Pourquoi Oaxaca est exemplaire ?
Un mot sur mon intérêt pour Oaxaca.
D'un côté, j'aime cette ville, classée trésor de l'humanité, où je me suis rendu à trois ou quatre reprises ; je suis donc sensible à ce qui s'y passe, mais je conviens que ça n'intéresse que moi.
D'un autre côté, il s'avère qu'on y constate deux phénomènes intéressants et exemplaires :
- Tout d'abord, l'émergence d'un contre-pouvoir, plutôt spontané, face aux caciques locaux : quand la démocratie est détournée, captée par ses dirigeants au profit partagé de leur maintien au pouvoir et des intérêts économique d'une bourgeoisie comprador, une autre démocratie finit par se lever, désordonnée, brouillonne, mais puissante et inaliénable, comme une eau contenue finit inéluctablement par déborder et s'écouler comme elle peut.
- Ensuite, l'opposition grandissante en Amérique Latine de ceux qui résistent, s'opposent à des régimes soumis à un modèle néo-colonial, à des logiques économiques, politiques et culturelles, imposées par le modèle de développement occidental et, singulièrement, par les Etats-Unis (voir entre autres, ce qui se passe depuis quelques années au Vénézuéla, au Brésil, en Bolivie, au Nicaragua aujourd'hui même...).
D'un troisième côté, il y a la manière dont nos médias, écrits et audiovisuels, rapportent l'information. Leur manque d'intérêt pour le sujet est flagrant ; on peut le comprendre et l'admettre.
Ce qui n'est pas admissible, ce sont les à-peu-près, les infos tronquées, les erreurs d'évaluation, les mensonges peut-être, qui constituent l'essentiel de leurs maigres reportages et finissent par laisser percer, derrière une feinte indifférence, une véritable intention idéologique et politique.
Il fut un temps où les journaux avaient ou se donnaient les moyens d'entretenir sur place de nombreux correspondants à l'étranger. Puis ces correspondants sont devenus, pour la plupart d'entre eux, des transhumants, moins curieux au fur et à mesure qu'il devenait habituel que, pour leur sécurité, on les contingente dans de grands hôtels.
Aujourd'hui, pour l'essentiel (et je ne parle, bien sûr, ni des J.O. ni des grandes manifestations sportives) et pour d'évidentes raisons de “rationalisation“ économique, ce sont quelques agences qui arrosent le monde entier de dépêches que peu s'avisent de vérifier ou d'enrichir, mais que tous les médias reprennent comme des perroquets. Quelques journalistes tentent d'échapper à cette logique, de battre de l'or pur. Ils n'ont pas la vie facile dans cet univers de fausse monnaie.
En ce sens encore, Oaxaca est exemplaire. Pas seulement pour les mexicains. Pour nous.




Trois bombes ont explosé cette nuit à Mexico.
Les cibles : le PRI, le "Tribunal Electoral del Poder Judicial de la Federación" (je ne sais pas traduire) et une banque.
Pas de victime.
Aucune piste pour l'instant.
Rédigé par: casabaldi | 06 novembre 2006 at 21:12
Et le sandiniste Daniel Ortega serait élu dès le premier tour au Nicaragua !
Incroyable !
Les US sont verts !
Ils n'auraient quasiment plus que la Colombie !
Rédigé par: casabaldi | 06 novembre 2006 at 21:42
Si ce que tu disais pouvais s'appliquer à la société russe!Hélas, plus les années passent, plus ce peuple s'enfonce dans la soumission à un contrôle total de son âme. Poutine et quelques oligarques potes à lui rejouent les années Staline et écrasent impitoyablement toute opposition politique ou idéologique. Au passage ils assassinent le peuple tchétchène.
Pourtant,Poutine est toujours très populaire en Russie.
Ainsi tous les peuples ne réagissent pas de la même façon face à la dictature. A moins que ce soit une question de temps. Peut-être le peuple russe a t-il finit par ceder après soixante-dix ans d'absence de démocratie. Peut-être a t-il finit par se résoudre , a abandonner la Liberté comme on abandonne un vieux vêtement, à baisser la tête quoiqu'il arrive. Souhaitons qu'à Oaxaca, la liberté reste un concept cher au coeur du peuple.
Rédigé par: greenspirit | 06 novembre 2006 at 23:01
@Casabaldi : L'APPO se désolidarise des trois attentats de Mexico City en réaffirmant son caractère pacifique.
