Sondages et statistiques : la danse des chiffres
Nous vivons au rythme des enquêtes d'opinion, des sondages et des statistiques. Au rythme des chiffres. Calculés par des ordinateurs surpuissants, nourris de milliers, parfois de millions de données. Les ordinateurs ne se trompent pas.
Ces chiffres nous donnent donc des certitudes : Le Pen remonte, la croissance est à 2,1%, le chômage baisse, l'inflation est quasiment nulle...
Pour autant, la réalité décrite par les sondages et les statistiques, n'est-elle pas une illusion absolue ?
S'il n'y a pas d'inflation, la vie est notoirement plus chère qu'elle ne l'était voici 5 ans.
Si le taux de chômage officiel est de 8,4%, selon l'Insee (qui est dans “l'incapacité“ de produire les chiffres consolidés pour 2006 avant la présidentielle), ce chiffre est contesté et revu à la hausse par Eurostat, l'Office statistique des communautés européennes, qui établit aujourd'hui le taux de chômage à 8,8%. Et l'on sait par ailleurs que ces chiffres ne comptent guère que la moitié des sans-travail.
Si le déficit commercial américain est déclaré à, 68 milliards de dollars en septembre, vous le retrouverez sensiblement corrigé, à la hausse ou la baisse, trois mois plus tard.
Imagine-t-on que les déficits français ou américain sont comptés, sou par sou, par des plumitifs scrupuleux à manches de lustrine, attablés jour et nuit dans quelque bureau obscur ?
Imagine-t-on que les sondages d'opinion, fondés sur des questions souvent contestables dans leur libellé, des réponses de sondés pas toutes sincères ou exactes, transcrites par des sondeurs susceptibles de se tromper, mises en machine puis, “redressées“, c'est-à-dire interprétées, modifiées, par des chargés d'études, constituent une science exacte ? Non, bien sûr.
A quels chiffres se fier ? Et peut-on se fier à des chiffres qui sont le résultat de manipulations humaines, fussent-elles de bonne volonté, à l'entrée et à la sortie des ordinateurs ? Comment les gouvernants peuvent-ils prendre des décisions fines, adaptées, dans ce brouillard qui, au total, doit les tromper presque autant que les citoyens ?
Pour comprendre les tendances à court terme, nous sommes, gouvernants inclus, comme des aveugles, doigt mouillé sous le vent. :)




Tout à fait José mais ces chiffres sont dans bien des cas ce dont nous disposons "de mieux" pour apprécier des situations, et définir nos décisions.
La question n'est pas sur le chiffre en lui même mais comme tu le remarques dans la manipulation qu'il peut subir.
L'objectivité est probablement un idéal inaccessible, dès lors il y aura toujours soupçon de travers (il existe d'ailleurs des travers mathématiques qui ne rendent pas la statistique facile !).
Tout est donc question de déontologie : il serait probablement intéressant que l'on puisse se pencher sérieusement sur cette déontologie de la construction de chiffres et d'indicateurs.
Il me semble indispensable d'envisager la création d'officines qui seraient correctement financées et indépendantes des pouvoirs politiques et d'argent.
Officines placées sous la vigilance de mathématiciens, philosophes, sociologues...
Peut-être obtiendrions-nous des chiffres systématiquement plus fiables (et donc de bons outils de décision), mais probablement jamais "justes".
Rédigé par:jcm | le 30 mars 2007 à 19:12
Remarques de bon sens de jcm. D'autant que, même en supposant de la part des hommes une honnêteté intellectuelle irréprochable, les chiffres sont produits par d'incroyables usines à gaz et à données dont personne ou presque n'a la maîtrise totale. D'où l'importance bien plus grande des commentaires (si possibles contradictoires) qui devraient accompagner toute publication de chiffres.
Rédigé par:Francis | le 30 mars 2007 à 21:24
Des "commentaires", Francis, sans plus de précision, me semblent largement insuffisants.
C'est en fait le système actuel : un organisme publie des chiffres et "on" commente plus ou moins avec plus ou moins de sources contradictoires et plus ou moins de savoir sur les méthodes utilisées pour produire les chiffres.
C'est pourquoi je demande des officines à l'indépendance statutaire et des instances de contrôle, ceci dans un certain nombre de domaines, et des modes de fonctionnement très "transparents".
Car on constate des dysfonctionnements et des carences dans le domaine des statistiques en France, carences qui peuvent être une excellente solution pour masquer certaines réalités : des chiffres qui n'existent pas et sur lesquels on ne se penchera donc pas !
Rédigé par:jcm | le 31 mars 2007 à 07:41
À dire vrai, je ne crois guère aux "officines indépendantes", tant le niveau de corruption est élevé. D'où ma préférence pour les commentaires contradictoires par des experts ayant accès aux méthodologies employées, accès qui, j'en conviens, n'est pas forcément aisé.
Rédigé par:Francis | le 31 mars 2007 à 22:37
J'allais chanter les louanges de José sans trouver un bémol à poser, mais au dernier §, ouf :
c'est sur le moyen terme que nous sommes désarmés, c'est-à-dire sur où nous sommes à vue d'hommes et de femmes.
Les indicateurs ont beau être de plus en plus flous et fragiles, mesurer de plus en plus mal une réalité socio-économique de plus en plus complexe (en tout cas d'une complexité de plus en plus différente de celle pour laquelle les indicateurs ont été conçus), ...
.... malgré cela, sur le court terme (1 an en économie, 1 semaine en opinion publique), leurs évolutions font encore sens.
C'est une course entre la vitesse d'évolution du phénomène sociétal (que l'indicateur saurait mesurer) et la vitesse d'évolution de la nature du phénomène (qui rend l'indicateur obsolète).
Rédigé par:FrédéricLN | le 01 avril 2007 à 18:55
Bien vu, FredericLN :)
Rédigé par:José | le 01 avril 2007 à 20:39