11 octobre 2008

Des dirigeants politiques mal placés pour rétablir la confiance

Depuis des mois, en fait depuis presque un an, les Banques Centrales font ce qu'elles peuvent pour calmer la tempête financière révélée en août 2007 : au fur et à mesure que se développaient les dégâts causés par les subprimes et leur titrisation, elles ont appliqué avec constance et détermination des recettes connues (et qu'on avait ignorées en 1929) : baisse des taux aux Etats-Unis et injection massive de liquidités pour parer au credit crunch.

Pendant des mois, les autorités politiques -en France, en Europe, aux Etats-Unis et ailleurs- ont été absentes, muettes ou mensongères, en tout cas inopérantes et sans doute contre-productives. Dans chaque pays, pour des raisons de politique intérieure, elles ont nié, évité, minoré, considéré comme réglée, une crise dont on a peine à croire qu'elles n'en percevaient ni l'ampleur, ni les conséquences possibles.

Il y a trois semaines, lorsqu'il est apparu que les cinq plus grandes banques d'affaires américaines étaient en faillite ou en grande difficulté, rejointes par AIG (premier assureur américain) et que, dans le même temps, commençaient à tomber des indicateurs économiques réellement inquiétants (baisse de l'activité économique, montée du chômage, etc), tout le monde s'est réveillé.

Au plus mauvais moment, à quelques semaines de l'élection présidentielle américaine, c'est-à-dire au début de la séquence où, pour quelques mois (le temps de l'élection et celui de l'installation d'une nouvelle administration), il n'y a plus vraiment de direction dans le pays-clé de la crise.

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En quelques heures, à partir du 15 septembre, tous les dirigeants du monde se lèvent comme un seul homme. En ordre dispersé, bien sûr.

Tandis que ses confrères font sans doute pareil dans leur coin, Nicolas Sarkozy donne de la trompette et du tam-tam à l'ONU, le 23 septembre, puis à Toulon, le 25.

Beaux discours : en substance, ça va mal, c'est grave, très grave, parce qu'il y a méchants qui ont dévissé quelques boulons et font rudement tanguer l'avion. D'ailleurs, on va les retrouver et on n'hésitera pas à les balancer dans le vide, sans siège éjectable, ni parachute doré. Mais, l'avion est bon, il y a un pilote qui tient fermement les manettes, donc rien à craindre. Fermez les écoutilles, serrez-vous la ceinture. Ouf !

Pendant les péroraisons, la crise continue. La grippe financière ne connaissant pas plus de frontières que la grippe aviaire, et le pire n'étant jamais le moins sûr, la contagion s'étend.

Elle est portée par deux facteurs aggravants : d'un côté, le Plan de sauvetage de 700 à 1.000 milliards de dollars, concocté par le Secrétaire au Trésor américain, est d'abord repoussé par les députés puis, finalement adopté, ne rétablit pas la confiance ; de l'autre, plusieurs banques européennes (Fortis, Dexia, Royal Bank of Scotland, Hypo Real estate, etc) commencent à être mises à mal. Sans compter un Etat, l'Islande, quasiment mis en faillite. Du coup, financiers, boursiers et gouvernants s'affolent.

Les Bourses dévissent et s'ensuit le krach de la semaine passée.

Du côté des gouvernants, on discourt en continu à la télé comme le ferait un sauveteur pour maintenir un mourant en éveil -dire tout et n'importe quoi, l'essentiel étant de parler- et, du bord du gouffre, on convoque à la hâte des sommets : les G4 succèdent aux G7, précédés par des “j'ai tout compris“, “j'ai convoqué l'Euro-groupe“ et “j'ai décidé de garantir jusqu'au dernier sou“, G8, G12, G20. Touché, coulé.

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Ces gens se battent, il faut le reconnaître. Leurs poches sont vides, sauf celles sous les yeux. Mais, jusqu'ici, ils échouent à rétablir et la confiance et la situation.

Parce qu'ils s'y sont pris trop tard. Mais surtout, parce qu'ils tournent à vide. Ils ne s'intéressent pas ou ne comprennent rien aux conséquences des politiques libérales qu'ils mènent en aveugles depuis bientôt 30 ans : ils croient ou disent avoir à faire à des débordements, à des comportements, à des phénomènes dangereux mais périphériques au capitalisme, quand c'est le cœur même de ce qu'ils ont mis en place et du système qu'ils servent qui est en cause.

L'absence de régulation internationale rend leur action quasi-impossible, l'interdépendance consécutive à la mondialisation la rend inopérante au niveau national. Bien sûr, chacun entend agir en concertation avec les autres, mais seul.

Mme Lagarde a ainsi expliqué ce samedi matin que "chacun de nos marchés (était) différent en termes de taille, de réglementation, en termes d'acteurs, donc il ne faut pas imaginer qu'on aura une réponse harmonisée qui sera la même pour tout le monde".

Au bout du libéralisme, il n'y a plus place ni réelle marge de manœuvre pour les Etats. Encore moins pour les groupes d'Etats. L'Europe en a donné de tristes preuves depuis quelques jours.

Pas de marge de manœuvre ? Si, tout de même, il y en a une : l'argent présent et à venir de la chair à canon économique, les contribuables et leurs enfants. Les dirigeants actuels des grands pays sont prêts à tout pour éteindre le feu, sans remettre en cause leur idéologie.

Peu avares de jésuiteries et puisqu'“Il faut que tout change pour que rien ne change“, comme l'écrivait Lampedusa, ils sont même disposés à faire semblant de trahir leur idéologie, à nationaliser, si besoin est, le système bancaire, en en faisant supporter le coût aux contribuables contemporains et aux générations futures. Quitte à re-privatiser dans quelque temps. Avec, jurent-ils de belles plus-values. Demain on rase gratis.

A la guerre, on appelle ce type de manœuvre un repli stratégique. Pas un changement de stratégie, de modèle ou de paradigme, comme disent les sachants et les importants.

Or c'est bien de cela qu'il s'agit. C'est bien un changement de modèle idéologique qu'il s'agit d'opérer pour rétablir la confiance.

Les dirigeants actuels ne sont effectivement pas les mieux placés, idéologiquement, intellectuellement et moralement, pour le conduire. Pas un n'a évoqué une réforme d'ampleur. Pas un n'a remis en cause ce système. Pas un n'a remis en question son propre fonctionnement. Pas un ne s'est admis responsable et coupable.

Et ils voudraient qu'on retrouve confiance...

PS - S'agissant du rétablissement de la confiance des marchés, ce n'est pas la réunion vendredi des grands argentiers du G7 et du FMI qui fera bouger les lignes : le communiqué final sonne creux, évocant des principes, sans détailler aucune action concrète.

Du coup, l'Euro-groupe, réuni ce dimanche à Paris, est condamné à prendre des décisions spectaculaires : il est question de nationaliser systématiquement les grandes banques de la zone Euro qui viendraient à être en difficulté et, surtout, de garantir les prêts inter-bancaires, dont la paralysie bloque aujourd'hui l'économie. Cher, très cher, mais pas sot.

09 octobre 2008

Je fais de la peine à mon banquier...

