Incroyable, l'UDF fait ce qu'elle dit !
Vu l'heure, j'ai trop la flemme d'écrire un truc là-dessus, mais je recopie telle quelle la dépêche trouvée dans Yahoo ! par Aureliano Buendia, en rapport avec le post ci-dessous “Il faut aider les soldats Lagardère et Dassault“. Ces petits gars de l'UDF ont l'air de faire ce qu'ils disent. C'est assez rare pour mériter d'être salué.
PARIS (AFP) - Le député UDF Jean-Christophe Lagarde a déposé vendredi une proposition de loi destinée à empêcher les groupes industriels dont l'activité dépend des commandes de l'Etat à plus de 20% de leur chiffre d'affaires, de détenir directement ou indirectement plus de 3% du capital d'un média.
Cette proposition de loi s'inscrit dans la ligne des critiques lancées à la fin de l'été du président de l'UDF François Bayrou contre les groupes industriels, propriétaires de médias, qu'ils accusaient d'"orienter" les Français vers un "choix tout fait" entre Nicolas Sarkozy (UMP) et Ségolène Royal (PS) pour la présidentielle de 2007.
Dans l'exposé des motifs de son texte, M. Lagarde explique qu'il s'agit de "préserver l'indépendance et le pluralisme dans les médias".
La proposition de loi interdit "la détention directe ou indirecte de plus de 3% du capital ou des droits de vote d'une publication de presse, d'une station de radio ou d'une chaîne ou d'un service de télévision par une personne morale ou physique dont l'activité dépend de commandes publiques dans une proportion dépassant 20% du chiffre d'affaires du dernier exercice".
Pour M. Lagarde, "l'indépendance et le pluralisme" des médias "sont aujourd'hui en danger en France du fait des concentrations excessives qui touchent l'ensemble des entreprises de presse, les chaînes de radio ou de télévision".
"Les choix de société doivent pouvoir être faits par le peuple français dans des conditions pluralistes et les plus objectives possibles", écrit le député pour qui "on ne peut accepter que les principaux moyens permettant la diffusion de l'information aujourd'hui puissent se trouver sous la domination de telle ou telle influence économique, politique".
M. Lagarde observe à l'appui de son texte que "l'on voit depuis 20 ans de grands groupes industriels des domaines de l'armement, de l'immobilier, de la construction et autres investir massivement dans le contrôle des médias".
Le député ne cite ni groupe ni média, mais vise avec son texte notamment TF1, contrôlé par le groupe Bouygues, la Socpress (Le Figaro) détenue par Dassault et Hachette Filipacchi (Europe 1, Paris-Match, JDD...) propriété du groupe Lagardère .




Il reste à vérifier la fiabilité de la proposition par rapport à la réalité ; ça semble jouable pour Dassault, mais si on étudie le chiffre d'affaires de Bouygues, dont la clientèle est très internationale, et dont la clientèle française est en grande partie privée, l'objectif ne sera peut-être pas atteint. De même pour Lagardère, qui minore le rôle d'EADS par rapport à de nombreuses autres activités. Donc seul un calcul rigoureux permet de juger de ce projet de loi, voire de sa sincérité. Effet d'annonce ?
Rédigé par: Daniel Sauvaget | le 18 novembre 2006 à 18:19
Vaste blague. Ceci suppose que le contrôle des média ne passe que par la possession du capital de celui-ci. Mais quel contrôle ? Économique ? Idéologique ?
Le contrôle (des deux genres) ne passe-t-il pas bien davantage encore par l'omniprésence de la pub, qui bouffe toute possibilité de diversité de points de vue, qui formate, qui cadre, encadre et dévitalise toute position, qui impose l'audimat et le "trente secondes" de temps de parole ?
Il faudrait donc également interdire la pub, et financer collectivement (mais pas forcément étatiquement) les médias main stream (et donc leur réimposer un contrôle collectif de ce qui se fait et se dit là), mais aussi permettre aux médias alternatifs d'exister (voir les difficultés de Zaléa TV, simplement à se diffuser).
L'absence d'Internet dans la liste est intéressante en soi... Pas de large public, pas de pouvoir ?
ZR
Rédigé par: ZooRouge | le 18 novembre 2006 à 18:20
Une proposition de loi, surtout vu la posture de l'UDF actuellement à l'Assemblée, n'a strictement aucune chance de passer. Ce n'est que de l'affichage politique et le parlementaire le sait.
L'inflation législative est nuisible.
si le propriétaire influence la ligne éditoriale, les gens n'y croiront plus, le média perdra sa crédibilité et au final, tout le monde y aura perdu.