@greenspirit : tu as raison, il ya beaucoup à dire sur la Russie de Poutine qui, en termes de liberté de parole et d'action, ne représente pas beaucoup de progrès comparée à l'URSS et à la Russie tsariste. On en reparlera bientôt.
Rédigé par: josé | 06 novembre 2006 at 23:34
AH mais je n'ai jamais dit que c'était eux !
D'ailleurs, ça ne leur ressemble pas du tout, et ils ont autre chose à foutre en ce moment.
Ce n'est surement pas l'EZLN non plus, pas leur genre.
Par contre, ou un "groupuscule" qui aurait fini par s'énerver ou les services secrets de je ne sais où qui chercherait à discréditer le bordel... à suivre.
Rédigé par: Casabaldi | 07 novembre 2006 at 10:07
Les 3 attentats à la bombe de Mexico (+2 bombes qui n'ont pas explosé) sont revendiqués par 5 organisations (inconnues de moi) aux noms “poétiques“ :
• Movimiento Revolucionario Lucio Cabañas Barrientos,
• Tendencia Democrática Revolucionaria-Ejército del Pueblo,
• Organización Insurgente 1 de Mayo,
• brigada de Ajusticiamiento 2 de Diciembre
• Brigadas Populares de Liberación
Rédigé par: josé | 07 novembre 2006 at 10:17
yep, et la police dit les connaitre. Donc soit c'est eux, soit c'est la police :-).
Sinon, Ortega se rapproche de la victoire au Nicaragua.
Content de voir l'Amérique du Sud exister sur ce blog. ça change des faits divers français des vieux medias.
Rédigé par: Casabaldi | 07 novembre 2006 at 10:23
Oui, enfin, je sais pas si ça passionne les foules autant qu'un bon petit viol d'enfant ou un cours de congélation. Au vu du nombre des commentaires, la réponse est clairement non.
Mais je m'en fous, je préfère les produits frais aux produits congelés :)
Rédigé par: josé | 07 novembre 2006 at 11:18
Apparemment, des cas de torture sont relevés parmi les personnes arrêtées au cours des récentes manifestations.
A part ça, voici un texte qui fait le point de la situation au Mexique et à Oaxaca :
Chronique d'Oaxaca, 8 novembre 2006
Le gouverneur Ruiz est lâché par le gouvernement fédéral
Le ministre de la politique intérieure, Carlos Abascal, a déclaré dans une conférence de presse que le gouverneur d'Oaxaca, Ulises Ruiz, devait, ou bien parvenir à un pacte de gouvernement avec ses opposants et obtenir une trêve pour montrer qu'il était capable de gouverner, ou bien donner sa démission. Le ministre a refusé d'évoquer un possible chantage du PRI, qui menacerait d'être absent à la cérémonie d'investiture de Felipe Calderon.
Il a annoncé que, si l'Etat fédéral n'avait pas le droit de destituer un gouverneur d'Etat, en revanche il existait des moyens légaux pour le contrôler :
1. un audit de la gestion des ressources fédérales reçues par l’Etat ;
2. une enquête judiciaire sur la responsabilité du gouverneur dans les violences perpétrées par des paramilitaires. Cependant, il s'est refusé à avancer une date pour le retrait de la police fédérale de la capitale oaxaquénienne, celle-ci étant, selon lui, nécessaire "pour
garantir la sécurité des citoyens".
La situation sur place
Ce mercredi, l'APPO doit remettre une proposition au gouvernement fédéral dans laquelle elle demande la destitution de plusieurs hauts mandataires de l'administration Ruiz, comme condition pour entamer des négociations avec le ministre de l'intérieur.
Les étudiants estiment nécessaire de maintenir les barricades qui défendent l'université et la radio. En effet, la situation est toujours dangereusement tendue : des agressions sporadiques de la part de policiers ont encore eu lieu contre des indigènes ou contre des habitations ; la radio du gouvernement, Radio Ciudadana, continue à émettre des appels à la haine contre les professeurs et les militants de l'APPO ; des inconnus cagoulés ont détruit un fast-food à coups de cocktails Molotov.
La chambre des députés a refusé au président l'autorisation de partir en voyage officiel au Vietnam et en Australie, estimant que la gravité de la situation requérait sa présence dans le pays. Un député de son propre parti s'est demandé non sans humour : "Pourquoi veut-il aller au Vietnam,
puisqu'il a le sien ici ?"