Hier, j'ai mon banquier au téléphone. En fait, c'est lui qui m'appelle pour que je couvre un découvert. Je le contacte rarement depuis que j'ai compris que ma banque ne me servira à rien si j'ai besoin d'elle et lui ne se manifeste que pour ce genre de choses. C'est dire si on a à se dire. Je couvre donc.

Et j'enchaîne (mort de rire intérieurement, quoique...) : “Dites-moi, vous vendez de l'or ? Je me demande si je ne devrais pas en acheter un peu pour protéger les économies de ma mère... Parce qu'en ce moment, hein ? On n'est sûr de rien, hein ?“

J'adore jouer les beaufs avec mon banquier. Je le fais tellement bien que je me demande parfois si je ne le suis pas vraiment. En tout cas, j'ai mis dans le mille, car il rétorque, tout excité, d'une voix tremblante : “Ah non, pas de l'or... Il ne faut pas acheter d'or. Ça ne sert à rien... C'est... c'est ringard.“

Dans ma Ford intérieure, je pense bien sûr que ça ne sert à rien, que j'achète de l'or... En congelant mes économies, je nuis égoïstement au réchauffement de l'économie. Adieu le bout du tunnel, si cher à Raymond Barre et à Strauss-Kahn.

Acheter de l'or, ça ne sert donc à rien... Surtout à la banque : si je lui retire un Euro de dépôt pour le mettre dans ma poche ou dans un coffre, hop, c'est douze Euros qu'il ne peut plus investir, alors vous pensez, si j'achète un lingot à 20.000 € (je ne connais même pas le prix, mais ça doit ressembler à ça), c'est 240.000 € de pouvoir d'achat dont je le prive, le malheureux. Et si j'en achète 4, c'est le million qui part en fumée. A 5% de rendement minimum, c'est 50.000 € par an, qu'ils lui coûteront, mes lingots que je n'ai pas l'intention d'acheter.

En même temps, je me dis qu'en asséchant mon banquier, je l'empêche de faire des bêtises. Lui qui me donnait des leçons de gestion, il y a quelques mois encore, ça lui apprendrait la vie.

Anyway, il continue, fier comme un bar-tabac : “Non et puis vous n'avez rien à craindre. Notre banque est la deuxième capitalisation au monde, on est solides, nous. On a plus d'argent en dépôt qu'on n'en prête...“ Ah oui ?

Le moutard me monte au nez : “Et AIG, ils n'étaient pas la première capitalisation boursière américaine, il y a trois mois ? On a bien vu ce que ça donnait...“ En réponse, il entame la récitation d'un argumentaire qui se veut rassurant : “On est au creux de la crise, ça ne peut que remonter, etc, etc.“ C'est d'une pauvreté conceptuelle affligeante. On dirait Madame Lagarde.

Au bout de quelques minutes, nous nous quittons. En fait, après l'avoir fait parler, je suis beaucoup plus inquiet qu'avant. Ce brave homme se fiche de mes intérêts, ça je le savais déjà. Mais, en plus, on lui a lavé le cerveau. Confiance... :)

PS : Tiens, ça s'arrange ! Le Dow Jones a fini ce soir en chute de 7,33%, à 8.579,19 points. Il y a un an, précisément, le 9 octobre 2007, le Dow atteignait son record absolu en séance à 14.164,53 points. -36 % en un an.

Quant au Nasdaq, il a perdu 5,47%, à 1645,12. La routine, quoi !

J'aime bien quand le Nasdaq est à moins de 2.000 points, ça me permet de réviser mes dates d'Histoire. 1645 : cette année-là, alors que le petit Louis XIV règne depuis 2 ans, l'Illustre Théâtre de Molière fait faillite.

Avec ça, les vaches sont bien gardées

Ce matin, sur France-Inter, Georges Ugeux, ancien vice-président de la Bourse de New York (Nyse), relève perfidement que Henry Paulson, n'a peut-être pas eu en tête le seul intérêt général en laissant la banque d'affaires Lehman Brothers faire faillite, voici trois semaines.

Avant d'être nommé Secrétaire d'Etat au Trésor américain en 1986, Henry Paulson était en effet Président de la banque Goldman Sachs et, ajoute en substance Georges Ugeux, les deux établissements concurrents, Goldman Sachs et Lehman Brothers ont toujours entretenu entre eux un vrai climat de haine.

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Dans la même interview, Georges Ugeux indiquait que si l'on en venait à connaître les noms de ceux qui ont joué la baisse des cours des Bourses et se sont donc faits quelques picaillons dans l'affaire, l'issue de l'élection américaine en serait bouleversée.

 

08 octobre 2008

Confiance...

A la veille de la guerre avec la Prusse, le 15 juillet 1870, le maréchal Le Bœuf, dernier ministre de la guerre de Napoléon III, évoque à l'Assemblée la qualité de l'armée française : “Nous sommes prêts et archiprêts. La guerre dût-elle durer deux ans, il ne manquerait pas un bouton de guêtre à nos soldats.“

Le 19 Juillet, la France déclare la guerre à la Prusse. Le 2 septembre, Napoléon III, à la tête d'une armée mal équipée, mal préparée et démoralisée par l'échec de la récente expédition au Mexique, est battu à Sedan et se rend aux prussiens.

le gouvernement assurait, il y a quelques semaines encore que “la crise systémique avait été évitée...“ que “la crise était derrière nous“, qu'elle était principalement américaine et ne toucherait pas l'Europe, etc.

Cette nuit, trois des plus grosses banques anglaises ont été quasiment nationalisées. Ce matin, la Bourse de Tokyo chute de 9,38%, après une nouvelle dégringolade de plus de 5% à New York ; à 10h, Paris en est déjà à -8% ; tandis que les déficits se creusent dramatiquement, les autorités affolées jettent l'argent public (qu'elles n'ont plus) par les fenêtres et concoctent, dans l'indifférence grandissante, le 92e plan de sauvetage du noyé en deux semaines...

Donc, en l'état, l'Etat nous garantit que pas une banque française ne fera faillite. Et, pas à une contradiction près, pour preuve de sa virile détermination, il garantit les avoirs des français en cas de faillite de leur banque.

Confiance... Béciles !

PS - Et toujours pas un pour admettre ou avouer que l'ensemble du système capitaliste et libéral est en train de s'effondrer comme un château de cartes et que tout, TOUT,  doit être remis à plat.

06 octobre 2008

Système bancaire : le grand plongeon

Comme prévu ici, le plan Paulson n'a pas rétabli la confiance dans les secteurs financiers et économiques.

L'Europe hérite donc de la crise bancaire, de ses conséquences économiques et sociales (impossibilité de trouver du financement pour les entreprises et les ménages, paralysie de l'investissement, atonie de la consommation, récession de l'activité, amaigrissement des entreprises par le biais de vagues de licenciements, etc), les bourses dévissent partout dans le monde.

Tandis que le Dow Jones repasse sous les 10.000 points, comme supposé ici dès le 18 janvier et le 7 mars dernier, le CAC 40 casse la barre des 4.000 points et fait une chute record de 9,04% à 3.711,98 points.

Au-delà, on peut tout craindre pour les prochains jours.

