C'est la démocratie qu'on assassine...
L'équipe de Nicolas Sarkozy a créé une cellule de veille dédiée à contrer, au jour le jour, les propos tenus par ou prêtés à Ségolène Royal.
Le principe est simple : elle dit un truc, on met en avant ses contradictions, ses imprécisions ou ses erreurs, on en conclut systématiquement qu'elle n'a pas la carrure présidentielle, qu'elle est gaffeuse, sotte ou incompétente et on court le pilonner sur tous les blogs (avec force montages vidéo : voir celui, remarquable, sur les sous-marins nucléaires) et sur toutes les antennes.
Le PS, conscient du danger, va sans doute s'y mettre et tapera sur l'inquiétude ou la peur suscitée par Nicolas Sarkozy.
On peut parier que les équipes d'autres candidats, disposant d'un minimum de moyens et de savoir-faire (François Bayrou, Le Pen...) vont faire de même.
Les officines du déballage, de l'instrumentalisation, de la manipulation, du dénigrement, se multiplient déjà, au cœur ou en marge des partis.
Internet, outil du meilleur comme du pire, joue un rôle non négligeable dans cette machine infernale. Sous prétexte de transparence, d'ouverture, de sincérité, il se fait le vecteur de toutes les rumeurs, de tous les ragots, relayé et amplifié ensuite par les autres médias.
Nous sommes donc promis à une campagne distrayante, à l'américaine, visant, de la part de chacun, non à dessiner les contours du futur, mais à détruire consciencieusement, méchamment, salement, la crédibilité de tous ses compétiteurs.
Thierry Crouzet, dans Le cinquième pouvoir, montre de manière convaincante comment, lors de la dernière campagne présidentielle américaine, l'essentiel de l'énergie de chacune des équipes était consacré à décrédibiliser et à destabiliser l'ensemble des autres concurrents.
Ceux qui se prêtent à ce type de procédés, outre qu'ils ne s'honorent pas, augurent mal d'un avenir qui serait bâti sur la haine et la destruction. Plus simplement encore, ils jouent avec le feu.
Une large majorité des français considère déjà que le personnel politique ment, n'est pas honnête ou crédible. Ce type de campagne aura un effet certain : conforter les citoyens dans cette opinion.
Si l'on souhaitait finir de dégoûter les français de la république et de la démocratie, on ne s'y prendrait pas mieux.




Il va falloir être d'autant plus vigilants.
Pour éviter de se faire complètement confisquer l'alternative politique via les blogs il est nécessaire de démonter toutes fausses (ou détournées) informations, tout ce qui ne sera pas de vrai choix d'avenir.
A ce titre tu as l'air de dire que l'interwiew sur RMC diffusée sur le blog de Thierry est un montage ?
Rédigé par: lény | 29 janvier 2007 at 12:59
lény, je crois que le propos de Ségolène Royal n'est pas déformé dans la vidéo en question. Elle s'est bien gourée, tout comme le journaliste (il n'y a pas 1 ni 7 sous-marins nucléaires, mais 10 : 6 sous-marins nucléaire d'attaque (SNA) et 4 lanceurs d'engins).
Mais comme le soulignait un billet dans Page 2007, l'adjonction d'images filmées d'explosions atomiques, selon un montage assez bien fait, indique que, probablement, le petit film diffusé par Thierry n'a pas été réalisé par des amateurs, mais par des pros.
Rédigé par: José | 29 janvier 2007 at 13:11
Si l'on souhaitait... mais on pourrait penser qu'ici ou là "on souhaite vraiment" dégoûter de la démocratie, et cela en utilisant les outils de la démocratie : simultanément la vider et la travestir.
Une stratégie qui viserait à faire en sorte que tous ceux qui ne voteraient pas pour moi seraient dégoûtés de voter me laisserait champ libre aux élections : seuls, à la limite, mes supporters voteraient.
Pour cela, "avoir raison", toujours et à tout prix, en tout et d'abord sur tout ce qui peut faire quelques vagues, car on aime bien les vagues et cette écume des choses qui cache si bien le fond, un fond que n'iront pas exhumer les prostituées intellectuelles.
Des prostituées intellectuelles que l'on voit effectivement se multiplier sur le web.
Et l'on ne peut pas considérer ces dénigrements systématiques comme une sorte de jeu, ou même d'art même s'ils font appel à de nombreuses ressources qu'utilisent jeux et arts car ici le trompe l'oeil peut nous mener quasi physiquement dans le mur.
Roulette russe, degré zéro de la politique...
Rédigé par: jcm | 29 janvier 2007 at 13:44
Concernant les campagnes politiques américaines, la stratégie de dénigrement/démolition de l'adversaire est (nettement) plus ancienne que l'arrivée de l'internet comme média politique.
Ce type de campagne politique s'explique aux Etats-Unis (sans l'excuser, hein!) par l'absence de démarquage idéologique significatif entre les candidat-e-s.
Pour la présidentielle française de 2007, j'ai l'impression que cette nouvelle communication politique est notamment mise en avant en raison de l'entreprise de brouillage idéologique à l'oeuvre actuellement. Aux commandes de cette entreprise de brouillage idéologique, nous retrouvons certes aujourd'hui l'équipe de Nicolas Sarkozy, mais l'équipe de Ségolène Royal avait entrepris ce même brouillage idéologique lors de sa campagne des primaires socialistes (exemple sur la sécurité ou l'école).
Autrement, j'ai découvert ces derniers jours votre blog et je trouve son écriture remarquable. Un vrai régal. :)
Rédigé par: lyonelk | 29 janvier 2007 at 14:21
exact et également d'accord avec le commentaire de lyonelk.
pour ma part j'ai décortiqué sur mon blog la fiche-argumentaire consacrée par le PS à Bayrou : ça vole lamentablement bas...
Rédigé par: edgar | 29 janvier 2007 at 15:20
et oui,Madame Royal est dénigrée systématiquement, on ne verrai pas ça vis à vis d'un candidat de droite mdrrr
Rédigé par: sophie | 29 janvier 2007 at 16:14
@Sophie : mdr aussi :)
@edgar : vu la fiche de Bayrou sur ton blog. Effectivement très léger :)
Cela dit, il va falloir qu'il se réveille, le garçon.
Le ralliement de quelques bobos, la sympathie (peut-être provisoire) de quelques électeurs PS et un frémissement dans les sondages est à mettre en balance avec la désertion discrète mais régulière d'une partie de ses notables vers l'UMP (morts de trouile de ne pas retrouver leur siège aux prochaines législatives).
S'il veut être entendu, il doit parler plus fort. Et vite (voir ci-dessous
Brèves politiques (11)).
Rédigé par: José | 29 janvier 2007 at 19:27