Les murs de la honte
Lu dans Libé : “Le mois dernier, sous la pression des électeurs, la Chambre des représentants [des Etats-Unis] a voté, par 239 voix contre 182, une loi très contestée visant à freiner l'immigration : les élus entendent criminaliser l'entrée illégale sur le territoire et dérouler le long de la frontière mexicaine [longue de 3.200 km] une clôture sécurisée. Coût prévu de ce “mur“ [dont une portion est déjà construite entre San Diego et Tijuana] : 2,2 milliards de dollars...“
On se souvient que les autorités espagnoles ont construit un grillage du même type, à Melilla, pour freiner l'entrée d'immigrés africains dans l'Union Européenne. On sait également qu'Israël tente d'étanchéifier, de la même manière, sa frontière avec la Palestine.
L'exemple vient de loin : entre 206 avant JC et 205 après, la muraille de Chine, longue de plus de 10.000 km à l'origine, devait protéger l'Empire du milieu des invasions ; plus près de nous, vers 125 après JC, les romains avaient édifié le mur d'Hadrien, sur 120 km, pour retenir les peuples du nord hors des limites de l'Angleterre colonisée ; après-guerre, les soviétiques isolèrent, par “le“ mur, les zones d'occupation occidentale de Berlin.
Les grandes murailles modernes, comme leurs devancières -à l'exception du mur de Berlin, qui avait une double vocation à empêcher les occidentaux d'aller et venir facilement en zone contrôlée par les soviétiques et à empêcher les allemands de l'Est de passer à l'Ouest-, ont toutes vocation à “fortifier“ une zone de prospérité contre ceux, plus pauvres, qui voudraient accéder à cet Eldorado.
Si l'on songe que les flux migratoires seront de l'ordre de trois milliards de personnes dans les 50 ans qui viennent, le métier de constructeur de murs de la honte a de l'avenir.
Du moins jusqu'à ce qu'on finisse par se rendre compte que contribuer réellement à élever la prospérité des zones pauvres n'est pas forcément plus coûteux, sûrement plus efficace en termes de flux migratoires et moins honteux.









autant je ne suis pas fan du José poète, je dois l'avouer, autant je suis heureux devant le José penseur, je dois le confesser !
cet article met le doigt sur un point que les médias n'osent pas aborder, ce problème des murs...
ou plutot il est abordé inégalement, on s'émeut devant les barbelés séparant Etats-Unis et Mexique en fermant les yeux devant la construction du mur israélien qui grignote dans le silence des terres de ces territoires palestiniens réduits au néant...
il n'y a qu'un mot que tu as choisi de prononcer à juste titre, ces murs sont TOUS et au même titre, des murs de la honte, des révélateurs de l'ignominie de l'homme...
(bravo José !)
Rédigé par:hugo | le 04 mars 2006 à 19:46
De grillage, de béton ou rfid (Radio Frequency Identification) bientôt...
On commence avec le passeport biométrique, ça continuera avec une puce obligatoire implantée sous la peau et des détecteurs à chaque coin de rue, pour activer les feux de circulation, payer ses achats, ses contraventions, détecter les hooligans et les "sans papiers" (sans puce, à chaque fois qu'une présence sera détectée sans qu'une puce le soit une sirène sonnera : facile de suivre à la trace un immigré clandestin qui aura réussi à franchir un de ces murs physiques) et là le monde sera bien propre et bien ordonné.
D'un côté les bons gros gras riches (plus ou moins d'ailleurs, mais qui auront le droit à une présence dans l'enceinte) et de l'autre les envahisseurs (au moins potentiels), les jean foutre, les "terroristes", enfin... "les autres", ceux auxquels on ne reconnaît peut-être pas vraiment la légitimité d'exister car "ils ne sont pas de notre monde" puisqu'ils n'ont pas le droit d'être de notre côté du monde...
Mais ces murs, avant que d'être érigés "en dur", sont déjà bien dressés dans les têtes de ceux qui les veulent : qui les veut et pourquoi ?
A l'heure où la surconsommation des uns (qui ne songent un moment à envisager une diminution de leur "niveau de vie" pour quelque motif que ce soit) menace sérieusement les possibilités de développement de tous les autres nous n'avons probablement pas fini de trouver béton, grillage et barbelés dans bien des têtes car, qu'on se le dise, qu'on s'en souvienne, un niveau de confort "à l'occidentale" ne serait pas possible pour tous les habitants de la planète, "empreinte écologique" oblige.
Le surdéveloppement important et croissant des uns interdit le bon développement des autres, voilà où se trouvent les fondations des murs et le partage n'est pas à l'ordre du jour...
Pire encore on va chez "les autres" construire les usines polluantes (gros projets en cours en Amérique du Sud, par des pays européens, d'usines de pâte à papier utilisant des procédés interdits en Europe) ou piller et breveter le vivant (les privant ainsi du droit d'exploiter certaines espèces sans payer => mur juridique) etc .... : la raison du plus fort n'est-elle pas la meilleure ?
José => "...contribuer réellement à élever la prospérité des zones pauvres n'est pas forcément plus coûteux, sûrement plus efficace en termes de flux migratoires et moins honteux."
Oui, entièrement d'accord sur l'efficacité et la honte, pas sur le coût si l'on envisage que cette prospérité puisse atteindre la nôtre, car dans ce cas il faudra que notre niveau de vie "diminue", ou plus exactement que les conditions de notre confort matériel s'établissent différemment, avec de très fortes économies sur l'utilisation des ressources disponibles.
C'est d'ailleurs là que pourrait résider un véritable "progrès" de l'humanité : un équilibre plus équitable et reposant sur une utilisation "raisonnable" et partagée des ressources.
Mais il semble que nous allons plutôt vers un épuisement accéléré d'un certain nombre de ressources de la part des nantis qui se claquemurent...
Où est donc la sortie... ?
Rédigé par:jcm | le 05 mars 2006 à 08:46
à noter aussi que les deux premiers (grande muraille et Hadrien) étaient faits pour arrêter des armées. Les suivants s'érigent contre des hommes. (A moins que ces hommes ne se transforment peu à peu... en armée.)
Rédigé par:Casabaldi | le 05 mars 2006 à 18:16
> Hugo, trop gnan-gnan pour être de la poésie, effectivement. Non, c'était du réel.
> jcm, d'accord avec toi sur le “coût“... Même si c'est pas fun, a priori.
> Francesco, en fait, tous ces murs ont eu vocation a arrêter l'étranger, principalement pauvre et/ou “barbare“, dans tous les cas considéré comme une menace pour les zones “riches“, un “envahisseur“, qu'il se présente sous forme d'individu, de horde ou de force armée.
Seul le mur de Berlin avait cette particularité d'enfermer les “pauvres“, plutôt que de protéger les “riches“.
Toute la question est effectivement de savoir si des grillages (Melilla), ces panneaux de béton (Israël) ou des éléments métalliques, reconvertis de pistes d'aterrissage (San Diego), capables d'arrêter des femmes, des vieillards et des enfants -et moins efficaces contre des jeunes déterminés (on dit même que ces barrages pas si infranchissables permettent une “sélection naturelle")- sont susceptibles d'arrêter une “armée“ de millions d'immigrants.
La réponse est, décidément, non.
Rédigé par:José | le 05 mars 2006 à 19:19