De toute évidence, les acteurs des secteurs financiers et bancaires sont en panique. Plus personne ne fait confiance à personne et la baisse, abreuvée de non-dits et de rumeurs, nourrit la baisse : elle affaiblit les établissements bancaires encore sains, dévalue toutes les valeurs au point que, dans la crainte que les épargnants ne veuillent sortir leur argent (décollecter, disent-ils) du système bancaire, les Etats s'alarment, s'agitent dans une confusion totale et mobilisent des sommes considérables (qu'ils n'ont pas) pour garantir la liquidité des uns et l'épargne des autres.

Cette nationalisation rampante du système bancaire, déjà évoquée ici, le 25 mars dernier, est une course contre la montre pour rétablir la confiance avant que la contagion de la peur ne gagne les déposants des banques.

Elle n'a aucune chance d'être efficace si elle ne s'accompagne pas de réformes drastiques du système capitaliste dont, pour l'essentiel, les gouvernements d'inspiration libérale et les organismes internationaux (FMI, Banque Mondiale, etc) ne veulent pas ou qu'ils sont même incapables de concevoir.

Donc tout se met en place, logiquement et mécaniquement, pour un grand plongeon (financier, économique, social et politique) qui fera beaucoup de perdants et peu de gagnants.

03 octobre 2008

S'ils n'ont pas de croissance, qu'on leur donne du pain au chocolat

La récession est le plus souvent définie par au moins deux trimestres consécutifs de recul du PIB. On y est : le PIB français devrait continuer à diminuer, perdant 0,1 point aux troisième et quatrième trimestres après une baisse de 0,3 point au deuxième trimestre. Sur l'ensemble de l'année 2008, l'activité resterait positive, avec une évolution de +0,8%.

Baisse de la croissance“, “croissance en panne“, “croissance ralentie“, “la croissance cale“, “croissance négative“... Chez les responsables politiques de la majorité, toutes les périphrases sont de saison pour éviter d'appeler par son nom la contraction de l'activité économique et prononcer le mot de récession.

Mais qui croient-ils tromper, ces braves gens qui n'ont rien vu venir ou pas trouvé les mots pour le dire à temps ? Que gagne-t-on à jouer de cette manière avec les mots ? Du temps ? Même pas. On en perdrait plutôt, à parler pour ne rien dire ou à parler pour masquer un réel que tout le monde voit comme le nez au milieu de la figure.

02 octobre 2008

Changez le monde, changez de banque !

Chaque fois qu'1 Euro traîne sur votre compte en banque, cela autorise votre banque à en engager 8 à 12 dans des opérations de prêt, d'investissement ou de spéculation. C'est la règle, c'est légal.

Vous comprendrez ainsi aisément que lorsque une opération spéculative se passe bien, votre banque gagne bien (!) sa vie (sans vous en faire partager les bénéfices) et qu'à l'inverse, lorsque les choses se passent mal, elle souffre assez rapidement d'un manque de liquidités.

Il se trouve que la dérégulation et l'ambiance de casino qui s'en est naturellement suivie a conduit les banques à jouer à la roulette, sans trop se préoccuper de considérations de prudence ou d'éthique.

Votre argent (le vôtre, personnellement) finance ainsi, sans que vous le sachiez, à l'insu de votre plein gré, de belles entreprises, de jolis projets personnels, mais également l'effort de guerre de nombreux Etats en guerre, des conflits comme ceux d'Irak ou d'Afghanistan, et toutes sortes d'opérations qui vous feraient vous pincer le nez si vous en aviez vent.

Aujourd'hui, votre banque va mal. Les Etats se proposent donc, à juste titre, de l'aider en cas de besoin (en lui apportant des liquidités et, si besoin, en la nationalisant, c'est-à-dire, concrètement, en garantissant sa survie avec l'argent public, c'est-à-dire avec vos deniers).

Ça, c'est l'urgent, qui a rarement à voir avec l'important.

Il eût été de bonne gestion d'accompagner et de conditionner ces plans de sauvetage par l'établissement de nouvelles règles du jeu, plus contraignantes au regard de la transparence et de l'éthique. De toute évidence, ce ne sera pas le cas : on ravaudera ici, on limitera là, mais on se gardera bien d'exiger de vraies contreparties ou de remettre ce système en cause.

Vous continuerez donc à financer, avec votre propre argent, la spéculation, la guerre, la fortune de quelques-uns, la difficulté à s'en sortir de la plupart.

Si cela vous va bien, continuez. Sinon, réfléchissez.

Il y a deux pistes : la première est de garder de l'argent liquide, à portée de main plutôt que sur un compte courant sans intérêts, car rien n'indique que la crise est derrière nous et qu'elle ne s'aggravera pas. C'est un argent qui ne financera pas votre propre ruine.

La seconde est que toutes les banques ne sont pas dans la même logique. Comme le dit aujourd'hui La fin du capitalisme, “en France, deux d'entre elles sortent tellement du lot qu'on ne peut même pas dire qu'elles fassent partie du même monde. En tout cas, elles ne financent pas le même :

Ce sont la NEF et le Crédit Coopératif.

Très concrètement, la NEF (20 000 clients/sociétaires, environ 150 millions d'euros d'actifs) conviendra aux "activistes pour la planète et l'humanité", le Crédit Coopératif (200 000 clients, 1,5 milliards d'actifs) convenant mieux à toute personne "responsable", concernée par l'avenir du monde, mais souhaitant retrouver les mêmes produits et services qu'ailleurs (en réalité, vous en trouverez même un peu plus qu'ailleurs).

Si, pour des raisons qui vous regardent, vous avez quelques réticences ou difficultés à quitter purement et simplement votre banque actuelle, ouvrez un deuxième compte et basculez petit à petit. Mais faites-le, c'est fondamental.“

Allez faire un tour sur les sites de ces deux banques éthiques (voir également ici), et réfléchissez.

01 octobre 2008

Quand le candidat Sarkozy défendait les subprimes...

Trouvé sur le site de l’UMP, dans la rubrique "l’abécédaire du candidat Nicolas Sarkozy", à la lettre "C" comme "Crédit" (tiens, cette rubrique n'existe plus depuis quelque temps) :

“Les ménages français sont aujourd’hui les moins endettés d’Europe. Or, une économie qui ne s’endette pas suffisamment, c’est une économie qui ne croit pas en l’avenir, qui doute de ses atouts, qui a peur du lendemain. C’est pour cette raison que je souhaite développer le crédit hypothécaire pour les ménages et que l’Étal intervienne pour garantir l’accès au crédit des personnes malades.

“Je propose que ceux qui ont des rémunérations modestes puissent garantir leur emprunt par la valeur de leur logement.

“Il faut réformer le crédit hypothécaire. Si le recours à l’hypothèque était plus facile, les banques se focaliseraient moins sur la capacité personnelle de remboursement de l’emprunteur et plus sur la valeur du bien hypothéqué. Ceci profiterait alors directement à tous ceux dont les revenus fluctuent, comme les intérimaires et de nombreux indépendants.

