche, qui ont voté Bayrou, pronnent avec arrogance l'abstention alors même quand 2002 ils ont vôté comme moi, Chirac. ....... ?!
Concernant la fin de ton post, je ne crois pas que la politique à bout de souffle se relèverait avec un raliement au centre. Peut être dans un premier temps, mais la droite battue c'est un vrai travail de fond oppéré par des alter modialistes, verts, bovètistes etc, qu'il faut mener pour peut être avoir l'espoir de changer quelque chose. Un PS/Centre doit être poussé à s'interroger profondément sur les systèmes économiques, sociaux ... sinon une crise repointera son nez.
Bon pour le moment .... faut y casser sa bouche à c't'culé ;)
Je vôterai Royal évidemment, mais le PS serait bien trop content de pouvoir s'affranchir enfin du reste de la gauche.
Rédigé par: lény | 25 avril 2007 at 11:44
@Leny : pas si simple. Le PS, on le sait, n'est pas un bloc monolithe.
On peut imaginer qu'après les élections, deux familles marquent leurs différences et qu'un grand parti réformiste, gestionnaire, rassemble la majorité du PS, les Verts et le centre, tandis que se formerait, à son aile gauche, un rassemblement anti-libéral, qui lui servirait d'aiguillon. Cela passe par la disparition des formations existantes (PC, LCR, LO), mais pourquoi pas ?
A l'autre bout, Sarkozy finirait de siphonner le FN (comme Mitterrand l'avait fait pour le PC), ramenant la droite extrème à ce qu'elle était avant 81 (3 à 5%).
C'est, après tout, le schéma que dessinait François Bayrou avant le premier tour. Pour ma part, il me semblait et il me semble important qu'il n'en soit pas le seul leader, mais que le Parti démocrate auquel il aspire soit plus ancré à gauche qu'au centre. On est dans les bonnes circonstances pour le tenter.
Rédigé par: José | 25 avril 2007 at 11:51
José, j'aime beaucoup ta vision de la chose... et je dirais même que je la partage ! ;)
Rédigé par: Hugo | 25 avril 2007 at 12:07
Remarquez pas qu'aprés l'UMP qui devenait le partis des droites, il devient le pari de la droite et, le parti "futur" redevient le centre, la gauche reste à gauche, on se retrouve avec une gauche un centre et une droite, rien ne change tout continue et l'impermanence devient permanence et le sourire pertinant. Le futur reste futur, et au présent ça ne se présente pas bien pour ceusss qui voulaient que ça change.
Rédigé par: luluberlu | 25 avril 2007 at 12:09
@ José :
"mais sans choix, y a pas de législatives."
Là je ne comprends pas trop...
La dynamique de l'indépendance telle que je l'exposais voudrait un discours comme :
"Je ne choisirai pas de vous orienter vers l'un ou l'autre candidat, je ne vous donnerai aucune orientation de vote car la question de notre avenir est désormais hors de cette bataille présidentielle.
Pour que nous jouions le rôle que nous avons à tenir il faut que nous soyons une force significative dans la nouvelle assemblée.
Devenons une nouvelle force, un nouveau parti (France Transversalité ?) qui détiendra les clefs du travail législatif et pourra voter selon sa conscience pour ou contre les propositions de lois émises par le nouveau gouvernement, quel qu'il soit."
"...tu ne récupères pas de sièges si tu n'as pas d'alliés" : qui sait ?
Ne pourrait-il pas se produire pour les législatives un phénomène comparable à cette ascension de Bayrou dans cette présidentielle (qui n'était pas gagnée d'avance et peut être vue comme un écart au schéma classique) ?
Rédigé par: jcm | 25 avril 2007 at 12:11
@JCM, oh naïf qui pense que l'action sur l'histoire est une affaire d'affaire. NoN, c'est le mouvement que l'on imprime à l'instant présent. Je bouge le clavier.
Rédigé par: luluberlu | 25 avril 2007 at 12:17
@Hugo : merci :)
@jcm : tu négliges deux choses :
1- les électeurs qui auront fait un choix au deuxième tour, pour l'un ou l'autre candidat, resteront probablement globalement cohérents avec ce choix un mois plus tard.
2- l'UDF, pour être présente partout, devra, à partir d'une base fidèle d'une vingtaine de sortants, “trouver“ plus de cinq cents candidats, sans base locale, sans expérience. En plus, tu voudrais que ce soit sans alliés ?
Ça s'appelle aller au casse-pipe et c'est en ça que je dis : sans choix, pas de législatives :)
Rédigé par: José | 25 avril 2007 at 12:25
Faut espérer que comme en 81 contre GdE, Chirac/voleur flingue Sarko en douce. Il est prêt et pas seul ......!
http://www.linternaute.com/actualite/grand-prix-bendrihem-2007/les-tontons-flingueurs-de-l-elysee.shtml
;)
Rédigé par: lény | 25 avril 2007 at 12:31
Ce qui se joue est trop important aux yeux des possésseurs, il n'y aura pas d'arnaque, elle à dèja eu lieu, Le PEN est au deuxième tour. Héhé
Rédigé par: luluberlu | 25 avril 2007 at 12:35
José, mon choix du second tour ne sera pas celui que j'adopterai pour les législatives pour la simple raison que le second tour présente un éventail réduit alors que les législatives offriront toutes les tendances parmi lesquelles se trouve celle que je soutiendrai.
