Les dangers du déficit américain
763,6 Milliards de dollars, c'est le montant record du déficit commercial américain pour 2006, en hausse de 6,5% par rapport à 2005 (717 Mds $).
Il était de 617,7 Mds $ en 2004 et de 496,5 Mds $ en 2003. 54% d'augmentation en 3 ans
En 2006, le déficit commercial américain avec la Chine a également touché des sommets : il représente 30% du total, à 232,5 milliards de dollars.
Les déficits commerciaux américains et donc le standard de vie américain, “non négociable“, selon le mot de George Bush père, sont financés par le reste du monde (principalement le Japon, la Chine, l'Europe et les pays pétroliers).
Jusque là, tout va bien : tout le monde se tient par la barbichette. Si, par exemple, les chinois lâchent brutalement les Etats-Unis, alors qu'ils n'ont pas encore développé la consommation sur leur marché intérieur, ils perdent leur plus important débouché commercial, ruinent leur potentiel de croissance et s'exposent à une explosion sociale.
Restent que tous les pays créditeurs s'inquiètent de l'ampleur des déficits américains et des déséquilibres ainsi créés.
Pour des raisons diverses mais convergentes (financement des retraites pour le Japon, investissement dans son propre développement pour la Chine, opposition géo-politique pour d'autres encore...), ils n'ont pas vocation à les financer durablement ou sans limites.
Que peut-il se passer ?
Soit les Etats-Unis diminuent spectaculairement leurs déficits en achetant moins à l'étranger, mais ils prennent alors le parti de diminuer la consommation et touchent alors au standard de vie des américains, avec les effets politiques désastreux qu'on peut imaginer. Simultanément, ils provoquent une récession chez leurs fournisseurs (principalement la Chine), qui n'ira pas sans graves conséquences sociales et politiques.
Soit les américains ne font rien -c'est l'hypothèse qu'on retient- et la valeur du dollar contre l'Euro et d'autres monnaies va continuer de se dégrader.
L'Euro vaut aujourd'hui 1,3028 $. Tendanciellement, le dollar perd et perdra de la valeur. Certains le voient baisser, dans les prochains mois, jusqu'à 1,5 ou 1,8.
Pour contrer cette baisse, il n'y a qu'une parade : augmenter les taux de base
bancaires du Dollar, ce à quoi Ben Bernanke ne peut se résoudre, car
cela signifierait un ralentissement de l'activité aux Etats-Unis. Coincé.
Combien de temps peut durer cette situation, à la fois figée (par absence de solution simple) et en aggravation exponentielle ?
Cela dépendra du temps, du vent, du cours du pétrole (58,45 $ le baril aujourd'hui), de la situation internationale, de la pression sociale en Chine, de l'ampleur de la crise immobilière qui a commencé en août dernier aux Etats-Unis et de la brutalité de l'atterrissage de l'économie américaine qui s'ensuivra.
Mais dans tous les cas de figure, l'Europe est en première ligne d'une situation explosive à court terme. Un dollar faible et un Euro fort pénaliseront d'abord l'économie européenne et ses exportations. C'est déjà le cas pour la France, dont le déficit commercial se creuse dangereusement depuis quelques mois.
Bien malin ou bien imprudent qui annonce une croissance de 2% pour 2007. Les candidats à la Présidentielle feraient bien d'y songer et de préparer l'opinion publique à quelques tangages de belle ampleur, au lieu de multiplier les promesses coûteuses.




Il y a quelques temps, je suis tombé sur cet article d'un chroniqueur américain :
http://www.austinchronicle.com/gyrobase/Issue/column?oid=oid%3A268467
Il utilise une métaphore intéressante pour parler de la situation de l'économie américaine liée par ses dettes et surtout par sa dépendance à une énergie bon marché :
"L'Amérique est finie. Elle est comme le coyotte du dessin animé qui court dans le vide après avoir franchi le bord d'une falaise. Il regarde vers le bas, et lorsqu'il s'aperçoit qu'il n'y a que du vide en dessous de lui, il tombe. Beaucoup d'américains se doutent déjà qu'ils n'y a plus rien en dessous d'eux, mais ils n'ont pas encore regardé."
Rédigé par: Kilroy | le 14 février 2007 à 10:00
N'est-ce pas plutôt 1 € = 1.3028 $ ?
Rédigé par: Bertrand | le 14 février 2007 à 10:19
Merci Bertrand, ma plume a fourché et je ne me suis pas relu assez attentivement : corrigé :)
Rédigé par: José | le 14 février 2007 à 10:47
Mais pourquoi regarderaient-ils vers le sol, they trust in god, ils y coient à la divine providence.
Rédigé par: luluberlu | le 14 février 2007 à 12:25
On s'inquiète du déficit américain de 800 milliards de $ mais, à moins que je n'ai rien compris aux chiffres, le déficit de la France est de 1.100 milliards d'euros.
Alors ?
Rédigé par: Philippe PAPON | le 30 mars 2007 à 11:29
" Jusque là, tout va bien : tout le monde se
" tient par la barbichette. Si, par exemple,
" les chinois lâchent brutalement les
" Etats-Unis, alors qu'ils n'ont pas encore
" développé la consommation sur leur marché
" intérieur,
Hummm... c'était peut-être vrai il y a quelques années, aujourd'hui leur marché intérieur est immense ...
" ils perdent leur plus important débouché
" commercial, ruinent leur potentiel de
" croissance et s'exposent à une explosion
" sociale.
Hummm... une récession US serait idéale pour les Chinois : assis sur une montagne de réserve de change de quasiment 2 trillions de pesos US (en équivalence car ils n'ont pas que du USpesos), ils pourront s'offrir tout ce ce dont ils ont réellement besoin à long terme : énergie (réservoirs), matières premières (mines et gisement), nourriture, ou encore besoin : savoir-faire et technologie avec moins de concurrents et davantage d'offreurs, donc à des tarifs canons.
En récession "cash is king".
C'est d'ailleurs leur stratégie actuelle, en Afrique notamment : on achète de la prod. sur longue durée, on vous construit une infrastructure pour exporter ces matériaux dont vous profiterez aussi pour vos propres besoins et en prime, on vous prête le pognon à un meilleur taux que le FMI. On vous rajoute même un hôpital ou une école le long des routes. Et, bien entendu, vous rester maître chez vous : on ne se mêle pas de vos affaires internes, on ne vous impose pas nos dieux ni notre culture ...
2 T$ / 1.2 B Chinois ~ 1 200 USpesos par chinois ...
Le déficit amerlocain réel est plutôt du double, même leur "comptroler general" --le président de leur Cour des Comptes-- a dû faire remarquer que le "bilan" de US inc. n'était pas sincère ...
Rédigé par: Armand | le 20 juillet 2007 à 09:57