Faisons confiance aux équipes rédactionnelles qui savent garantir leur indépendance.
François
http://www.programme-presidentiel.com/
Rédigé par: François | le 21 novembre 2006 à 14:12
François, sur l'inflation législative, je comprends parfaitement et je vous suis (voir mon dernier post, voir également celui-ci : Récrire et simplifier les textes de Lois).
Sur la viabilité de ce texte de loi, je vous suis aussi : il n'a aucune chance de passer. Mais c'est bien dommage.
Sur le fait qu'un minoritaire (UDF, dans ce cas, mais Vert, socialiste, communiste ou autre) devrait par conséquent éviter de faire de “l'affichage“ de ses opinions ou de ses projets et, en clair, se taire, je ne vous suis pas du tout.
Pour le reste, non plus. Si vous croyez qu'on devient propriétaire d'un journal pour le seul plaisir de pouvoir consulter ses bilans négatifs chaque année, je pense que vous êtes mal informé.
Et si vous pensez que “l'indépendance rédactionnelle“ ne concerne que les informations que les lecteurs peuvent vérifier, je crains que vous ne fassiez erreur.
Dans un journal, l'indépendance rédactionnelle est négociée “en bonne intelligence“. Un exemple ? On ne publie qu'avec “grande prudence“ les infos mettant en cause les annonceurs. Alors celles concernant les intérêts directs ou indirects des propriétaires... :)
Rédigé par: José | le 21 novembre 2006 à 14:30
Critiquer, le principe et l'idée d'aller vers un peu plus d'indépendance et de transparence: en voilà une posture qu'elle est bonne !
Rédigé par: Farid Taha | le 21 novembre 2006 à 15:31
D'accord avec vous, Farid. Tiens, je suis allé voir votre blog. Vous m'avez l'air proche de l'UDF, sur les bords :)
Alors vous savez peut-être ce que devient ce projet de loi ? Tenez-nous au courant...
Rédigé par: José | le 21 novembre 2006 à 17:00
Personnellement et compte tenu de l'état actuel de nos institutions et surtout des difficultés traversées par certains médias (Politis hier, Libération aujourd'hui pour ne parler des plus marquants) il me parait illusoire de vouloir limiter les investissements de groupe industriels Français dans la presse sous pretexte qu'ils ont une implication forte dans des marchés publics ou avec des politiques... et ce sans fragiliser d'avantage cette même presse dont on exige l'indépendance.
Le risque à court et moyen terme est de voir ces mêmes groupes de presse supplantés par d'autres industriels ou groupes qui n'ont certes pas d'implication avec l'état ou les politiques de notre pays mais qui sont impliqués ailleurs ou tout simplement issus d'autres pays... Je pense à des gars sans scrupules comme Murdoch ou Ted Turner qui nous pousseraient à choisir entre la peste et le choléra !
C'est un vaste sujet qu'il serait hasardeux de vouloir controler avec un coup de baguette magique... fût elle législative ;-)
Mais il faut y réfléchir... ça mérite un bon coup de réflexion participative. L'idée est bonne, le principe aussi.. il faut juste trouver la bonne formule ...(Autant avouer platement je ne l'ai pas !)
Rédigé par: Farid Taha | le 21 novembre 2006 à 18:07
Salut Farid,
En fait, tu l'as sous les yeux, la formule.
T'es même en train d'écrire dessus.
Rédigé par: casabaldi | le 21 novembre 2006 à 21:06
Farid, il y a des principes qui passent devant toutes les considérations de praticité ou de convenance.
La presse française est aujourd'hui dominée par quelques groupes, marchands d'armes entre autres, dont rien n'indique qu'ils œuvrent pour “la liberté de l'information“, sa pluralité et autres bonnes intentions.
Ecoutez ceci :
“Nous appelons enfin les enfants, les jeunes, les parents, les anciens et les grands-parents, les éducateurs, les autorités publiques, à une véritable insurrection pacifique contre les moyens de communication de masse qui ne proposent comme horizon pour notre jeunesse que la consommation marchande, le mépris des plus faibles et de la culture, l'amnésie généralisée et la compétition à outrance de tous contre tous. Nous n'acceptons pas que les principaux médias soient désormais contrôlés par des intérêts privés, contrairement au programme du Conseil national de la Résistance et aux ordonnances sur la presse de 1944.“
Lisez ou relisez ce texte, écrit par des héros de la Résistance, voici quelques années. Le reste n'est que littérature ou questions d'intendance subalternes.
Rédigé par: José | le 22 novembre 2006 à 01:18