Merci à Claude de Bali pour l'info disparue :)

PS - Je publie ceci, même si cette proposition a récemment été retirée du site de l'UMP, parce qu'à l'époque, je l'avais d'autant mieux mémorisée qu'elle pouvait me concerner personnellement. Tout le monde peut se tromper :)

30 septembre 2008

Pas de réforme, pas de milliards !

Madame Lagarde qui, malgré sa grande intelligence, ne perd jamais une occasion de dire une connerie, d'affirmer une contre-vérité ou de proférer une prévision aussitôt démentie par les faits, a récemment indiqué que la crise financière actuelle n'était pas “systémique“.

On se demande ce qu'il faudrait qu'elle fût pour qu'elle le devint ;)

Sauver le système financier, c'est aujourd'hui une nécessité pour ceux qui veulent éviter une déconfiture de l'économie mondiale et les malheurs qui l'accompagneront nécessairement.

Mais la faillite du libéralisme, le retour des Etats -avec l'argent des contribuables ou les dettes qui leur sont créées sans leur avis- dans le jeu, est une occasion unique de réguler, de réformer ou de révolutionner un système qui ne fonctionne pas dans l'intérêt général.

La priorité, l'important (pas l'urgent) aujourd'hui, ce n'est donc pas de relever les ruines d'un système pervers et injuste, mais de profiter du rapport de force nouveau créé par la crise pour imaginer une construction nouvelle, un nouveau système.

Pour cela, il faut s'interroger sans tarder sur le rôle social du système financier, l'interdiction des paradis fiscaux, la règlementation et la limitation des produits financiers, la limitation, l'encadrement et la répartition du profit, l'amplitude tolérable de l'échelle des revenus, l'encouragement de nouvelles pistes de développement (filières liées à la protection de l'environnement, économie sociale et solidaire)...

On y reviendra ici dans les jours qui viennent.

PS - Tiens, au fait, il est passé où, le parti socialiste ? Et Delanoé, il est toujours libéral ? Et le NPA, il veut toujours interdire les licenciements pour solde tout compte ? Même ceux des golden boys ?

Et Bayrou ? Ben au moins, Bayrou, même s'il profite de l'occasion pour faire la politique locale et s'il reste au milieu du chemin en matière “systémique“, il a déclaré ce matin ssur France-Info : "Il ne peut y avoir union nationale que s'il y a remise en cause de la politique suivie, que s'il y a remise en cause d'une politique qui est, dans ses fondamentaux, dans ses orientations principales, aussi massivement erronée que l'a été la politique suivie par Nicolas Sarkozy".

Or, "pour l'instant le gouvernement ne remet en rien en cause les orientations de la politique qu'il a suivie", a-t-il ajouté dénonçant notamment "les milliards du paquet fiscal", "les remises d'impôts aux plus fortunés"

"Nicolas Sarkozy s'était fait élire sur quatre engagements" - pouvoir achat, croissance, plein emploi en 2009, baisse de 4 points des prélèvements obligatoires -, "de tout cela qu'est qu'il reste aujourd'hui ?", a-t-il demandé.

"Plus encore que la politique suivie" c'est "le modèle qu'ils ont en tête" qui "doit être remis en cause, autrement nous allons continuer à nous enfoncer dans une direction politique qui à mon avis est une impasse", a-t-il ajouté.


Qui perd perd

En s'alliant pour rejeter le “plan de sauvetage“ des banques de John Paulson, les députés américains républicains  (“en intervenant pour sauver les banques, l'Etat trahit le dogme libéral du laisser faire, laisser aller“) ou démocrates (“il est immoral de faire payer les contribuables pour réparer les erreurs des banques“) ont précipité une belle panique à Wall Street.

Elle a un coût : les actions cotées à New York ont perdu globalement, en une seule séance, une valeur de 1.200 à 1.300 milliards de dollars (baisse de 6,98% du Dow Jones et 9,14% pour le Nasdaq), soit pratiquement le double du coût estimé du plan Paulson (700 milliards).

Celui-ci sera renégocié au Congrès dans les heures et les jours qui viennent et, sans doute, voté. Ce qui nous ramènera à ce qui évoqué dans le post précédent.

PS 1 - Après Fortis, dimanche, c'est Dexia (anciennement Crédit Local de France) qui doit être recapitalisé, à hauteur de 6,4 milliards d'Euros par le Luxembourg, la Belgique et la France (à hauteur de 3 milliards, via la Caisse des Dépôts). 

L'ombre du nuage de Tchernobyl vient de passer la frontière. Et hop ! Bas les masques, haut les cœurs, passez la monnaie !

29 septembre 2008

700 milliards de dollars ? C'est trop... et trop peu

Résumé des épisodes précédents : en quelques semaines, les cinq premières banques d'affaires américaines ont disparu, mises en liquidation pour les unes, absorbées à bas prix pour les autres. Simultanément, le secteur de l'assurance à été touché au cœur par la déconfiture d'AIG, première compagnie d'assurance US.

Les pouvoirs publics, aux Etats-Unis, en France et ailleurs, prenant conscience du risque d'effet domino et d'effondrement de l'ensemble du système financier, décident alors, après avoir nié, ignoré ou minoré la crise, de la dramatiser et d'intervenir massivement, en injectant des liquidités, en nationalisant partiellement ou intégralement certains établissements, en rachetant ou en garantissant des créances douteuses.

Selon l'AFP, le plan américain de sauvetage du système financier qui pourrait être voté dès ce lundi, prévoirait que “700 milliards de dollars seraient versés en plusieurs fois au Trésor (250 milliards immédiatement débloqués, le reste l'étant en fonction des besoins).

“Des organes de surveillance et d'évaluation seraient mis en place et des dispositions accorderaient aux contribuables des parts dans le capital d'institutions financières auxquelles l'Etat rachète des actifs invendables. Ces actifs, au fil du temps, pourraient reprendre de la valeur. Le gouvernement serait tenu d'assouplir les modalités des prêts qu'il rachète pour soulager les emprunteurs propriétaires de maisons qui sont au bord de la saisie.

“D'autres institutions que les grandes banques de Wall Street, telles des collectivités locales, des fonds de pension, des petites banques commerciales, pourront aussi profiter de l'offre du gouvernement de racheter les créances douteuses.“

Mais l'ampleur de ces sommes ne doit pas faire illusion. Pour quatre raisons :

1- 700 milliards, c'est trop pour un Etat en quasi-faillite et pour des contribuables mal en point : on ignore comment l'Etat américain, déjà surendetté, aura la capacité de lever de telles sommes.

2- On ignore toujours dans quelles conditions les créances douteuses seront garanties par l'Etat, à quelle valeur celui-ci les “prendra en pension“ ou les “rachètera“ et, bien sûr, dans quelles conditions il pourra éventuellement récupérer sa mise, c'est-à-dire celle des contribuables).

3- 700 milliards, c'est trop peu. Le plus probable est que ces sommes seront très insuffisantes pour éteindre un incendie qui a pris des proportions colossales : les seules pertes cumulées des cinq banques d'affaires américaines défaillantes, d'AIG et de Washington Mutual, sixième banque américaine et première caisse d'épargne, mise en faillite jeudi, sont largement supérieures à 700 milliards de dollars.

