Quand Bayrou veut manger le PS...
Les choses commencent à s'éclairer dans la stratégie de François Bayrou : il veut manger le PS.
Aujourd'hui, dans un entretien accordé au Monde, il affirme : “Elu président de la République, investi de la confiance des Français et
porteur de ce mandat du peuple... Je formerai un gouvernement [de rassemblement] composé de femmes
et d'hommes compétents, d'accord sur les grands choix, et
représentatifs des grandes sensibilités démocratiques du pays... Ce gouvernement accordera un label dans chaque
circonscription aux candidats qui le soutiendront. La nouvelle majorité
présidentielle sera présente dans chaque circonscription du pays. Et
les Français la choisiront.
- Cela vous amènera-t-il à créer un nouveau parti ?
- Oui,
je crois que ce sera une nécessité. Pour porter ce nouvel espoir et
cette grande responsabilité, l'UDF dans sa forme actuelle ne suffira
pas. Il faudra un grand parti démocrate pour la France.“
Le choix des mots n'est jamais innocent.
François Bayrou, que l'on connait si critique du jeu bi-partisan de l'UMPS, songe bien à une bi-polarisation sur le mode américain ou britannique : un grand parti sur le mode des Républicains ou des Tories (l'UMP et ses satellites de droite, Villieristes et au-delà), un autre sur le mode des Démocrates ou du Labour (incluant les Verts et l'essentiel de socialistes), les extrêmes étant renvoyés dans leurs cordes ou ad patres.
Différence avec la situation actuelle ? La ligne de partage et le centre de gravité de cette bi-polarisation recomposée seraient fatalement plus à droite qu'aujourd'hui et assez conformes à ce qui se pratique, non en Allemagne comme aime à le dire le président de l'UDF, mais plutôt en Grande-Bretagne ou, plus encore, aux Etats-Unis.
L'UMP, délestée du parti Radical de Borloo qui serait sans doute convié à rejoindre le “Parti Démocrate“, serait repoussée à droite et aurait vocation à se durcir et à avaler l'extrême-droite. Le PS se fractionnerait et sa gauche se déliterait ou rejoindrait l'extrême-gauche.
En admettant que cette hypothèse tienne, “Démocrates“ recentrés et “Républicains“ décentrés pourraient ainsi poursuivre les jeux d'antan, tout en communiant dans une même révérence décomplexée pour le libéralisme économique.
Et François Bayrou, au terme d'une manœuvre habile, aurait déplacé le centre de gravité de la gauche vers le centre (voir le post précédent) et serait le Tony Blair français, en lieu et place de Ségolène Royal.
Celle-ci, après avoir rassemblé les socialistes, et compte tenu que la gauche semble confinée dans les sondages à son étiage le plus bas depuis 1969 (36,5% des voix), serait bien inspirée de retrouver sa voix iconoclaste du printemps et d'ouvrir le jeu à son tour. Dans un sens ou l'autre.






comment comment ? des perspectives inquiétantes ? la Vème tousse ? mdrrr
Rédigé par:sophie | le 02 mars 2007 à 20:57
j'vais y faire comme y dit l'Crouzet dans son bouquin, j'vais y sortir sur papier et y faire lire aux collègues pour qu'y est du buzz au boulot ! ;)
Rédigé par:lény | le 03 mars 2007 à 01:22
Peut-être... mais la France n'est pas les Etats-Unis, ni même l'Allemagne, et je ne pense pas que la "gauche de la gauche" se laisse détruire si facilement, ni que le PS pourrait être avalé dans ce Parti démocrate. En fait, en cas de réussite du projet Bayrou, je crois plutôt à l'apparition d'un système tri-partisan, qui pourrait avoir une traduction institutionelle (trois candidats au second tour au lieu de deux). On aurait alors un PS recentré sur ses valeurs qui absorberait l'extrême-gauche, un centre puissant, et une UMP alliée au FN. Est-ce que ce serait vraiment plus mal que le système actuel, où la bipolarisation existe de fait depuis longtemps, et où ces deux pôles mènent une politique dont les différences sont minimes ?
Rédigé par:Tristram Shandy | le 03 mars 2007 à 10:09
"ça tourne en rond tout ça"
Rédigé par:sophie | le 03 mars 2007 à 10:31