Les actions futures
L'APPO appelle tous les groupes de lutte, formels ou informels, à envoyer des délégués à un congrès constitutif à Oaxaca, du 10 au 12 novembre, qui aura les objectifs suivants :
1. Constituer formellement l'Assemblée populaire des Peuples d'Oaxaca
2. Discuter et approuver les statuts, principes, programme et propositions de l'Assemblée nationale des peuples d'Oaxaca
3. Elire le premier Conseil national des peuples d'Oaxaca, qui sera l’organe de coordination et de représentation de l'APPO
4. Approuver le plan d’action à court, moyen et long terme.
L'organisation souligne à cette occasion que sa lutte ne se limite pas à chasser "le tyran Ruiz" mais a pour objectif de transformer profondément l'organisation politique de l'Etat pour répondre aux demandes des peuples qui l'habitent.
Les attentats à la bombe du Discrict Fédéral revendiqués par cinq groupes de guérilla
Les attentats à la bombe qui ont secoué la ville de Mexico la nuit de dimanche à lundi ont été revendiqués en commun par cinq groupes de guérilla : le Mouvement révolutionnaire Lucio Cabanas Barrientos (MR-LCB), la Tendance démocratique révolutionnaire – Armée du peuple (TDR-EP), l'Organisation insurgée 1er Mai, la Brigade de justice 2 décembre et les Brigades populaires de libération. Ces organisations avaient déjà annoncé à la presse le mois dernier qu'elles passeraient à l'action si la police fédérale réprimait violemment la contestation à Oaxaca.
Dans leur communiqué, elles reprennent les revendications de l'APPO et dénoncent en outre la fraude électorale et "la violence néolibérale institutionalisée". Malgré cette revendication, les autorités judiciaires n'excluent pas la possibilité que ces groupes ne soient pas les auteurs des attentats mais "profitent de l'opportunité pour se montrer".
En tout cas, aucun mandataire judiciaire ou politique n'accuse l'APPO ou le PRD d'en être responsables, comme on l'avait tout de suite craint. Le ministre de la Sécurité publique, Eduardo Molina Mora, a déclaré l'état d'alerte contre la menace d'autres attentats, ce qui consiste à renforcer la surveillance policière et militaire des ports, terminaux aériens et routes fédérales.
Annick Stevens
Sources : La Jornada, les communiqués de l’APPO et de diverses associations indigènes.
Rédigé par: José | 08 novembre 2006 at 23:54
Intéressant, très intéressant.
J'ai suivi un peu l'histoire via ton blog que j'ai découvert pas plus tard que mercredi de la semaine dernière, quand j'étais à Mazunte après avoir traversé la ville de Oaxaca.
Je suis au mexique (puebla) pour un semestre, et en partant en vacances, la route passait par Oaxaca, on savait que c'était risqué, mais ça devait pouvoir passer...
en arrivant à l'entrée de la ville, barricades de pierres, de branches, camions en travers de la route : impossible de passer. Les habitants nous disent qu'ils avaient commencé le barrage la veille qu'il avait cessé, puis repris une heure avant notre arrivée, et que Fox avait envoyé les forces armées qui devraient arrivées 1 heure après notre arrivée sur les lieux. On nous dit que ça va être moche, et qu'on ferait mieux de pas rester dans le coin. Après un nombre élevé de détours de petites rues, boue terre bosse et trous powered, nous suivons les conseils qui disaient de passer par le fleuve, on s'embourbe, moment capital de la semaine où j'enève mes sandales pour ne les remettre que le lundi 6 novembre, on s'embourbe donc, on pousse et ça passe. Traversée finalement tranquile et rebelote à la sortie où il faut passer les barrages dans l'autre sens.
un copain arrivé à puerto escondido jeudi (jour de l'offensive générale si je dis pas de bêtises) m'a dit qu'en passant par oaxaca, ils avaient reçus une pierre dans le bus touristique qui était gentiment passée par la fenêtre, le signalant au chauffeur, il n'eut aucune réponse sinon celle qu'il fallait continuer la route.
J'ai plus d'infos par ton blog que les autres moyens, bon maintenant j'ai ta source, mais sinon c'est dingue quand même...
à suivre
Rédigé par: zoupic | 10 novembre 2006 at 01:23