4- Le plan de sauvetage américain, si l'on excepte une limitation des parachutes dorés dans les secteurs concernés par la crise, n'annonce en rien une réforme de fond du système financier.

Le bouclage du plan Paulson a été réalisé dimanche pour rassurer ce lundi les marchés boursiers.

Pas sûr que cela suffise à restaurer la confiance et, notamment, celle des banquiers, qui préfèrent aujourd'hui garder leurs liquidités plutôt que de prêter à leurs clients -entreprises et personnes- ou à d'autres banques, par peur de ne pas pouvoir les récupérer, en cas de défaillance de l'emprunteur.

D'autant que la crise s'internationalise. Samedi, les vents mauvais ont traversé l'Atlantique. En Grande-Bretagne, la banque Bradford & Bingley (B&B) a dû être nationalisée. Même punition au Benelux pour la banque-assurance Fortis.

Pour l'heure, si l'économie de la France subit déjà gravement les dommages de la crise (augmentation des faillites d'entreprises, du chômage, activité en berne ou en récession), le nuage du Tchernobyl financier s'est arrêté aux frontières françaises.

On a bien de la chance. Ou du retard. On murmure que certain établissement, autrefois première banque mondiale, ne serait pas au mieux.

(À suivre)

PS de 10 heures, ce matin : au vu des réactions des placs financières asiatiques, toutes en nette baisse, et bourses européennes (le CAC à -3,42 % à l'instant où sont écrites ces lignes), le plan de sauvetage américain ne convainc pas. C'est la porte ouverte à toutes les fenêtres...

23 septembre 2008

Qui est responsable du désastre ? Mais toi, ma poule !

"Nous devons nous interroger sur nos responsabilités. Aujourd'hui, des millions de gens à travers le monde ont peur pour leurs économies, pour leur appartement, pour l'épargne qu'ils ont mise dans les banques", a déclaré Nicolas Sarkozy en recevant le prix humanitaire de la Fondation Elie Wiesel pour l'humanitaire (hein ?). 

Il a poursuivi : "Notre devoir est de leur apporter des réponses claires. Qui est responsable du désastre ? Que ceux qui sont responsables soient sanctionnés et rendent des comptes et que nous, chefs d'Etat, assumions nos responsabilités."

Qui est responsable du désastre ? Mais toi, ma poule !

Et tous tes potes libéraux, au pouvoir intellectuel, politique et économique depuis plus de trente ans, adeptes du profit à tout prix, de la dérégulation à tout crin, du bling-bling à tous les étages, de l'affaiblissement des Etats et de la chose publique, du démantèlement des services publics, de la privatisation de tout, surtout des bénéfices, de la transformation du monde en casino, du collectif en individuel, du citoyen en consommateur.

Bon, et une fois qu'on a dit ça, joué les pères fouettards, stigmatisé les autres en évitant soigneusement de se remettre en cause, on fait quoi ?

Ce qu'on attend des responsables, outre qu'ils le soient, ce n'est pas qu'ils s'érigent en juges prétendument indépendants,  en Ponce Pilate aux mains immaculées, en moralistes de comptoir, après avoir laissé aller, laissé faire, au nom d'une idéologie décidément contestable.

Ce qu'on attend des responsables, ce n'est pas qu'ils creusent sans pelle un trou d'argent public destiné à masquer ou à combler le trou d'argent privé.

Ce qu'on attend des responsables, c'est qu'ils saisissent l'occasion de cette crise, pour remettre en cause leurs vieilles certitudes et mettre en place, sans délai, au niveau international, des règles de jeu respectables et respectées par tous, comme, par exemple et, entre autres :

- l'encadrement du profit des entreprises, financières ou autres, sa limitation à des taux non-usuraires et au strict nécessaire (5 à 10% hors inflation, pas 15 ou 20%),

- la fixation de son affectation de manière équitable entre tous ses bénéficiaires (travail, capital, trésorerie, investissement, impôt), en veillant à ce que les uns ou les autres (aujourd'hui le capital et les dirigeants) ne pillent pas sans vergogne, au dépens des autres, les fruits de l'activité économique,

- la règlementation simple, claire et sévère de la spéculation financière par l'interdiction des paradis fiscaux, par celle de l'achat et de la vente à terme, celle de la titrisation et de la création de produits de produits abscons ; le contrôle de la transparence et de la traçabilité des transactions ; l'encouragement de l'investissement de moyen et de long terme... 

22 septembre 2008

Sus à Kaboul (2)

Dans une lettre adressée aux élus de gauche à la veille du débat parlementaire sur l'Afghanistan, Nicolas Sarkozy -autrefois nettement critique sur l'engagement militaire dans ce pays- développe les arguments qui selon lui, justifient l'intervention militaire.

Il précise que cet engagement "est d'une importance cruciale pour notre pays." Ah bon ? Et pourquoi donc ?

C'est, poursuit-il, un "enjeu majeur" pour trois raisons: "lutter contre le terrorisme", "lutter pour les valeurs humanistes" et "pour les hommes et les femmes qui n'aspirent qu'à reconstruire leur pays dans la paix après les années de souffrance (..) du fait des taliban", explique-t-il.

Un “enjeu majeur“ ? Ah bon ? Et re-pourquoi donc ?

Ah ! “Lutter contre le terrorisme“. C'est vrai qu'on est terrorisés tous les matins à l'écoute des infos. Et pas que par les Taliban.

"Lutter pour les valeurs humanistes". Ça oui, c'est notre truc. Sauvons les sauvages. Apportons-leur les bienfaits de la civilisation. C'est au nom de cette haute mission, à l'origine fortement imprégnée de valeurs chrétiennes, que l'Europe, du XVIe à la première moitié du XXe siècle, a colonisé l'Amérique, l'Afrique, l'Asie et l'Océanie.

Ils ont tellement aimé, les sauvages, qu'à force de nous voir “lutter pour les valeurs humanistes“, en pillant leurs ressources naturelles, en exploitant leur travail à bas prix et en les traitant, somme toute, très moyennement, ils nous ont finalement renvoyé à nos chères études. De toute évidence, nos édiles n'ont pas profité des 40 dernières années pour réviser leurs cours d'Histoire.

"Lutter pour les hommes et les femmes qui n'aspirent qu'à reconstruire leur pays dans la paix après les années de souffrance (..) du fait des taliban"

Va pour les Taliban ! Ceux-là sont indéfendables, comme toutes les théocraties et les Inquisitions, de quelque obédience -politique ou religieuse- qu'elles soient. Mais quid de la “reconstruction du pays dans la paix“ ? On a envoyé un corps expéditionnaire armé jusqu'aux fausses dents, sans canonière parce que ça manque d'eau, sans gilets pare-balle, voire sans armes ou munitions, parce qu'on manque d'argent, mais de reconstruction, point. C'est d'ailleurs ce que notent les afghans, dont les libérateurs sont rapidement devenus des occupants, offrant aux Taliban le beau rôle de libérateurs.

"Nos responsabilités vis-à-vis de la communauté internationale et du peuple afghan font que nous resterons aussi longtemps que nécessaire et si le gouvernement démocratique d'Afghanistan le souhaite", ajoute Nicolas Sarkozy.