Je suppose que cette logique sera mise en oeuvre par d'autres que moi.
Eh oui, "“trouver“ plus de cinq cents candidats" : c'est un pari, le pari de regrouper sous une bannière plus ou moins nouvelle.
Ce serait la seconde étape d'une mobilisation assez inédite et risquée, j'en conviens.
Mais qui ne risque rien... dit-on !
Rédigé par: jcm | 25 avril 2007 at 12:47
@ Luluberlu
L'action sur l'histoire est une potion étrange dont je ne suis pas certain qu'il n'existerait qu'une seule et unique formulation !
Royal et Bayrou, chacun à leur façon, ont transgressé des dynamiques habituelles, ces derniers temps.
Avec pour chacun une certaine réussite : sortir des sentiers trop creusés par des pas monotonement répétés peut mener à des destinations que l'on distinguait mal auparavant...
Cela dit il ne faut rien déduire du point de vue de mes options personnelles (mais qui s'en soucierait ?) à venir de ce que j'ai pu inscrire sur cette page : ce sont mes réflexions sur un sujet donné, rien de plus.
Rédigé par: jcm | 25 avril 2007 at 13:53
Luluberlu> ton commentaire me fait penser à l'Espagne lorsque des espagnols après atocha disaient aux journalistes français, qui les regardaient alors comme d'inconscients irrespectueux, qu'Aznar était un fascho. En Espagne -presque comme en france bientôt- l'extrème droit n'existe pas, elle est comprise dans la droite.
Rédigé par: lény | 25 avril 2007 at 14:07
ça tourne en rond tout ça mdrr
Rédigé par: sophie | 25 avril 2007 at 15:07
Au second tour "Ne pas choisir, c'est choisir Nicolas Sarkozy" mais tu oublie qu'au premier tour choisir Ségolène Royal comme tout autre candidat que Bayrou c'était déjà choisir Nicolas Sarkozy...
Seul Bayrou pouvait passer face à Sarkozy ou tout autre candidat.
Rédigé par: Farid Taha | 25 avril 2007 at 16:55
Je ne suis pas véritablement étonné que Ségolène ROYALE s’affiche avec Dany le rouge, petit bourgeois arrivé en mal de sensations, responsable des troubles des étudiants de mai 68 auxquels a mis fin la classe ouvrière... Il est alors parti s'exiler en Allemagne.
Dis-moi qui tu fréquentes, je te dirais qui tu es…
Rédigé par: Roger | 25 avril 2007 at 22:57
@Farid : Personne ne pourra jamais vérifier l'hypothèse que tu évoques, et pour cause.
En revanche, il ne serait pas inutile que vous vous interrogiez sur les raisons réelles qui ont fait que ton candidat n'a pas pu franchir le cap du premier tour.
J'en vois quelques-unes, dont celle-ci : avant le premier tour, François Bayrou a accueilli chaque signe de bonne volonté des socialistes avec une auto-satisfaction qui confinait, oserai-je dire, à de la vanité. Il a toujours dit, en substance, “les autres viendront à moi“ sans jamais ajouter “et moi, j'irai vers eux“. Dommage...
Pour le reste, je te dis merde pour la campagne qui vient :)
Rédigé par: josé | 26 avril 2007 at 00:44
Quitterie annonce qu'elle votera Ségolène Royal :
http://www.page2007.com/2007/04/26/quitterie-delmas-jeune-engagee-convaincante-par-joy-binoche/
Rédigé par: Axel | 26 avril 2007 at 03:44
Très bien :)
Rédigé par: josé | 26 avril 2007 at 08:56
@JCM on dirait que ça bouge un peu, ma formulation n'est LA, mais je ne peu décrire ce que je sens sans .
@ leny nous y sommes, plus les droites mais la réaction en pleine action et la réaction n'a pas de lieu géographique politiquement déterminée. Elle s'intalle partout où il y a matière à revenir sur les valeurs déja repoussées, l'acquis l'inné je ne croyais pas possible qu'en FRAAAANCE on pouvait y revenir dessus....
@roger Dani le rouge est comme toi et moi, mais on (les médias) lui donne la parole et il s'en sert. Quand à Mai 68 je m'en suis régalé, je m'en régale encore et je serai crevé depuis mille ans que je rigolerais encore de la gueule du Censeur de mon bahut quand nous avons occupé. Oups que c'était bon pour les mioches que nous étions de prendre en main notre vie et certain d'entres nous n'ont plus jamais laché cette main, je revendique d'en être.
Rédigé par: luluberlu | 26 avril 2007 at 13:18
Ah voilaaa
Rédigé par: sophie | 26 avril 2007 at 14:21
Et oui Sophia je suis une victime de la bombe qui est tombée un matin du printemps 68 et qui a irradié tout un peuple, celui de ceux qui n'ont que trés rarement la véritable possibilité de prendre en main leur vie, alor ils en ont profité et en sont toujours victimes.
Rédigé par: luluberlu | 27 avril 2007 at 14:28
t'a été irradié mon pauvre luluberla ?
Rédigé par: sophie | 27 avril 2007 at 14:33