Au Mexique, tout va bien, puisque les médias n'en disent rien !
A Oaxaca, les choses ne s’arrangent pas. Tandis que quelques points centraux de la ville sont occupés par les forces armées depuis le début du mois, Oaxaca et ses environs demeurent insoumis.
Mais la situation reste confuse et les violences se multiplient. On signale, un peu partout dans l’Etat, des cas de tortures et des disparitions de militants (plus de 90 recensées), principalement étudiants et professeurs de l’APPO et les rumeurs –non avérées- de découverte d'un charnier s’amplifient.
Un avocat en retraite, par ailleurs chauffeur occasionnel de l’Archevêque de Oaxaca, a été assassiné vendredi, à quelques dizaines de mètres du centre de la ville, par deux inconnus suspectés d’être des miliciens à la solde du gouverneur Ulises Ruiz. Des agents de la police fédérale préventive sont accusés du viol d’une femme, au cours d’une vérification d’identité, une pratique répandue, selon le porte-parole de l'APPO... Une manifestation de femmes a d'ailleurs eu lieu aujourd'hui, près du Zocalo, aux cris de “Oaxaca n'est pas un bordel !“. La police y a répliqué par des tirs de canons à eau et de gaz lacrymogènes.
Pour déstabiliser leurs adversaires, les autorités lancent, sans grand succès, des contrefeux : ainsi, le procureur général de Oaxaca, Lisbeth Caña Cardenas, sans imputer directement le crime à l’APPO, laisse entendre que le journaliste américain Roland Will, n’aurait pas été assassiné fin octobre par des miliciens du PRI, mais par des “membres de son groupe… dans l’intention d’internationaliser le conflit“.
L’APPO (Assemblée Populaire des Peuples de Oaxaca), conteste évidemment cette version, démentie par tous les documents photo et vidéos réalisés au cours de l’affrontement.
Appuyée par des dizaines d’organisations nationales, elles a lancé un ultimatum au gouverneur Ulises Ruiz –accusé de fraude électorale, de malversations et de violences-, exigeant, en préalable à toute négociation sur le retour à la normale, le retrait des forces armées et sa démission pour le 25 novembre au plus tard.
Ruiz, décidé à n’entendre ni les manifestants ni les appels à la raison du Sénat et des députés, reste accroché à son poste : “Dieu seul peut donner et retirer“, a-t-il ainsi affirmé cette semaine, au cours d’un congrès d’entrepreneurs chrétiens. A quoi l'archidiocèse répond aujourd'hui, par la voix du coordinateur de la commission justice et paix, que “Ruiz fait un mauvais usage du nom de Dieu.“
Cette obstination devient critique, car elle commence à cristalliser une situation qui est le cauchemar de tous les régimes fragiles : la jonction entre des mouvements d’opposition, jusque là autonomes, peu liés ou divisés.
La situation insurrectionnelle de Oaxaca, une élection présidentielle contestée pour fraude (les partisans du candidat de la gauche modérée, Manuel Lopez Obrador, n’ont toujours pas accepté sa défaite, et surnomment le vainqueur de l’élection, Felipe Calderon, l’usurpateur), la résistance aux violences réelles des partis au pouvoir, PAN et PRI (11 paysans ont été assassinés par des milices paramilitaires du PRI, le 13 novembre, à Montes Azules, dans la zone du Chiapas contrôlée par les zapatistes) et une situation économique difficile, marquée par des inégalités profondes et une corruption généralisée, est en train de donner naissance, pour la première fois depuis longtemps, à un large front des gauches, qui va des zapatistes de l’EZLN aux soutiens de Lopez Obrador.
Demain, 20 novembre, une grève générale paralysera le Mexique. Flavio Sosa, l’un des animateurs du mouvement, a invité tous ceux qui appuient la lutte de l’APPO à transformer “cette révolte populaire en une révolution pacifique, humaniste et démocratique, pour qu’ensemble, nous luttions contre le néo-libéralisme.“ Une première conférence a rassemblé hier près de 50 organisations, en vue de la constitution d’une Assemblée Populaire des Peuples du Mexique (APPM).