Nos “responsabilités vis à vis de la communauté internationale“ ? Elles seraient de trouver une voie de sortie rapide, pacifique, passant par la convocation d'une conférence internationale à Paris sur le modèle de la conférence de Kléber, qui permit de mettre fin à la guerre du Viet-nam et non d'envoyer des troufions au casse-pipe dans une guerre sans issue.

20 septembre 2008

Exercices de lucidité

Depuis un an, les spécialistes en finances, en économie et en intox ont lâché des chiffres le plus souvent sous-évalués (il ne fallait pas désespérer les acteurs de la finance) sur le coût de la crise financières après l'éclatement de la bulle des subprimes.

A l'été 2006, les premières évaluations faisaient état de 100 milliards de pertes potentielles. Début avril 2008, le FMI avait évalué le coût de la crise des subprimes à 400 milliards de dollars. Quelque jours plus tard, le Financial Times faisait circuler le chiffre de 1.000 milliards.

Aujourd'hui où en est-on ? Les organismes financiers ont intégré dans leurs comptes des pertes de 600 à 700 milliards de dollars. Probable que les non-Américains, notamment les européens, sont encore loin du compte.

Les autorités monétaires ont déjà injecté près de 900 milliards de dollars (qui, pour la plupart, sont des prêts à très court terme, dont une partie non négligeable est donc déjà revenue dans leurs caisses).

Aujourd'hui le plan de defeasance du gouvernement américain (qui consiste à débarrasser les bilans des organismes financiers de leurs papiers les plus dévalués, en endettant un peu plus les contribuables américains) est évalué à 1.000 milliards de dollars par le sénateur républicain Richard Shelby, à 700 milliards selon d'autres sources.

Au bas mot, les pertes de la sphère financière seront donc a minima de 2.000 milliards de dollars (soit pas loin d'un an de PIB français).

Et cela sans compter les pertes subies par l'économie mondiale du fait de la récession résultant de la perte de confiance, de la défaillance des banques à prêter de l'argent aux entreprises, etc.

Un ordre d'idée ? Le PIB mondial 2006 était de l'ordre de 50.000 milliards de dollars (48.000 selon le FMI, 54.000 selon la Banque Mondiale). Un point de PIB mondial vaut donc 500 milliards de dollars. La récession consécutive à la crise des subprimes coûtera bien 2 ou 3 points de PIB mondial en 2008 et 2009, soit 1.000 à 1.500 milliards de plus.

On en est donc au moins à 3.000, 4.000 milliards de dollars, sans doute plus. Et ceux qui croient que c'est pour solde de tout compte sont bien naïfs, bien menteurs ou bien mal informés.

Car comme le note justement la fin du capitalisme, ce système devenu fou en est à piller les contribuables surendettés et à enfoncer un peu plus un Etat en quasi-cessation de paiement (près de 10.000 milliards de dette publique) pour financer les interventions de la Réserve Fédérale Américaine, qui justement n'en a plus une goutte, de réserves.

Ce n'est pas une journée d'euphorie hystérique sur les places boursières qui retournera durablement la situation. “La crise systémique“ n'est pas derrière nous, Madame Lagarde, puisque personne ni aucune autorité monétaire n'a les moyens de tenir les engagements du plan Bush.

PS - A noter toutefois l'excellente décision des autorités d'interdire les ventes à terme. Dommage que ce soit sur une période et dans un secteur limités. Ce genre de “truc“ (vendre une action sans l'avoir acquise, en spéculant sur la conviction que sa valeur va baisser et qu'on pourra l'acheter à terme moins cher qu'on ne l'a vendue) est exactement ce qu'il faudrait désormais interdire pour rééquilibrer ou moraliser ce système.

18 septembre 2008

Un chèque sans provision de 180 milliards de dollars tiré sur votre compte

Au vu de l'affolement des banques centrales qui ont injecté ce matin 180 milliards de dollars dans le système bancaire (qui s'ajoutent aux quelques 900 milliards déjà apportés, au coup par coup et jusqu'ici en vain, depuis un an), il est bon de rappeler ceci : à ce stade, pour sauver le système, les banques centrales et les Trésors publics qui n'ont pas assez de sous, s'endettent, c'est-à-dire endettent les contribuables et/ou leurs enfants.

En gros, vous êtes en train de payer pour que votre banque ne fasse pas faillite après avoir été trop imprudente par gourmandise ou sens du lucre. Ou encore, vous prêtez de l'argent à perte à des banquiers qui n'ont même plus les moyens de vous en prêter chèrement. Surréaliste, éventuellement ironique, mais fondamentalement inacceptable.

Personnellement, ça m'arrache les... chèques, baby shake, pour rester poli, d'être contraint de financer des crétins incapables et amoraux qui, à l'occasion, ne se sont jamais sentis gênés de me faire perdre de l'argent en me conseillant des placements foireux (pour moi, pas forcément pour eux) ou, pire, se permettent de gratifier leurs clients de leçons de gestion.

PS - Bon, plus sérieusement, à voir la manière dont termine le CAC 40 ce soir (- 1,06% à 3957,86 points) et dont évolue la bourse américaine, on se dit que les 180 milliards injectés ce matin par la Fed (après 100 milliards injectés lundi et mardi) n'ont servi ni longtemps, ni à grand-chose. Le truc barre vraiment en... chèque sans provision, pour rester poli.

A ce rythme de jettage de l'argent par les fenêtres, on pourra, lundi ou mardi prochain, racheter la Fed pour le dollar symbolique. Ça ne vaudra guère plus... Qui dit mieux ?

17 septembre 2008

La Fed bientôt aux abois ?

Il y a deux jours, la Fed avait refusé d'intervenir pour sauver Lehman Brothers. La plupart des analystes y ont vu une sorte de revirement philosophique. En substance “La Fed veut moraliser le capitalisme financier, montrer aux établissements financiers qu'ils doivent se conduire de manière plus responsable, sous peine de disparaître“.

L'injection cette nuit par la Fed de 85 milliards de dollars pour éviter la faillite d'AIG, premier assureur américain, jette un autre éclairage sur son refus d'intervenir dimanche. Il est plus inquiétant.

La Fed a sciemment laissé tomber Lehman Brothers (4e banque d'affaires américaines), non pour jouer les maîtres d'école répressifs, mais pour concentrer ses capacités d'intervention réduites sur un plus gros poisson, dont la faillite aurait été plus dramatique encore.

On l'évoque en effet dans le post précédent, les liquidités de la Fed se montaient début juillet à quelques 700 milliards de dollars. Le sauvetage de Maggie Mae et Freddy Mac ont mobilisé 200 milliards la semaine passée, celui d'AIG 85 milliards cette nuit. Entretemps, la Fed a injecté plus de 50 milliards pour alimenter l'ensemble du système bancaire en liquidités.

C'est la moitié des liquidités de la banque centrale américaine qui est désormais mobilisé et immobilisé (même si les conditions qu'elle impose sont drastiques et peuvent se révéler une bonne affaire en cas d'un improbable retournement rapide du marché). Autant dire que ses capacités d'intervention fondent comme neige au soleil, que sa marge de manœuvre est très étroite et qu'il ne lui reste que quelques rares coups à jouer.

La question est maintenant : que se passera-t-il, dans quelques jours ou quelques semaines, lorsque la Fed n'aura plus de munitions ? Ou encore, combien de faillites d'établissements bancaires la Fed, c'est-à-dire l'argent public, peut-il encore supporter (aux sens anglais et français du terme) ?

PS de 23h53 - Le "sauvetage“ d'AIG n'aura pas ramené la confiance sur les marchés : le Dow Jones chute ce soir de 4,06%, l'indice élargi Standard & Poors 500 abandonne 4,71% et le Nasdaq perd 4,96%.

Pire, le Trésor américain -confirmant ce post et celui d'hier- a annoncé ce soir qu'il allait s'endetter davantage pour fournir l'argent frais nécessaire aux initiatives de la Réserve Fédérale. Lire à ce propos cette dépèche de l'AFP.

16 septembre 2008

Crise financière : l'effet domino

Hk_aig_tower_lighting_20 Lehman Brothers (4e banque d'affaires US) : en faillite depuis dimanche (ce qui, au passage, l'autorise à diminuer unilatéralement sa dette de 312 milliards de dollars, donc à mettre en difficulté ses créanciers, c'est-à-dire d'autres banques internationales).

Merrill Lynch (banque d'investissement) : 52 milliards de pertes liées aux subprimes, a évité in extremis ce lundi la faillite, en étant rachetée, 50 milliards de dollars par Bank of America, dont on murmure déjà qu'elle a les yeux plus gros que le ventre et dont l'action a aussitôt perdu 21,31%.

AIG (1ère compagnie d'assurances US) : autrefois la plus grosse capitalisation boursière américaine, ce lundi soir au bord de la banqueroute (- 60,49% à New York)... La prochaine sur une liste déjà longue.

Depuis six mois, 3 des 5 plus grandes banques d'affaires américaines ont déjà fait faillite et une centaine d'établissements financiers américains sont en difficulté.

Dans un premier temps, jusqu'à la semaine dernière, les autorités financières américaines ont cherché par tous les moyens a maintenir le bateau à flot, à écoper, à colmater les trous, injectant des liquidités ici (la banque Bear Sterns, renflouée par 30 milliards de dollars d'argent public), garantissant des pertes là (Fanny Truc et Freddy Machin, géants du refinancement hypothécaire, gratifiés la semaine dernière d'une garantie du Trésor américain de 200 milliards de dollars), obligeant ailleurs les banques moins exposées à renflouer leurs confrères. En gros, dans un monde où le profit est privatisé, on a mutualisé et nationalisé les pertes.

Mais voila, pour mener une telle politique -fut-elle en contradiction avec les principes du libéralisme-, encore faut-il en avoir les moyens.

L'Etat Fédéral américain, par ailleurs endetté à des niveaux abyssaux, n'a que quelques 700 millions milliards de dollars de liquidités, dont il a déjà engagé plus du tiers lors des récents épisodes Bear Sterns, Fanny Mae et Freddy Mac. Autant dire qu'il n'a plus un rond.

Les établissements financiers, du fait de leurs pertes sur les subprimes auxquelles s'ajoutent celles constatées depuis un an sur les marchés boursiers, sont dans le même état. Les ménages aussi, surendettés de manière impressionnante.

Tout ce petit monde a vécu à crédit, a accumulé des dettes colossales et n'a plus un fifrelin. Donc plus aucune institution, publique ou privée, plus personne n'est en mesure d'intervenir pour boucher les trous -évalués ici à quelques 2.000 milliards de dollars il y a déjà un an, un ordre de grandeur jusqu'ici largement sous-estimé par les spécialistes, mais qui s'avère être le bon-. Pire, tout le monde se méfie de tout le monde.

On entre donc dans la phase 2 de la crise : les chutes de Lehman Brothers, Merril Lynch et probablement AIG vont rapidement générer un effet domino, la faillite des uns entrainant celles des autres.

D'autres banques, d'autres établissements financiers, d'autres compagnies d'assurance vont défaillir, par dizaines, dans les jours et les mois prochains, aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne et ailleurs. Ici aussi, bien sûr.

Au bout, bien évidemment, l'économie suivra, asphyxiée par la perte de confiance et par la difficulté à lever du crédit. Sans confiance et sans crédit, plus d'investissement dans le meilleur des cas, plus de trésorerie pour l'essentiel des entreprises, plus de consommation des ménages. Ce sera la phase 3.

Après ça, quand on aura bien morflé, trois, cinq ans, peut-être, il faudra reconstruire l'économie. Cela prendra des années et ne se fera sans doute pas sans drames. Le plus sinistre, dans cette affaire, c'est que l'important (préservation de l'environnement, établissement de nouvelles règles de relations économiques, non régies par la recherche exclusive du profit) risque d'être négligé au profit de l'argent, pardon, de l'urgent.

15 juillet 2008

Aux J.O. de la Finance et de l'économie, les records pleuvent. Prenez un parapluie...

L'Euro est au plus haut : il a de nouveau franchi aujourd'hui la barre des 1,6 $.

Le baril de pétrole est au plus haut : il se maintient au-dessus de 145 $. La demande ne cesse d'augmenter (du fait de la demande des pays en développement, principalement Chine et Inde), les pays producteurs (exception faite de l'Arabie saoudite) n'envisagent pas d'augmenter leur production, les capacités de raffinage sont limitées au niveau mondial (ce qui explique, entre autres, l'augmentation du diésel).

Les autres matières premières et les produits agricoles sont au meilleur de leur forme.

Le système bancaire, bat, lui, des records, mais à la baisse. Les faillites ou les difficultés de banques (Bear Stearns, Fortis, etc), de financeurs hypothécaires (Freddie Mac, Fanny Mae, Indymac) et autres réhausseurs de crédit ou fonds d'investissement (Carlyle), se multiplient aux Etats-Unis. La crise des subprimes, donnée pour enrayée au printemps, n'a pas, pour l'heure, entré dans les comptes des établissements bancaires plus de 300 ou 400 milliards de dollars, quand de nombreux experts estiment les pertes réelles à 3, 5 ou 10 fois plus.

Du coup, les places financières du mond entier accusent des pertes abyssales par rapport à leurs records d'il y a 13 mois. Le CAC 40 s'oriente vers le franchissement à la baisse des 4.000 points (6.168 points, le 1er juin 2007 ; à ce propos, ayez une pensée reconnaissante pour les experts et les Ministres qui recommandaient de ne pas s'affoler et de ne pas vendre vers 5.500), le Dow Jones flirte , lui, avec les 10.000 points. et ce n'est pas fini !

Du coup, l'inflation se porte comme jamais depuis dix-huit ans (+3,6% en glissement annuel, en France), rognant, un peu partout, le pouvoir d'achat.

Du coup, la consommation, moteur de la croissance, flanche. Le tout est aggravé par la dette abyssale de nombreux Etats et, notamment, des Etats-Unis.