Tout ça pour dire qu'au Mexique tout va bien, puisque les médias français n'en disent rien. Une indifférence qui a un petit arrière-goût de censure !
Demain lundi 20, jour anniversaire de la révolution mexicaine de 1910, une grande manifestation est organisée à Mexico, contre la fraude du 2 juillet qui a permis l'élection de "l'usurpateur“. Des manifestations de soutien à Oaxaca sont également prévues dans de nombreuses villes à travers le monde.
A Paris, un rassemblement est prévu, à partir de 18h30, sur le parvis de Beaubourg.
A Lyon, rassemblement à 18h, place de la Comédie.
A Rouen, le rendez-vous est à 18h30, au Théâtre des Arts.
A Marseille, marche cré'active et rassemblement. Départ 17h30, métro Vieux Port, puis direction Consulat du Mexique.
En Belgique, rendez-vous à 17h, devant l'Ambassade du Mexique
Sources : La Jornada, Vientos. - Articles précédents de Carnets de nuit sur Oaxaca : 13/11 : Oaxaca résiste toujours, 6/11 : Pourquoi Oaxaca est exemplaire ?, 5/11: Oaxaca n'est pas une caserne, 3/11 : Appel à l'offensive générale, 1/11 : L'ordre ne règne pas à Oaxaca, 29/10 : Rendez Oaxaca ou nous la prendrons - Oaxaca insurgée




(A Lyon, rassemblement à 18h place de la Comédie, ce 20 novembre.)
Rédigé par: Philippe | 19 novembre 2006 at 22:01
Merci de l'info, Philippe, je la remonte dans le post :)
Rédigé par: José | 19 novembre 2006 at 22:18
Salut à tous,
Aux lecteurs de ce blog :
Si par hasard vous faisiez un post sur Oaxaca sur votre blog, venez-le dire ici dans les commentaires.
José va contacter le journal "la jornada" et leur faire un petit recap des blogs qui bougent là dessus en France.
merci d'avance.
Rédigé par: Casabaldi | 20 novembre 2006 at 15:18
Relayé chez moi, et aussi chez Claire (Grande Question)
Rédigé par: Dilettante | 20 novembre 2006 at 17:31
A posté, à défaut d'aller à Beaubourg ;(
Rédigé par: charlie | 20 novembre 2006 at 17:51
Relayé !
Rédigé par: jcm | 20 novembre 2006 at 17:59
Un rapide copier coller un peu tardif de ton article chez moi !
Rédigé par: kémi | 20 novembre 2006 at 19:12
ajouté un lien au bout de ma liste de liens recommandés
Rédigé par: Roland | 20 novembre 2006 at 23:19
Relayé ici
Rédigé par: dieudeschats | 21 novembre 2006 at 13:18
Merci à toutes et tous. Vous devez maintenant être fichés par les sicaires de Ulises Ruiz (j'adore ce mot) et la police mexicaine :)
Sarko, m'embête pas, retourne t'occuper de Villepin. Et Thierry Breton, cessez de m'envoyer vos contrôleurs, y a rien à voir : 3 contrôles fiscaux en même temps, je vais finir par croire que vous me lisez au lieu de travailler.
Rédigé par: José | 21 novembre 2006 at 14:57
Oui mais est-ce qu'on a droit à une petite gomette, sur sa fiche ?
Rédigé par: dieudeschats | 21 novembre 2006 at 15:51
gomette ? c'est quoi, une gomette ? :)
Rédigé par: José | 21 novembre 2006 at 16:21
C'est un tout petit autocollant coloré, souvent en forme de disque, que certains instituteurs te collent dans ton cahier quand tu as un bon point :)
Rédigé par: dieudeschats | 21 novembre 2006 at 21:53
déjà parlé et linké un article, d'autres à suivre
Rédigé par: zoupic | 21 novembre 2006 at 22:43
@dieudeschats : ah ouaiiis !
@Zoupic : merci et bon séjour là-bas. Apparemment, entre deux séquences un peu agitées, le Mexique reste fun et doux :)
Rédigé par: José | 22 novembre 2006 at 00:39
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Rédigé par: derndecc | 04 juin 2007 at 03:05