Du coup, la confiance se perd : les banquiers n'osent plus se prêter d'argent, laissant les banques centrales organiser, avec des moyens très limités, le secours des établissements en difficulté. Elles rechignent à ouvrir de nouveaux crédits aux entreprises et aux ménages. Confrontés à ce credit-crunch et à la baisse de la consommation, les chefs d'entreprise perdent le moral (en Allemagne, l'indice Zew qui mesure la confiance des patrons est ressorti aujourd'hui à -63,9 contre -52,4 en juin).

L'économie réelle, d'abord touchée dans sa dimension immobilière, donne d'importants signes de faiblesse dans tous les secteurs (baisse de la production industrielle dans la zone euro en mai) et s'oriente vers la stagflation (inflation + stagnation économique).

Quoi de neuf dans tout cela ? En fait, rien (d'où mon silence de ces dernières semaines).

Les choses suivent un cours que les professionnels et les autorités financières et économiques s'acharnent à nier ou à minimiser, mais qui a été indiqué ici depuis plus d'un an (comme le prouvent les liens ci-dessus vers des posts anciens et d'autres, plus anciens encore, de la rubrique économie-finances, qu'on pourra relire avec émotion :) et dans d'autres blogs, comme La fin du capitalisme.

Que peut-il se passer maintenant ? Le plus probable est la poursuite et l'aggravation de cette crise multiforme. Tout indique que 2009 sera pire que 2008. Dans des proportions inquiétantes.

Cette crise trouve son origine dans la dérégulation de marchés mondialisés (dont on nous assurait qu'ils avaient vocation à s'auto-réguler, ce qui devrait désormais être admis comme totalement faux).

Elle a conduit à l'affaiblissement progressif des Etats qui, sous la pression de la pensée économique libérale ou ultra-libérale, comme on voudra, héritée de Milton Friedman et des think tanks qui inspirent les autorités internationales depuis plus de 30 ans, ont abdiqué une partie de leurs pouvoirs régaliens, de leur vocation à défendre l'intérêt général et de leur capacité à intervenir massivement pour réguler la finance et l'économie.

Elle a conduit à un dévoiement de l'esprit public qui s'apparente, plus que jamais, à une jungle anarchique, tendre aux forts et dure aux faibles. Elle n'a pas fini de ses ravages, pour le malheur de beaucoup.

Les seules questions qui vaillent désormais sont celles-ci : le système capitaliste actuel tiendra-t-il le choc de cette crise ? Tentera-t-il de la résoudre par la guerre (contre l'Iran, l'Iran ou d'autres), par un durcissement des régimes démocratiques ? Ou les deux ? Trouvera-t-il l'intelligence et la force de se réformer internationalement ? Le libéralisme économique cessera-t-il d'exercer son magistère universel sur les Etats et les organisations internationales (OCDE, FMI, Banque Mondiale, OMC, etc) qui en ont été jusqu'ici les relais aveugles ? Ou pas ?

02 juillet 2008

L'Europe ? Démocratie ou despotisme “Doux be doux, be doux“ ?

En 2005, français et hollandais refusent majoritairement (en conjuguant voix souverainistes et voix de gauche) de ratifier le projet de Traité constitutionnel pour l'Europe. Qu'à cela ne tienne, on contournera l'expression de leur suffrage en bâclant le soi-disant Traité “simplifié“ de Lisbonne, qui reprend l'essentiel des dispositions du Traité constitutionnel.

Il y a un mois, les irlandais refusent de ratifier le Traité de Lisbonne. Pas question, cette fois encore, d'entendre ce NON : ce petit peuple se trompe, il est égoïste et peu reconnaissant de tout ce qu'on a fait pour lui.

Dimanche, Lech Kaczynski, le président polonais refuse à son tour de ratifier le traité de Lisbonne, le déclarant "sans objet" après son rejet par les électeurs irlandais. Aussitôt, les médias français, cohérents avec leur attitude antérieure tombent à bras raccourci sur lui : “c'est une réaction irresponsable de politique intérieure, rien à voir avec le traité, etc.“

Hier, le président tchèque Vaclav Klaus, un conservateur très critique envers l'Union européenne qui, après la victoire du "non" lors du référendum irlandais, avait déclaré considérer le traité comme "fini" et qu'il n'était "plus possible de poursuire sa ratification", annonce son soutien à la décision de son homologue polonais et indique qu'il ne ratifiera pas le Traité de Lisbonne. On imagine déjà les réactions.

Jacques Delors confiait, il y a quelques années, dans ses mémoires que « L'Europe est un despotisme éclairé et doux ».

C'est bien là le nœud du débat actuel. Tant qu'il sera occulté, tant qu'on ne départagera pas clairement le territoire de la souveraineté des peuples et celui du règne des  experts, l'Europe, en conflit de légitimité, n'avancera plus.

PS 1 - On avait déjà Shakespeare (To be or not to be), Jean-Paul Sartre (To do is to be), Frank Sinatra (Do bee do be doo), voici les nouveaux joueurs de pipeau européen (Doux be doux, be doux).

 

PS 2 - Le Chef d'Etat Major des armées démissionne après une philipique du Président sur l'"amateurisme“ de l'armée à propos de l'accident de Carcassonne ; Patrick de Carolis pète les plombs, prépare sa sortie et estime que le jugement du président de la République [sur les programmes de France Télévision] est « faux, stupide et profondément injuste » ; Peter Mandelson boude l'inauguration de la Présidence française de l'Union Européenne en accusant Nicolas Sarkozy de “saper“ les négociations entre l'UE et l'OMC. Tout ça en 24 heures...

Waouh ! Ça branle dans les bambous. On devrait suggérer un nouveau programme quotidien à Carolis : “Seul contre tous“. Coups de théâtre et succès garantis :)

26 juin 2008

Ça va se terminer comme se terminent en général les révolutions blanches

Ortf Retour de Dieusneyland, Sarko a vu la lumière et rétablit l'Ancien Testament, je veux dire l'ORTF. Alain Peyrefitte, sors de ce corps !

Sérieusement, ce gouvernement de Restauration, de Contre-Réforme, de Réaction, va droit dans le mur. Avec une fringale et un entrain qui seraient pittoresques s'ils n'étaient pas aussi malfaisants.

Que des ajustements rigoureux soient nécessaires, au vu de l'évolution démographique, de la compétition internationale, du mauvais état de l'économie, de l'endettement de l'Etat et des collectivités territoriales, de la décrépitude des services publics, de l'état des mœurs, nul ne le nie.

Que cela se double de l'asservissement à un libéralisme économique en quasi-faillite, du démantèlement gourmand des services publics, de la réduction sans compensation et sans perspective des prestations sociales, c'est une faute.

Que cela se triple de vrais cadeaux aux copains et aux coquins, détournés du bien public, pendant qu'on paie ceux qui sont dans la difficulté de mots creux, c'est inadmissible.

Que cela se quadruple, en politique étrangère, par l'alignement sur les errements d'un Empire en déclin, c'est stupide.

Qu'à cela s'ajoutent les dénis de démocratie ici et là, la mainmise sur les médias publics et la mise en place du contrôle de l'information, sur tous les medias y compris le net, c'est trop.

Ça ne va pas durer, ça ne peut pas durer. Ça va se terminer comme se terminent en général les révolutions blanches. Il est minuit moins une.

Carnets de nuit

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